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Sous les décombres de la Ghouta, les secouristes syriens retrouvent des proches

Syrie

"Je me suis retrouvé devant ma maison, il y avait de la poussière partout. Je suis resté une minute figé, avant de réaliser que le raid avait touché mon domicile".

OLJ/Hassan MOHAMMED/AFP
15/02/2018

Un bombardement après l'autre, sans relâche, Samir Salim extrait des femmes et enfants de tous âges des décombres. Mais dans ce fief rebelle de la Ghouta orientale, jamais ce secouriste syrien n'aurait imaginé retrouver le corps sans vie de sa mère.

"Elle était très fière de nous et de notre engagement", lâche M. Salim, les larmes aux yeux, alors que l'enclave rebelle, en périphérie Est de Damas, est quotidiennement la cible de frappes aériennes et de tirs d'artillerie meurtriers du régime syrien.
Et pour M. Salim et ses trois frères, qui font partie des Casques blancs --la défense civile en territoire rebelle--, c'est le même scénario qui se répète tous les jours.
Avec chaque bombardement, des immeubles résidentiels s'effondrent sur leurs habitants. Les secouristes se précipitent pour évacuer les blessés et extraire les corps des décombres.

Jeudi, la maison des quatre frères a été touchée par un raid aérien, lors d'une semaine particulièrement sanglante pour la Ghouta orientale: en cinq jours, le déluge de feu du régime a fait plus de 250 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Parmi les victimes, la mère octogénaire de M. Samir, installée dans la localité de Madira.
Sur une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux, la vieille femme apparaît coincée sous un plafond qui s'est effondré, son foulard noir et son manteau gris couverts de poussière, la main ensanglantée et les yeux fermés.
On peut entendre son fils pleurer, alors qu'il réclame des renforts par talkie-walkie. "Dieu ait ton âme, maman", lâche le quadragénaire à la barbe grisonnante.
En regardant une nouvelle fois la vidéo sur son portable, le secouriste ne peut retenir ses larmes.


(Lire aussi : Nous assistons à l’une des pires périodes de combat depuis le début du conflit, avertit l’ONU)


Hurlements
Ce jour-là, M. Samir, avait été dépêché vers la localité de Misraba, pour aider les victimes d'un raid, quand il a entendu le grondement d'une nouvelle frappe et s'est précipité vers Madira.
"Je me suis retrouvé devant ma maison, il y avait de la poussière partout. Je suis resté une minute figé, avant de réaliser que le raid avait touché mon domicile", explique-t-il.
"Je ne m'attendais pas à retrouver des survivants", ajoute le secouriste, assis sur les décombres de ce qui était autrefois sa maison, son casque blanc sur la tête.

Pourtant, ce jour-là, il va réussir à sauver son neveu de 23 jours, Samer, son père et sa belle-soeur.
Saïd al-Masri, un autre secouriste dans la localité de Saqba, a lui réussi à sauver son nouveau-né de trois mois, Yehia, coincé sous les décombres de leur domicile. Mais il a perdu son cousin.
"Comme d'habitude, on s'est dirigé sur le site du raid. Toutes les maisons étaient au sol", se souvient le volontaire, bonnet noir enfoncé sur la tête.

Les cris de sa femme vont le sortir de sa stupeur. "Elle hurlait +Yehia a été blessé+", poursuit le jeune homme au visage rond, assis sur un lit étroit dans sa maison plongée dans la pénombre.
Il pointe du doigt des taches de sang sur l'oreiller. "Je l'ai trouvé ici, je l'ai pris et j'ai couru avec lui jusqu'à l'hôpital. Il était blessé à la tête et au visage", ajoute-t-il.
Emmitouflé dans une marinière, son bébé est installé sur ses genoux. Sur sa joue joufflue, un pansement.


(Lire aussi : Les raids sur la Ghouta moins nombreux après cinq jours meurtriers)


'J'ai compris la souffrance'
Assiégés depuis 2013 par les forces du régime, les 400.000 habitants de la Ghouta subissent au quotidien de graves pénuries de nourriture et de médicaments.
L'ONU réclame une trêve humanitaire d'un mois dans toute la Syrie en guerre, pour pouvoir distribuer des aides et évacuer les blessés graves.

Dans un hôpital de Jisrine, l'infirmier Malek Abou Jaber ausculte des enfants, certains blessés au visage, d'autres un plâtre au bras.
Il s'interrompt et s'installe sur un lit: lui aussi a besoin de soins.
"Je rentrais à la maison, j'ai senti un souffle chaud et j'ai été projeté en arrière. J'ai vu le sang couler de mon ventre", se souvient l'infirmier de 20 ans.
Son collègue arrive, il remonte son pull-over beige et son uniforme bleu nuit, dévoilant une impressionnante cicatrice sur son abdomen.
"J'ai compris ce que ressentent les blessés tous les jours. J'ai senti l'aiguille que je plante dans leur blessure, leur souffrance", confie-t-il.
Mais avec l'intensité des violences la semaine dernière, il a dû reprendre le travail: "on ne peut pas souffler, les blessés arrivent matin et soir, la pression est énorme".


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