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« Queer Narratives Beirut » : le podcast comme arme d’éducation massive

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Lancé il y a deux mois par Joy Stacey, le podcast « Queer Narratives Beirut » vise à informer sur la diversité sexuelle et de genre au Liban.

05/09/2018

Quels points communs entre votre smartphone, votre meilleur(e) ami(e) et vos turpitudes amoureuses ? Le podcast, ce nouveau médium qui transforme notre rapport au récit. Incontournables aux États-Unis et dans certains pays d’Europe, ces émissions de radio à télécharger et à écouter librement n’ont pas encore conquis le Liban. Pourtant, l’un d’eux, Queer Narratives Beyrouth, n’a rien à envier aux créations internationales. Fondé par Joy Stacey, étudiante anglaise de 29 ans venue à Beyrouth dans le cadre d’une bourse au Beirut Art Center, le podcast explore la diversité sexuelle et de genre dans la capitale.

Parmi les 18 épisodes disponibles, Sasha Elijah, 21 ans, mannequin et drag-queen, se confie en toute liberté sur sa transidentité. Au micro de l’artiste Tanja Van Deer, les deux femmes discutent des limites et des espoirs qui traversent le pays : « La scène drag-queen explose au Liban, c’est incroyable. »

La scène justement. C’est ce qui a mené Joy Stacey à Beyrouth pour la première fois en 2016. « J’ai rencontré ce performer, Rackans, un artiste et musicien électronique aux multiples facettes, se souvient-elle. Il a soulevé en moi de nombreuses interrogations, notamment sur les performances liées à la sexualité à Beyrouth, davantage libre et créative qu’ailleurs. »


(Lire aussi : Comment essayer de changer les mentalités arabes grâce à Instagram)


Victimes ou fantasmes

Quand Joy Stacey revient dans la capitale en 2018, elle remarque le nombre impressionnant de médias internationaux qui traitent le sujet de la communauté LGBTQI+ à Beyrouth. « Certaines personnes n’étaient pas justement représentées, regrette-t-elle. Dépeintes uniquement comme des victimes ou, à l’inverse, fantasmées. » Influencée par The Heart, un podcast féministe basé à Brooklyn, elle imagine une conversation d’égal à égal où chacun décide de la manière de raconter son récit.

Dans le premier épisode, les drag-queens Anya Kneez et Evita Kadavra discutent de leurs performances, de Beyrouth et du quotidien. Une manière de prendre l’auditeur par la main : « Le podcast instaure une intimité à travers la voix, contrairement à la lecture d’un article. Cette proximité est importante lorsque vous traitez de la sexualité. » C’est toujours aux interviewés que revient le mot de la fin, et si, oui ou non, l’épisode peut être publié.

Mais à qui ce podcast est-il vraiment destiné ? « Il est accessible à tous et j’aimerais qu’il touche aussi les autres pays du Moyen-Orient », espère sa créatrice. Depuis son lancement, Queer Narratives Beirut est principalement écouté au Liban, aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.


(Pour mémoire : Une vidéo virale expose la situation des transgenres au Liban)


Cependant, les épisodes sont en anglais, ce qui exclut les personnes qui ne parlent pas la langue de Shakespeare. Surtout celles et ceux qui ont le plus besoin de soutien, les habitants des lieux reculés du Liban, loin de l’effervescence beyrouthine.

Car dans Queer Narratives Beirut, la parole, si elle est libre, n’en reste pas moins réfléchie et pesée. Et pour la productrice, l’anonymat requis par les intervenants n’est en rien contre-productif : « Seulement trois personnes ont changé leurs noms, elles ne se cachent pas, elles font juste preuve de prudence. Tout réside dans la manière de se présenter aux autres. Sans en faire trop et sans chercher à provoquer les autorités. »

Dans ce podcast où l’on rit aussi beaucoup, notamment avec l’humoriste Lary BS dans l’épisode 3 ou les affres de l’amour 2.0 dans l’épisode 7, la dimension éducative n’en est pas moins présente. « Au Liban comme dans le reste du monde, nombreux sont ceux qui ne comprennent pas les différences de genres, de sexualités, explique l’étudiante anglaise. L’éducation est primordiale. Moi-même, j’ai appris énormément. Les changements politiques sont toujours précédés par des transformations sociétales. »

À travers Queer Narratives Beirut, Joy Stacey essaye de couvrir diverses sensibilités grâce à des histoires personnelles très différentes. Mais elle reconnaît certains manquements. « Je n’ai pas trouvé de Syriens LGBT qui souhaitaient témoigner, déplore-t-elle. De même, au sein du monde des employés de maison ou en ce qui concerne les intersex (personnes nées avec des organes génitaux non définis par la médecine actuelle NDLR). » Elle espère pallier ces manques dans les prochains épisodes. L’histoire de Queer Narratives Beirut ne fait donc que commencer.




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