Liban

Et c’est là que Joseph s’est rendu compte qu’il venait de faire son coming out à l’État...

Droits LGBT
20/05/2017

Rire éclatant sur fond de couleurs flamboyantes, des nuances allant du rose au bordeaux, avec une teinte de doré et des touches de bleu saphir : le fameux portrait de l'Astre de l'Orient, accroché sur le mur en face de la porte, accueille les fidèles comme les curieux dès leur entrée chez Madame Om, le pub à Gemmayzé qui porte le nom de la diva égyptienne.

Sous le regard bienveillant d'Oum Kalsoum, deux jeunes hommes qui ont été victimes de détention pour homosexualité ont témoigné jeudi de leurs expériences dans les bureaux des forces de sécurité. Dans le cadre des activités de la Beyrouth Pride qui s'étend du 14 au 21 mai, cet événement s'inscrit dans la volonté de sensibiliser aux risques qu'encourent les gays au Liban, et d'informer sur les moyens de s'en sortir avec le moins de dégâts possible.

 

(Lire aussi : Dignités, l'édito de Michel TOUMA)

 

« Je ne répondrai pas à vos questions »
En sortant des bureaux des services de renseignements de l'armée il y a trois ans, c'est à son partenaire de l'époque que Joseph Aoun en voulait surtout. « Mon amour te protégera », lui avait-il dit avant qu'il ne se présente au rendez-vous qui lui était fixé dans les bureaux des SR, un lundi matin. « Les yeux bandés pendant six heures, debout et pas une seule goutte d'eau, soumis à une humiliation ininterrompue, son amour ne m'a pas protégé », raconte le jeune homme, assis devant un public attentif.
« Une main dans le dos me poussait à dévaler des escaliers, puis à en remonter d'autres. Je répondais aux questions que me posait une voix inconnue, puis une autre, différente. Au loin me parvenaient les cris et les protestations de personnes qui se faisaient passer à tabac », poursuit-il. La fameuse question n'a pas tardé à venir : « Est-ce que tu es gay ? »

Le jeune homme de 30 ans n'a pas accepté de répondre à une question qu'il jugeait personnelle et intime. Le flux des questions est loin de s'arrêter à ce stade. Les responsables en charge de l'interrogatoire n'ont pas manqué de sortir tous les préjugés et les idées reçues sur les homosexuels : « As-tu été harcelé sexuellement par ton frère lorsque vous étiez petits? Ta maman t'avait trop gâté, non? Ton papa était-il trop autoritaire? »

Son père, resté dehors parce qu'interdit d'accompagner son fils, a attendu la sortie de Joseph. « Est-ce que vous savez que votre fils est gay? » sera la première phrase qui lui sera adressée au terme de six heures d'attente. Une fois libéré du bandeau qui lui couvrait les yeux, Joseph s'est rendu compte qu'il venait de faire son coming out à l'État libanais, à sa famille et en gros à la société. « Mes émotions étaient très confuses, une seule chose cependant était sûre : les séquelles et les cauchemars causés par cette expérience ne disparaîtraient pas bientôt », conclut-il.

 

(Lire aussi : L’obscurantisme a gagné : la communauté gay interdite d’événement)

 

L'expérience de Rami, qui a préféré garder l'anonymat, est différente. Arrêté par les forces de sécurité, un ami à lui est épinglé en possession d'un film pornographique en relation avec le Liban et où figurait le mot « résistance ». Sous les coups de pied des agents, cet ami finit par balancer le nom de celui qui le lui avait prêté. C'est ainsi que Rami, alors âgé de 18 ans, s'est retrouvé coupable de proxénétisme et d'homosexualité. Après avoir payé la somme de 2 000 dollars aux officiers en guise de pot-de-vin, pour libérer le prévenu et clore le dossier à jamais, Rami et sa maman sont rentrés chez eux.

Rami s'enfermera dans sa chambre pendant trois mois. Mais l'histoire ne se termine pas là. « Après trois ans d'allers-retours aux tribunaux et des versements qui ont dépassé les 4 000 dollars, le dossier n'a toujours pas été clôturé. » « Et, sur mon casier judiciaire, les deux crimes figurent encore à l'heure même où je prononce ces mots », raconte-t-il. Avant d'ajouter : « Je ne chercherai pas à blanchir mon casier judiciaire parce que, de toute façon, je ne suis coupable de rien. »

 

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Henrik Yowakim

Sous le regard bienveillant d'Oum Kalsoum, deux jeunes hommes qui ont été victimes de détention pour homosexualité ont témoigné jeudi de leurs expériences dans les bureaux des forces de sécurité de l'armee

QUAND LES SR DE L'ARMEE OU DE LA POLICE GASPILLENT GAIEMENT LEUR TEMPS AVEC DES GAYS ,

IL DEVIENT NORMAL QUE DES GAIS LURONS PUISSENT FAIRE RENTER AU PAYS DES TONNES D'EXPLOSIFS QUI SERVIRONT GAIEMENT A FAIRE SAUTER DE TRISTES PREMIERS MINISTRES OU HOMMES POLITIQUES

AU FAIT L'ARTICLE NE MENTIONNE PAS LE LIEU DE LINTERROGATOIRE

C'ETAIENT DES BUREUS SITUEES AU BAIN MILITAIRE?

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