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Liban

La guerre contre les navires-centrales se poursuit... chez le procureur financier

Électricité

Les Kataëb et les FL déterminés à mener cette bataille loin des « chantages de Gebran Bassil ».

Yara ABI AKL | OLJ
01/03/2018

La large opposition au projet de location de navires-centrales pour combler le déficit de production de l’électricité, élaboré par le ministre de l’Énergie et de l’Eau, César Abi Khalil (Courant patriotique libre), a pris hier une dimension judiciaire. Et pour cause : le procureur financier, Ali Ibrahim, s’est saisi du dossier au lendemain d’une émission télévisée au cours de laquelle notre confrère Johnny Mounayar a révélé quelques données importantes à ce sujet.

Dans une interview accordée à la chaîne al-Jadid, M. Mounayar a fait savoir que 20 millions de dollars ont été proposés à Karim Khayyat (fils du PDG d’al-Jadid, Tahssine Khayat) pour se retirer des appels d’offres portant sur les navires-centrales.

Pour rappel, le plan de M. Abi Khalil prévoit la location de deux navires à la société turque Karadeniz. Cela avait poussé nombre de protagonistes, dont notamment les Kataëb, les Forces libanaises, les Marada et le Parti socialiste progressiste, à s’opposer au projet, pour « corruption et manque de transparence ».

Le chef des Kataëb, Samy Gemayel, qui s’était opposé au plan Abi Khalil depuis plus d’un an, avait même fait état d’un « gaspillage qui s’élèverait à 800 millions de dollars », appelant à la construction d’usines de production du courant électrique. D’autant que, selon lui, cette option est beaucoup moins coûteuse que le plan du ministre de l’Énergie, surtout si la loi sur le partenariat entre les secteurs public et privé (adoptée en août 2017) est mise en application.

À la faveur de ses propos (et d’une note présentée par l’ancien ministre de la Justice, Achraf Rifi), M. Mounayar a comparu mardi devant le procureur financier, Ali Ibrahim. De même, Charles Saba, conseiller de Samy Gemayel pour les affaires administratives et directeur de l’Observatoire libanais pour la corruption, a été entendu hier par M. Ibrahim.

Interrogé par L’Orient-Le Jour, M. Saba confie qu’il a présenté un dossier complet concernant le plan Abi Khalil, faisant état d’« une opposition au projet, au sein du camp qui affirme le soutenir ». « Je possède aussi des correspondances entre le ministre et des compagnies libanaises qui ont pris part à l’appel d’offres. Dans ces textes, César Abi Khalil informe ces compagnies que leurs offres ne sont pas conformes au cahier des charges », déclare M. Saba. Il laisse ainsi entendre que le ministre et son camp sont attachés à la société turque.


(Lire aussi : Samy Gemayel poursuit sa guerre contre le projet des nouveaux navires-centrales)


FL-Kataëb ?
Outre la nouvelle phase de cette bataille inaugurée par les interrogatoires de Ali Ibrahim, le dossier des navires-centrales semble être éminemment politique. D’autant qu’il met le fer de lance de l’opposition face aux partis du chef de l’État et du Premier ministre. À cela certains ajoutent des accusations de « populisme » lancées contre la formation de Samy Gemayel. Même si ce dernier converge avec plusieurs composantes gouvernementales sur le refus du plan Abi Khalil.

Mais les proches de Saïfi sont optimistes. Ils assurent que les Kataëb sont de plus en plus déterminés à faire barrage au plan par lequel « le pouvoir est en train d’électrocuter la personne humaine au Liban ». À la faveur de cet optimisme, Salim Sayegh, vice-président des Kataëb, se félicite, via L’OLJ, du fait que sa formation est parvenue à « constituer un courant d’opinion qui a atteint certaines composantes du pouvoir en place ».

En dépit des divergences observées entre Saïfi et Meerab sur nombre de questions politiques, M. Sayegh reconnaît que le plan Abi Khalil est « un des sujets où les Kataëb sont d’accord avec les FL et le président de la Chambre, Nabih Berry ». En mai dernier, M. Berry avait souligné que « le plan Abi Khalil servirait à remplir certaines poches », accusant ainsi implicitement de corruption les auteurs du projet. « Nous essayons de nouer le plus grand nombre d’alliances pour bloquer cette hérésie qu’est le plan de l’électricité, qui est aussi celui de l’électrocution de la personne humaine », ajoute Salim Sayegh, avant d’expliquer : « Nous allons nouer les alliances qu’il faut, là où il le faut, avec la société civile, d’une part, et certains partis au pouvoir, de l’autre, pour faire plier cette pratique que défend le camp de Gebran Bassil. »


(Lire aussi : Mise en demeure présidentielle)


Bassil et le budget
À ce tableau s’est invité hier un élément important : le chef du CPL, Gebran Bassil, a ouvertement menacé de ne pas approuver le projet de budget si le plan Abi Khalil n’est pas adopté. Dans certains milieux politiques, on décelait entre les lignes de ces propos « un chantage » de la part de M. Bassil (dont les proches se contentent d’insister sur l’adoption du budget), pour reprendre les termes de Samer Saadé, député Kataëb de Tripoli, qui a rappelé que la loi de finances est un devoir que le cabinet n’a pas accompli dans les délais.

C’est également sous cet angle que Meerab perçoit les propos de M. Bassil. « Nous n’allons pas nous soumettre à ce chantage pour que soit adopté le plan de l’électricité », assure un cadre FL à L’OLJ, réitérant l’attachement du parti « à un cahier des charges transparent à même de permettre une compétition sérieuse », ajoute-t-il.

