Liban

La distanciation, un élément essentiel pour une normalisation libano-saoudienne

Éclairage
27/02/2018

La visite de l’émissaire saoudien Nizar Alaoula au Liban constitue, comme on le sait, le premier contact officiel entre le Liban et le royaume wahhabite depuis la crise provoquée entre les deux pays par la démission-surprise du Premier ministre Saad Hariri depuis Riyad, en novembre dernier, et les circonstances qui l’ont entourée. 

Une visite dont l’importance est double certes, mais elle dépasse dans sa finalité le simple cadre de la normalisation des rapports bilatéraux, s’accorde-t-on à souligner dans les milieux politiques. De sa réussite dépendent en effet le retour à la normale des relations de Beyrouth avec l’ensemble des pays du Golfe et, surtout, le succès des trois conférences internationales de soutien au Liban : Rome 2, prévue le 15 mai et qui doit porter sur le rééquipement de l’armée, Cedre 1 dont la date a été fixée au 6 avril afin de mettre sur pied un panier d’initiatives de nature à booster l’économie libanaise, ainsi que la réunion de Bruxelles dont la date reste à déterminer et qui sera consacrée au dossier des réfugiés syriens.


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L’Arabie souhaite effectivement tourner la page du passé et reprendre ses relations avec le Liban sur de nouvelles bases, mais cela dépendra en définitive des résultats des entretiens de la délégation saoudienne que conduit l’ambassadeur Alaoula, conseiller au cabinet royal, avec les officiels libanais, que ce soit au sujet de la distanciation du Liban vis-à-vis des crises dans la région, ou de l’application de l’accord de Taëf. Riyad avait déjà réagi positivement à l’engagement du gouvernement en faveur de cette distanciation que Saad Hariri avait posée comme condition afin de revenir sur sa démission. Même le Hezbollah a promis de s’y conformer. Moins d’un mois plus tard, Riyad devait dépêcher son nouvel ambassadeur, Walid Yaacoub, à Beyrouth.

L’Arabie y a vu en effet un signe positif sur lequel les puissances occidentales, notamment la France et les États-Unis, ont bâti afin d’essayer de replâtrer les relations du royaume avec le Liban. Le président français Emmanuel Macron a d’ailleurs fourni d’importants efforts dans ce sens, partant du principe qu’il n’est pas normal que les rapports entre les deux pays soient pratiquement coupés, à la veille de la tenue d’importantes réunions internationales pour le Liban, d’autant que le royaume wahhabite est l’un des principaux bailleurs de fonds et participants aux conférences précédentes de soutien au Liban.

Nizar Alaoula a ainsi transmis au chef du gouvernement une invitation officielle à visiter Riyad, qui constituera ainsi la première étape d’une tournée que Saad Hariri envisage d’effectuer dans les pays du Golfe, dans la perspective d’une normalisation des rapports du Liban avec les pays du CCG. De sources ministérielles, on indique que, si l’Arabie saoudite n’avait pas pris l’initiative de dépêcher un émissaire au Liban, la tenue des trois conférences internationales aurait été compromise. Et pour cause : les préparatifs des trois assises seraient restés insuffisants en l’absence des principaux soutiens et bailleurs de fonds que sont l’Arabie saoudite et, de manière plus générale, les pays du Golfe. Dans certaines capitales occidentales, on laisse entendre déjà que Rome 2 pourrait être ajournée parce qu’il est apparu que certains ministres des Affaires étrangères, notamment le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, ne pourront pas être présents dans la capitale italienne à cette date et que les préparatifs de cette conférence se sont avérés insuffisants. De sources occidentales, on a proposé un report de Rome 2 jusqu’après les législatives, en arguant du fait que la date qui lui a été fixée se rapproche trop de celle de Cedre 1.


(Lire aussi : Liban : Le retour de la diplomatie saoudienne ?)


Mais on n’en est pas encore là. L’important, estime-t-on de sources politiques, reste le rétablissement des ponts entre Beyrouth et Riyad sur de bonnes bases. L’Arabie saoudite, indique-t-on de mêmes sources, est soucieuse de montrer au Liban qu’elle continue de se tenir à ses côtés et de soutenir ses institutions constitutionnelles, sans se mêler de ses affaires intérieures.

La délégation que conduit Nizar Alaoula, ajoute-t-on, doit répercuter cette volonté et expliquer également aux officiels libanais les nouvelles orientations du royaume sous l’impulsion du prince héritier, Mohammad ben Salmane. Elle doit, dans le même temps, recueillir leurs points de vue sur nombre de questions politiques. Une application stricte de la politique de distanciation serait une des conditions de certains pays donateurs pour soutenir le Liban durant les assises internationales. Le Hezbollah a déjà donné un signe positif dans cette direction, à la faveur du dernier discours de son secrétaire général, Hassan Nasrallah, qui avait assuré que son parti se conformera aux décisions de l’État pour ce qui a trait au conflit frontalier avec Israël. Une autre condition serait l’engagement du Liban à appliquer les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment pour ce qui a trait au désarmement des milices, également prévu par Taëf. L’Arabie saoudite considère en effet que l’accord de Taëf reste fondamental et souhaite que ses dispositions soient respectées, au même titre que les pays donateurs qui voient dans le document d’entente nationale la formule idéale régissant la participation de toutes les composantes politiques au pouvoir.


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