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Liban

La France débloque la crise et invite Hariri à Paris

La situation

L'escalade menée par Baabda s'est arrêtée dans l'après-midi.

16/11/2017

La tension entre Beyrouth et Riyad venait à peine d'atteindre son paroxysme avec la déclaration tonitruante du chef de l'État Michel Aoun, sorti de sa réserve pour accuser l'Arabie saoudite de retenir, contre son gré, le Premier ministre démissionnaire, Saad Hariri, que la diplomatie française a immédiatement accéléré le rythme de son intervention pour remédier à une crise diplomatique en gestation.

Le forcing de Paris devait s'avérer payant : l'issue suggérée par le président français, Emmanuel Macron, de faire venir à Paris M. Hariri et sa famille « dans les prochains jours » a fait baisser la tension d'un cran. Le président français a toutefois assuré que M. Hariri regagnerait Beyrouth par la suite pour « y confirmer sa démission, si tel est effectivement son choix », écartant d'emblée l'hypothèse d'un exil.

« Je me suis entretenu avec le prince héritier (saoudien) Mohammad ben Salmane et avec le Premier ministre Saad Hariri, et nous sommes convenus que je l'invitais pour quelques jours, M. Hariri, en France avec sa famille », a dit le président français à des journalistes, en marge de la COP23 à Bonn. « C'est aussi un geste d'amitié et une volonté marquée de la France de contribuer au retour au calme et à la stabilité au Liban », a-t-il ajouté.

Alors que plusieurs sources libanaises indiquaient que le départ de M. Hariri pour la France serait « imminent », France 24 a annoncé tard en soirée, citant des « sources françaises », que le Premier ministre n'arriverait pas à Paris avant dimanche.

Parallèlement, le ministre français des Affaires étrangères, qui a été dépêché hier en soirée à Riyad pour s'entretenir avec le prince héritier, devait plancher de son côté sur le scénario d'exit de M. Hariri et sur les conditions de ce règlement que la France venait de mettre en place.

 

Une source proche du dossier croit savoir que les « négociations » entre le chef de la diplomatie française et le prince héritier vont probablement porter sur les détails de l'accord relatif à « des dossiers et contrats à caractère militaire et économique ».

 

« Nous avons aussi d'assez bonnes relations historiques avec l'Arabie saoudite même si manifestement certains espoirs ont été déçus en matière de contrats », avait affirmé mardi à l'AFP Denis Bauchard, expert du Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales (IFRI). La « déception » la plus récente, selon des sources informées, concernerait le fameux don saoudien des trois milliards de dollars en équipements militaires qui devaient être produits par la France et fournis à l'armée libanaise.

 

Selon les informations diffusées par le bureau de presse de l'Élysée, cette issue aurait mûri après plusieurs entretiens avec M. Hariri et le prince héritier d'Arabie saoudite depuis hier (mardi). Elle pourrait avoir été précipitée après le regain de tension suscité par la déclaration du président Aoun, qui a décidé hier de hausser le ton face à l'Arabie saoudite, en dénonçant les « restrictions » imposées à M. Hariri qu'il considère comme étant l'« otage » de Riyad, « ce qui est contraire à la convention de Vienne », a-t-il déclaré. Il s'agit, devait-il ajouter, d'« un acte d'hostilité envers le Liban ».

 

C'est la première fois depuis la démission surprise annoncée le 4 novembre par le Premier ministre à partir de Riyad que le chef de l'État confronte aussi directement le royaume wahhabite, s'étant contenté jusque-là d'insister sur la nécessité du retour de M. Hariri au Liban, afin d'y voir plus clair, disait-il.

Dans une tentative se voulant rassurante, M. Hariri a affirmé par voie de Twitter qu'il allait « très, très bien » et qu'il comptait rentrer au Liban « comme promis ».

Cette escalade a immédiatement été dénoncée dans les milieux haririens, où l'on pense que le chef de l'État a recouru à « une démarche périlleuse » et qu'il aurait mieux fait d'« arrondir les angles en cette période critique au lieu de faire monter les enchères dans un jeu qui dépasse le Liban ».

 

(Lire aussi : Ce qui se cache derrière l’escalade de Baabda...)