À l’heure où l’on craint une crise gouvernementale que causeraient les positions contradictoires au sujet du plan, doublées du forcing effectué par Michel Aoun et son camp en sa faveur, un ministre contacté par L’OLJ met les points sur les i : « Le dossier est entre les mains du pouvoir judiciaire. Personne n’osera donc le soulever en Conseil des ministres », dit-il, jugeant « insolent » le comportement de Gebran Bassil.



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Bery tus

Maintenant j’ose espère que tout le monde a compris le grand stratège qu’est le Hakim !!! Voilà pq ils ont tous peur de lui il est redoutable ... le Liban a besoin des gens comme lui ... vous êtes un guide .... une lumière qui éclaire les libanais

Pierre Hadjigeorgiou

Pourquoi s'outrer de telles pratiques? Il y a bientôt des élections et les représentants du CPL se doivent d'être sanctionnés pour leurs méfaits et mauvaises performances au sein du gouvernement et au parlement. Il faut faire en sorte que Bassil ne remettent jamais les pieds au parlement et surtout limiter les députés CPL pour leur apprendre que lorsqu'on se prétends être pour "le changement et la réforme" et contre la corruption, eh bien on change, on réforme et combattons la corruption... Sinon COUIC COUIC aux élections! Aoun et ses supporters ont trahi tous les principes sur lesquels ils ont bâti leur popularité. Aoun a voulu libérer le pays et la conduit a l'occupation, il a soit disant voulu éliminer les milices en détruisant le Liban et aujourd'hui il les soutient, il a voulu abolir le féodalisme, son parti agit et fonctionne féodalement, il veut éliminer la corruption, le CPL vit et respire de corruption, il veut rétablir le droit des Chrétiens et il est la raison et la cause principal qu'ils aient perdu leur influence dans le pays, il prétend a la souveraineté du pays et l'a placé sous le joug Syro-Iranien... Votez encore pour des nuls et vous n'aurez que de la nullité!

Irene Said

Ne pas oublier:
les mafias qui possèdent les générateurs, toutes copines-corrompues de nos super-responsables font tout ce qu'elles peuvent pour empêcher la construction de centrales électriques...qui mettraient fin à leur juteux business.

Et vivent le changement et les réformes, et la fin de la corruption promises un fameux 31 oct. 2016...
Irène Saïd

Sarkis Serge Tateossian

Je n'ai aucun préjugé ou arrière pensée. Encore moins de motivations politiques.

Cette affaire de navires centrales est puante ....à faire vomir!

Le pays inventeur de la corruption et du "bakchich" nous emmené des bateaux pour nous "circuiter" à coup de milliards de dollars ?

Il est claire que certains mettent plein leur poches au détriment du peuple libanais.

Toits les libanais payent le prix fort de cette corruption!

Le prix versé les trois dernières années, aurait permis au Liban d'avoir son propre centrale électrique!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CES NAVIRES CENTRALES C,EST DE L,ARGENT JETE PAR LA FENETRE ! AVEC LE PRIX PAYE JUSQU,AUJOURD,HUI POUR LEUR LOUAGE... LATTA INCLUE... ON AURAIT BATI DES CENTRALES OU ACHETE POUR LE TIERS DES CENTRALES MOBILES PRETES A LA LIVRAISON ET AU RENDEMENT !

yves kerlidou

il n'y a pas besoin d'être un grand expert financier pour comprendre que il vaut mieux un investissement dans la construction de centrales surtout au prix ou sont loué les barges! sans compter bien sur qu'il est préférable d'être propriétaire que locataire
mais c'est vrai que la construction risque d'être finie après les élections, donc c'est moins rentable pour les besoins immédiats

Irene Said

Mini-Blanc-Bec nous dévoile de plus en plus sa vraie personnalité...ainsi que celles de ceux qui agissent autour de lui...tant-mieux !
Irène Saïd



George Khoury

gebran bassil a deja demande et obtenu 1.2 milliards pour obtenir l'electricite et on a toujours a la place encore plus d'excrements dans l'eau avec laquelle on se douche et se brosse les dents...

Saliba Nouhad

Non, mais, quelle mascarade que cette histoire de navires-centrales!
On a beau essayer de ne pas être biaisé politiquement, mais franchement, ça ne prend pas un grand expert financier pour réaliser que ce projet de replâtrage temporaire pour gagner une ou deux heures supplémentaires d’électricité à partir de ces barges vétustes à ces prix faramineux est carrément inutile, très onéreux et ne règle rien au problème de fond...
À voir certains politiciens s’acharner à vendre à tout prix ce projet, rend ce dernier très suspect et sent les magouilles et corruption...au grand jour.
Quelle honte, au lieu de les voir s’atteler à une priorité nationale et discuter d’un plan global de construction de centrales électriques avec appels d’offres sérieux et transparents pour résoudre ce problème une fois pour toute!
Mais, on parle de quoi, dans une république bananière qui continue à évoluer dans le sens du sous-développement?

Georges Airut

C'est vraiment désespérant. Tous les maux de ce pauvre Liban sont le résultat de cette corruption qui gangrène le personne politique. Sans la corruption, il n'y aurait jamais eu de guerre ni en 1974 ni en 2006. Sans la corruption, l'exode des cerveaux n'aurait pas lieu. Sans la corruption, le Liban serait effectivement la Suisse du Moyen-Orient. Il faut tout un travail d'éducation de longue haleine pour extirper les gènes de la corruption de l'ADN de ces gens qui conduisent le pays au désastre et à la disparition même pour servir leurs propres intérêts.

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