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Liban

« Nous avons senti que nous avons, enfin, une valeur humaine », disent des victimes, au TSL

Assassinat de Rafic Hariri
15/09/2018

Identifier le criminel pour faire cesser le crime, c’est le souci commun de quatre victimes participant au procès de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) près de La Haye.

« L’objectif pour nous n’est pas d’obtenir compensation, mais de savoir que ce qui nous est arrivé n’arrivera pas à nos enfants », dit Robert Aoun, dont le frère Joseph a été tué sur son lieu de travail situé à proximité du lieu de l’attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri et 21 autres personnes. Il souhaite que « le crime s’arrête pour que soit trouvée une solution ». « Le jugement servira à arrêter les crimes qui se poursuivent. Le jugement sera comme un signal d’arrêt », répète pour sa part Sana’ el-Cheikh, employée à la banque HSBC, grièvement blessée lors de l’attentat du 14 février 2005. Elle exprime toutefois une « peur », un pressentiment que « la réaction au verdict soit négative chez certains » ; la crainte que « la vérité ne soit pas acceptée de tous, étant donné que le pays est divisé ». Et à ceux qui craignent le jugement, elle demande d’« accepter la vérité ». Une vérité d’autant plus probante qu’elle émane d’un tribunal devenu pour les victimes un levier de justice face à l’impunité qui sévit au Liban. Ils disent y avoir ressenti une reconnaissance de leur dignité. Leur souffrance y a été entendue. « Rien n’est plus beau que de voir une personne prêter attention à toi, ce que tu ressens, ce qui pourrait t’aider à aller mieux », confie Liliane Khallouf, la plus discrète des quatre, victime de blessures graves sur son lieu de travail à la HSBC. Et Sana’ el-Cheikh de renchérir, le regard profond : « On nous a fait sentir que nous avons une valeur humaine, que nous ne sommes pas des numéros. Cela, nous ne le ressentons pas au Liban. » « C’est ici que la balance de la justice sera réajustée », ajoute Wissam Naji, ayant subi des blessures sur son lieu de travail, d’autant plus graves que la détonation a coïncidé avec un moment où il était courbé sous son bureau.


(Lire aussi : Saad Hariri et Hariri Saad, l'éditorial de Issa Goraieb)


« Le pays est plus grand... »
Les quatre victimes expriment une foi dans le jugement à venir à la lumière de leur expérience avec le TSL, première instance judiciaire internationale à offrir une participation aux victimes en tant que partie autonome au procès. La chance d’accompagner le procès a-t-elle progressivement atténué la souffrance des premiers jours, opérant « une transition vers une certaine forme de clôture (closure) », pour reprendre les termes du président de la Chambre, le juge David Re, qui saluait hier matin leur présence au prétoire ? « Nous ne pouvons pas oublier », répond directement Liliane Khallouf. « Le 14 février n’est plus pour la Saint-Valentin mais pour la mémoire de Rafic Hariri », confie Sana’ el-Cheikh. « La mémoire de la criminalité », lance succinctement Robert Aoun.

Il persiste toutefois une aptitude au pardon très présente chez les quatre victimes : qui sommes-nous pour ne pas pardonner ? disent-ils, même si l’impact de la douleur, de la souffrance reste vif dans leur propos. Ces quatre personnes n’ont que faire du châtiment du criminel. Elles ont trop souffert pour savoir que la paix civile ne s’opère pas dans la vengeance, mais dans la reconnaissance de l’autre. Révéler la vérité est aux fondements de la paix, à leurs yeux. Elles ne comprennent pas comment l’on peut sacrifier l’une pour l’autre, et elles se montrent très compréhensives quant à la main tendue du Premier ministre Saad Hariri au Hezbollah, depuis l’ouverture du procès. Il aurait agi à leurs yeux en sa qualité de responsable politique, et sans renoncer à la vérité. « Le pays est plus grand que nous tous »… C’est cela quelque part le message des victimes à ceux qui craignent le TSL – à l’heure où ces mêmes victimes continuent, semble-t-il, de craindre pour leur propre sécurité.


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