Liban

Relations libano-syriennes : tout dépend du timing

Décryptage
31/08/2018

Après les informations publiées par le quotidien al-Akhbar sur la visite d’une délégation essentiellement sécuritaire américaine à Damas en juin dernier, qui n’ont pas fait l’objet d’un démenti officiel, et les visites presque simultanées des ministres saoudien et syrien des Affaires étrangères à Moscou, hier et avant-hier, le problème des relations libano-syriennes paraît quelque peu dépassé. Pourtant, il continue à diviser les parties politiques libanaises et certaines estiment qu’il constitue le véritable obstacle à la formation du gouvernement. Les médias se font l’écho de cette nouvelle polémique, en plaçant la question suivante : « Faut-il ou non » normaliser « les relations entre le Liban et la Syrie ? » en tête de leurs sujets, pour alimenter le débat.

Loin du brouhaha médiatique, une source proche de ce dossier précise que la question est mal formulée. La réalité est la suivante : quand le Liban décidera-t-il de normaliser ses relations avec la Syrie ? Car, selon cette source, la décision est prise et elle s’impose d’elle-même à la réalité libanaise. Mais le problème qui reste à régler est le timing de l’annonce.

Interrogé sur la question, le président de la Chambre Nabih Berry a récemment résumé la situation en disant qu’on ne peut pas parler de normalisation, car les relations existent à partir du moment où les deux pays ont procédé à un échange d’ambassadeurs, lesquels ont présenté leurs lettres de créance aux autorités respectives et à partir du moment où le Liban achète officiellement de l’électricité de Syrie. D’ailleurs, le ministre des Finances a suggéré récemment d’augmenter la quantité de kilowatts achetés de Syrie pour compenser les lacunes d’EDL. De même, le président de la République, mais aussi le gouvernement et en particulier le Premier ministre, ont officiellement chargé le général Abbas Ibrahim (directeur de la Sûreté générale) du dialogue officiel avec les autorités syriennes. C’est dire que les relations entre les deux États n’ont pas été rompues et se poursuivent à un rythme régulier et à un niveau officiel acceptable.


(Lire aussi : Liban-Syrie : un siècle de relations fiévreuses)


Selon la source précitée, la polémique actuelle est donc artificielle et elle vise à radicaliser les positions pour rendre encore plus difficile la formation du gouvernement. Les relations libano-syriennes étant un sujet qui réveille les émotions des Libanais, certaines parties politiques l’exploitent pour discréditer leurs adversaires. Mais, toujours selon la source précitée, l’an dernier, lors de la bataille du jurd de Ersal, de Qaa et de Ras-Baalbeck, à la frontière libano-syrienne, il y a eu une coordination de facto entre les deux armées, libanaise et syrienne, ne serait-ce que pour éviter de bombarder leurs positions respectives par erreur, étant toutes les deux en train de combattre un même ennemi sur un espace géographique précis. Cette coordination était donc bien plus importante et déterminante que le coup de fil qui aurait été passé récemment par le commandant en chef libanais au chef de l’état-major syrien à l’occasion du 1er août, fête de l’Armée libanaise et de l’Armée syrienne.

Même chose au sujet du coup de fil – l’information n’a d’ailleurs été ni confirmée ni démentie par Baabda – entre le président libanais et le président syrien à l’occasion de la fête de l’Adha. Selon la source précitée, il n’y a pas eu de commentaire officiel parce que le chef de l’État ne considère pas qu’il y a lieu de le faire. Il n’a jamais caché aux Libanais que l’intérêt du pays exige une relation normale avec la Syrie, après le retrait de ses troupes du pays, pour des raisons économiques connues de tous mais aussi pour des raisons de bon voisinage et en raison du dossier des déplacés syriens présents en grand nombre au Liban.

D’ailleurs, tout le monde sait que cette relation existe et elle est dans l’intérêt du Liban, mais les parties politiques qui ont besoin de crédibilité auprès de leurs bases respectives utilisent ce sujet pour faire des surenchères médiatiques.

Selon la source précitée, le problème actuel est que le Liban est tiraillé entre ses intérêts propres, d’un côté, un contentieux émotionnel avec les autorités syriennes et la politique saoudienne, voire occidentale, de refus de reconnaître le régime syrien, de l’autre. Au niveau des responsables, il y a donc, d’un côté, ceux qui veulent aller de l’avant pour donner une bonne place au Liban dans l’équation régionale future, et ceux qui veulent attendre que tout soit conclu et réglé avant de prendre la moindre initiative. Ces derniers veulent donc être les suiveurs au lieu d’être les initiateurs. Mais les deux parties savent que le processus est inévitable. Preuve en est la multiplication des sollicitations de l’aide de Moscou de la part de Libanais et de non-Libanais, pour mener un dialogue indirect avec Damas. Depuis le lancement de l’initiative russe pour le retour des réfugiés syriens dans leur pays, l’ambassadeur de Russie au Liban, Alexandre Zasypkine (qui doit faire partie de la commission conjointe libano-russe, chargée de ce dossier), n’a jamais autant été sollicité par les médias libanais. Et à tous, il répète la même chose : le rôle de la Russie ne peut pas remplacer un dialogue direct entre Damas et Beyrouth...


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IMB a SPO

Votre article semble base sur l'information lance par AlAkhbar au sujet du'une sois disant reunion entre americain et syriens. Or les USA ont categoriquement denie une telle reunion. donc, votre article perd toute sa valeur....

Hitti arlette

La syrie ,hier l'ennemi du monde entier ,est devenue aujourd'hui et comme par enchantement un lieu de pèlerinage où les antagonistes deviennent les protagonistes à la recherche de contrats juteux . Chez nous , certains font la fine bouche, sans conviction aucune . Ils campent sur leurs positions juste pour montrer que la normalisation avec le voisin est une perfidie ..Juste pour dire que c'est vicieux de retourner sa veste quand bien même notre économie va à la dérive : les industriels ,les agriculteurs ,à eux seuls ,se retrouvent dans une impasse sans précédent , devant leurs produits qui ne trouvent pas le chemin de la délivrance.

gaby sioufi

N BERRI LE TRES PROCHE DE LA SYRIE L'A AVOUE, je le cite :
qu’on ne peut pas parler de normalisation, car les relations existent à partir du moment où les deux pays ont procédé à un échange d’ambassadeurs"fin de citation
et multe autres echanges .
alors pour resumer un decryptage propre :
MOUMANAA & CONSORTS & AFFILIES peuvent cesser leurs vociferations et autres analyses ,puisque Mr. n berri "A DIT "

Chady

Lorsqu’on parle de l’arabie saoudite: “il est ou l’interet du Liban dans ces attaques contre l’arabie, pensez a l’economie du pays”
Lorsqu’on parle de la syrie: “c’est une dictature, ils sont mechants, la mort plutot que la collaboration!”
C’est ridicule.

Bee S

Des perdants qui veulent imposer aux vainqueurs des choses...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE TIMING C,EST TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD QUAND IL Y AURA CHANGEMENT DE REGIME EN SYRIE SUITE AUX NEGOCIATIONS PROCHAINES INTER-SYRIENNES. LE LIBAN NORMALISERA SES RELATIONS AVEC UN GOUVERNEMENT SYRIEN ISSU D,ELECTIONS LIBRES ET DEMOCRATIQUES SOUS L,EGIDE DES NATIONS UNIES ! VOILA LA VOIE A SUIVRE...

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