X

La Dernière

Grandma Moses, fermière-peintre passée à la postérité

This is America

Aujourd’hui, comme chaque année aux États-Unis, on célèbre cette mère de famille nombreuse, qui a connu la gloire artistique à plus de 70 ans.

07/09/2018

Ce n’est pas la fête des grands-mères, mais celle d’une aïeule, née un 7 septembre 1860, qui avait défié le proverbe : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. » Anna Mary Robertson Moses n’a connu la gloire artistique qu’à plus de 70 ans, après avoir vécu l’existence d’une fermière dans les confins de l’État de New York.

Mère d’une famille nombreuse (dix enfants, dont cinq morts en bas âge), elle se met à la peinture sur le tard, en 1927, c’est-à-dire à 67 ans, après le décès de son mari. Elle commence par broder des paysages, mais souffrant d’arthrite aux mains, elle doit remplacer l’aiguille par des pinceaux qu’elle trempe dans des couleurs aussi vives que celles de ses fils. C’est un collectionneur d’art, Louis Caldor qui, en 1938, découvre quelques-unes de ses toiles dans la vitrine d’un drugstore et les signale à Otto Kallir, propriétaire de la galerie Saint-Étienne à New York. C’est là qu’aura lieu, en 1940, sa première exposition qu’elle a elle-même intitulée Ce que peint une fermière. La « fermière » peintre est alors une octogénaire ! Auparavant, elle donnait à voir ses compositions et ses confitures maison dans les foires des villages. La presse, qui avait perçu chez elle plus d’une sensibilité artistique, l’a surnommée Grandma Moses et le public a suivi. Cette femme vivace et productive s’est vite transformée en icône culturelle. Les images de l’Amérique des prés et des champs qu’elle peignait se sont déclinées dans toutes sortes de produits au goût du jour : des textiles aux boîtes de café en passant par les cigarettes et les rouges à lèvres.


En couverture de« Life Magazine »

Grandma Moses s’est constituée au fil des ans un palmarès impressionnant. En 1950, elle est désignée comme l’une des cinq femmes les plus médiatiques de son époque. L’année suivante, elle est nommée « Femme de l’année » par l’Association nationale des fabricants de robes d’intérieur. Pour son 100e anniversaire, en 1960, le magazine Life la met en une et, en 1969, un timbre est frappé à son effigie. Pour ses 88 ans, la revue Mademoiselle la désigne « Femme la plus jeune de l’année ». La plus chère de ses œuvres Sugaring Off (simple scène rurale datée de 1943) a été vendue à 1,2 million de dollars. Quant à Fourth of July, le galeriste Otto Kallir l’a offerte à la Maison-Blanche où elle se trouve encore.

Cette gloire fut modelée par des doigts noueux, mais instinctivement talentueux. Au-delà de l’aspect folklorique et nostalgique de sa première exposition, la critique avait été impressionnée par le style original développé par Grandma Moses. Pour les connaisseurs, elle mettait son sens aigu de l’observation au profit de l’évocation, évitant intuitivement la froide illustration. L’un d’entre eux a écrit : « Ses visions apparaissent comme des mélanges de souvenirs, d’espoir et de bonheur. C’est là où réside la magie de son œuvre (paysages et activités rurales), à la fois réalistes et idylliques. Elle n’aimait restituer que ce qui se passe à l’extérieur : quand elle peignait sa fenêtre bordée de rideaux vaporeux, c’était pour montrer ce qu’elle voyait à travers. »


Hashtag GrandmaMosesDay

Sa vision, elle l’avait résumée en quelques mots : « La mémoire est un peintre. » Grandma Moses avait une très bonne mémoire, puisqu’elle a produit 1 600 toiles durant les 21 dernières années de sa vie – elle est décédée en 1961. Dans ses tableaux, elle décrivait des thèmes variés, notamment Les pommiers, La confection du sirop d’érable, Un jour de déménagement, Travaux de toiture, Jeux de neige, Les abeilles du Quilt, La vieille maison à carreaux, L’arc-en-ciel ou encore Les monts et les vallées en toutes saisons. Pour ne pas rester l’outsider, comme la surnommaient ses contemporains de l’abstraction, elle avait quelque peu rompu avec le carcan folklorique, élargi son format et aéré son dessin. « Je change de style, avait-elle confié. Je deviens moderne à mon vieil âge, avec la tête pleine d’idées. »

Aujourd’hui, elle semble continuer, post mortem, à se renouveler et s’adapter au monde actuel en flirtant avec le jargon le plus contemporain : le site de sa célébration 2018 est posté sur les réseaux sociaux sous le hashtag suivant : #GrandmaMosesDay.


Dans la même rubrique

Le Festival Burning Man : l’anti-Disneyland

Plus d’un siècle de potato chips et pas une ride

« I Love Lucy » et un nouveau musée du rire

La révolution des émojis

« God Bless America », le cri du cœur d’un immigré

Destination Monowi, la plus petite ville des States

Le hot dog, de la rue au musée

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué