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Moyen Orient et Monde

Dans la Ghouta orientale, secouristes et médecins sont impuissants sous les bombes

Violences

Cinquante-huit civils ont encore péri hier dans les bombardements sur l’enclave rebelle.

OLJ/Hasan MOHAMMED avec Abdulmonam EASSA/AFP
09/02/2018

« On n’y arrive pas », lâche Abou Mohammad Omar. Après chaque bombardement, le temps est compté pour les secouristes de la Ghouta orientale qui tentent, tant bien que mal, de retrouver des survivants sous les décombres, avant le retour des avions de l’armée de l’air syrienne. Hier, ces derniers ont encore déversé leurs bombes. Cinquante-huit civils ont ainsi péri dans cette enclave rebelle, soumise à un siège asphyxiant du régime depuis 2013 et située aux portes de Damas. Parmi les victimes, 21 sont mortes dans la localité de Arbine et 19 autres dans celle de Jisrine.

Chaque jour, ce sont les mêmes scènes de désolation qui se répètent. Dans les hôpitaux, des corps enveloppés dans des linceuls sont alignés sur un sol taché de sang, pendant que des enfants attendent de se faire soigner. Le long des rues jonchées de gravats, des immeubles résidentiels de cinq, six étages, éventrés, se sont effondrés sur leurs habitants. Secouristes et habitants escaladent les gravats et évacuent des corps ensanglantés, au milieu d’un épais nuage de poussière grise. Devant un immeuble en ruine de Douma, la grande ville de la Ghouta, Abou Raad est en larmes : il a perdu une fille dans un raid, la seconde est portée disparue. « Je ne trouve pas ma fille, qu’est-ce que je fais ? » lance le père éploré. Les secouristes cherchent dans les décombres.
 « L’ampleur des dégâts est énorme, chaque minute compte », résume Abou Mohammad Omar, membre des Casques blancs – la défense civile en territoire rebelle. Dans la Ghouta, les équipes de secours manquent de bulldozers et de carburant pour mener à bien leurs opérations, explique le jeune homme de 23 ans. « Si on avait plus de machines et d’équipements, on pourrait sauver davantage de vies », poursuit-il. La voix nouée par l’émotion, il raconte une intervention particulièrement douloureuse dans la nuit de mardi à mercredi : « Un immeuble de cinq étages est tombé sur ses habitants. Il y avait quelqu’un sous les décombres (...), on a essayé, mais on n’a pas réussi à le faire sortir. » Son équipe a dû interrompre les recherches à cause des tirs, mais « cette personne, on ne va pas la laisser sous les décombres. Même si elle est morte, nous allons la rendre à sa famille », promet-il.


(Lire aussi : Déluge de feu sur la Ghouta orientale : plus de 220 morts en quatre jours)

« Il m’a brisé le cœur… »
La Ghouta vit déjà un quotidien infernal : la population souffre de pénuries de nourritures et de médicaments, et connaît des cas de malnutrition qui menacent particulièrement les enfants. Et depuis lundi, les avions de l’armée syrienne bombardent sans discontinuer ce périmètre d’une centaine de km². « Quand les avions arrivent, les rues se vident », raconte Abou Samer, ambulancier dans la localité de Hammouriyé, qui déplore lui aussi les pénuries d’essence qui l’empêchent de faire son travail. « La difficulté, c’est le manque de carburant. Sans ça, je pourrais aller sur n’importe quel site touché par une frappe », explique le quadragénaire.
Pour les médecins, la tâche est titanesque. L’afflux des blessés se poursuit sans discontinuer dans les hôpitaux. « La situation est catastrophique », lâche Oussama, un urgentiste qui a dû, avec ses collègues, soigner plus d’une centaine de blessés en l’espace d’une heure mardi. « Jusqu’à quand nous allons pouvoir supporter, Dieu seul le sait », dit-il. Mercredi, encore, les blessés sont arrivés par dizaines dans les hôpitaux. « Cela fait trois jours, maintenant, que les frappes se sont intensifiées, ce n’est pas croyable », confie de son côté l’infirmier Rabih Ahmad, âgé de 25 ans. « On a 10 morts, plus de 70 blessés, certains sont en salle d’opération, leur état est critique », explique-t-il. En temps normal, l’établissement reçoit entre 50 et 60 blessés par jour.

Pour le personnel hospitalier, la tâche est également éprouvante sur le plan émotionnel. Rabih Ahmad a craqué en soignant un petit garçon dont le pied a été partiellement sectionné par un bombardement, rendant inévitable une amputation. Le jeune infirmier raconte que le petit garçon de six ans lui embrassait la main, le suppliant de sauver son pied : « Je suis parti et je me suis mis à pleurer. Je ne savais pas quoi faire. Il m’a brisé le cœur. »


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Tony BASSILA

Comment le monde civilisé peut-il observer ces atrocités et ne rien faire pour les arrêter?! La France est peut-être la première puissance à agir militairement, car le régime syrien d'Assad a utilisé à maintes reprises des armes chimiques contre des civils innocents. Le président Macron a tracé une "ligne rouge" qui ne sera pas franchie s'il est prouvé que des armes chimiques ont été utilisées. Son engagement est plus que jamais d'actualité. Les forces du régime et leurs maîtres russes doivent recevoir une leçon militaire sévère une fois pour toutes.

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