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Liban

Raï sceptique au sujet des chances d’une formation rapide du gouvernement

Liban-France

Rencontres avec Édouard Philippe et Anne Hidalgo pour le troisième et dernier jour de la visite du patriarche maronite en France

31/05/2018

Au troisième et dernier jour de sa visite en France, le patriarche Béchara Boutros Raï s’est rendu à l’hôtel Matignon pour un long entretien avec le chef du gouvernement français, Édouard Philippe. Il s’agissait en fait d’une sorte de bilan de ses entretiens avec les responsables français et d’un échange de vues sur les principaux sujets abordés, à savoir la crise politique libanaise qui devrait connaître un dénouement après les toutes dernières élections législatives et la formation d’un nouveau gouvernement, de la crise régionale du fait de la guerre en Syrie et de l’antagonisme irano-saoudien, l’aide française multisectorielle au Liban et la coopération franco-libanaise dans divers domaines.

D’autres questions bilatérales ont été discutées et Édouard Philippe a réaffirmé, au nom de son gouvernement, le soutien de la France au pays du Cèdre. On apprenait en fin de journée que le patriarche avait reçu de l’un des proches conseillers d’Emmanuel Macron des réponses positives à certaines interrogations exprimées lors de ses entretiens de la veille.


(Lire aussi : Le patriarche Raï préside une « rencontre de civilisations » à Issy-les-Moulineaux)


Rencontre avec la presse
Auparavant, le patriarche avait, au cours d’une rencontre avec les médias français et arabes à Paris organisée à l’hôtel Bristol, exprimé son scepticisme au sujet de la possibilité de voir un nouveau gouvernement formé rapidement, au vu de la manière dont s’y prennent les différents blocs politiques pour « arracher leur part » du Conseil des ministres en formation ; cette méthode est celle-là même qui a entraîné l’échec du gouvernement actuel d’expédition des affaires courantes à régler des dossiers tels que ceux de la gestion des déchets, de l’électricité ou des routes, a-t-il tempêté. Le chef de l’Église maronite a laissé quand même la porte ouverte à l’espoir, en multipliant les nuances de langage et en affirmant à diverses reprises : « Il me semble qu’il en est ainsi. » Cette nuance de langage a relativement adouci le réalisme dont le patriarche a fait preuve pour décrire la situation difficile, voire impossible, dans laquelle se trouve le Liban sur plusieurs plans, notamment en ce qui concerne le dossier des déplacés syriens. 

Poussé dans ses retranchements par des questions exigeantes, le chef de l’Église maronite a répété que l’Union européenne et la France ont beau être des pays amis, en parlant d’un « retour volontaire » des déplacés, leur terminologie ne pouvait que pousser les Libanais à s’interroger sur leurs intentions. « Je ne vous cache pas qu’au nombre disproportionné des réfugiés syriens par rapport à la population libanaise, nous nous sentons parfois étrangers dans notre propre pays », a-t-il été jusqu’à dire, demandant à l’UE « de cesser de décourager les déplacés » et d’user de la terminologie du « retour volontaire ». 

À ce sujet, le patriarche Raï a estimé légitime que les autorités entrent en contact avec « le pouvoir en place en Syrie » afin de discuter du retour des réfugiés syriens. « Il existe deux grandes factions au Liban, une qui accepte de communiquer avec Damas, l’autre pas », a souligné Mgr Raï, qui répondait à une question concernant des concertations directes avec le régime de Bachar el-Assad afin d’organiser le retour des Syriens installés au Liban. « Je pense qu’il faut entrer en contact avec les autorités existantes », a-t-il ajouté. Tout en précisant que ce point précis n’est pas de la compétence des autorités religieuses, mais des autorités politiques, le patriarche a ajouté que toutes les fractions contrôlant une part du sol syrien « font partie de la solution ».

Pour se tirer d’embarras sur ce sujet, le chef de l’Église maronite a affirmé qu’avec le président Macron, il avait été davantage question de la manière dont la communauté internationale s’y prendra pour exercer sa surveillance sur la mise en œuvre des réformes, telles que préconisées au cours des trois conférences de Rome, Paris et Bruxelles. Et d’exprimer là-dessus aussi son appréhension de voir également ces réformes compromises par une mauvaise gouvernance.

Enfin, sur la situation régionale et les risques d’éclatement d’un conflit régional impliquant Israël, le patriarche a affirmé que « la paix se construit par la paix » et que le Liban a suffisamment payé, au cours de son histoire, le prix d’une politique de fait accompli reposant sur la violence.


(Lire aussi : Raï rencontre à Paris Rugy et Larcher)



À l’Hôtel de ville
En matinée, le patriarche avait tenu une réunion à l’Hôtel de ville avec la maire de Paris, Anne Hidalgo. Très peu ou pas de sujets politiques lors de cet entretien, sinon un survol de la situation au Liban suivi d’un échange de vues sur les possibilités d’une coopération franco-libanaise à l›échelon des collectivités locales.

À l’évocation de la situation sociale et humanitaire au Liban, en particulier la lourde présence dans ce pays de plus d’un million de réfugiés syriens, Mme Hidalgo a souligné la nécessité de parvenir à une amorce de solution politique en Syrie, le patriarche faisant prévaloir l’urgence d’un retour immédiat de ces réfugiés dans les régions du pays où le calme a été rétabli.

En fin de journée, une messe patriarcale à l’église Notre- Dame du Liban a été célébrée en présence d’un grand nombre de fidèles. Le soir, un dîner de travail a regroupé Mgr Raï et les membres du conseil d’administration du Foyer libanais.


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Yves Prevost

Il a raison d'être sceptique. On reprend toujours la bonne vieille méthode qui, depuis des décennies, a prouvé son inefficacité.
Un gouvernement "d'union nationale" , oui si une telle union existait. Mais en son évidente absence, la seule solution pour former rapidement un gouvernement réellement actif, est de distribuer les portefeuilles selon les critère de compétence et non d'appartenance partisane. Un gouvernement de techniciens et non de politiciens.
A titre d'exemple, si l'on tient vraiment à fournir de l'électricité aux citoyens, et non à remplir certaines poches, la nomination d'un Assad Nakkad comme ministre des ressources hydrauliques et électriques s'impose.

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