 

Accalmie sur le front de Baabda
Sitôt le feu ouvert à partir de Baabda, la valse diplomatique s'est accélérée sur plusieurs fronts, et les appels à la non-ingérence dans les affaires libanaises se sont multipliés, alors que le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, poursuivait sa tournée européenne avec une nouvelle escale hier à Londres, puis à Rome, où il a notamment rencontré le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï. Le prélat maronite, qui s'active entre Riyad et Baabda depuis quelques jours, a adressé à M. Aoun un message par le biais de M. Bassil, dont la teneur est restée secrète. Dans ses déclarations à Rome, ce dernier a d'ailleurs recouru à une terminologie beaucoup plus conciliatoire, évoquant son souhait de nouer des relations fraternelles avec Riyad.

« Nous allons poursuivre nos efforts afin de régler cette crise à l'amiable, car nous voulons des relations fraternelles avec l'Arabie saoudite, le seul moyen étant le retour de M. Hariri au Liban. Après, c'est aux Libanais de dialoguer pour aboutir à une position unifiée », a déclaré M. Bassil, avant d'ajouter : « Si l'Arabie saoudite a un problème avec l'Iran, qu'elle traite cela avec Téhéran et non avec le Liban (...). Le monde est d'accord que le Liban ne doit pas être un terrain de règlement de comptes entre États », a également dit le chef de la diplomatie, dans ce qui pourrait apparaître comme une allusion à peine voilée à la requête de distanciation formulée par Riyad.

 

Parallèlement, à Beyrouth, le ton a commencé à baisser peu à peu, notamment du côté de la présidence. Dans l'après-midi, le conseiller du chef de l'État, Élias Bou Saab, a cherché à expliquer les propos du président, dans le sens de l'accalmie.

L'ancien ministre a reconstitué le fil des événements, rappelant les multiples requêtes du chef de l'État en direction de Riyad. M. Aoun a cherché « en vain » à obtenir des éclaircissements sur la situation de Saad Hariri, notamment auprès du chargé d'affaires saoudien, Walid Boukhari, a-t-il dit en substance. « C'est ce qui a motivé le président à hausser le ton pour que la lumière soit faite rapidement » sur cette affaire, a souligné M. Bou Saab, qui a pris soin d'ajouter que « le chef de l'État est attaché au fait de ne pas porter atteinte aux relations libano-saoudiennes, d'autant qu'il estime que ce qui s'est produit avec le Premier ministre Hariri peut être exploité pour nuire à ces relations ».

 

 

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Bery tus

et si je peux continuer la honte c'est d'avoir entendu un autre president affirmer qu'aucune decision ne peut etre prise au liban sans le consentement de l'iran, pourtant sans meme y repondre avec ne serait ce qu'un communiquer

Bery tus

l'affaire n'est pas finis ... attendez vous allez comprendre bientôt !! vous allez comprendre et ce des le samedi que l'Arabie saoudite ne détenait, ni ne l'avait mis en residence surveiller ... vous allez comprendre aussi qui est du mauvais coter de l'histoire

Fredy Hakim

Quelle Berezina! Quelle debacle que celle de nos amis Saoudites! Et quelle honte pour tous ceux qui ont couvert et justifier le kidnapping de notre premier ministre et qui sont allés à Riyadh pour comploter centre Lui.

gaby sioufi

bon ben , nous n'avons toujours pas pour autant reponse a LA QUESTION :

POURQUOI HARIRI NE RENTRE T IL PAS AU LIBAN ?
POURQUOI , SEQUESTRE EN ARABIE OU PAS , CHOISIR DE SEJOURNER EN FRANCE PAS AU LIBAN ?




FAKHOURI

Ce n'est pas Macron qui se fait de la pub par cette invitation. Pour la solution de la crise actuelle, c'est le retour de Hariri au Liban et montrer que l'Arabie saoudite n'a pas de milice armée au Liban.
M.Aoun parle comme les ayatollah, irréel !
Les dollars de l'Iran ne vont qu"au Hezbollah, les habitants du sud Liban n'en profite. Ils sont soumis à la folie de cette milice et ils meurent pour un tyran ou d'autres pays dont l'Iran sème sa mrd

FAKHOURI

“Les seules ententes internationales possibles sont des ententes gastronomiques.”
de Léon Daudet
Extrait de Paris vécu

Tabet Ibrahim

Emmanuel Macron ne m'avait pas fait marcher , mais là chapeau !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

1 - ESCALADE UNIQUEMENT POUR DES SOUPCONS SUR LE RETIENT DE HARIRI EN ARABIE QUI RISQUENT DE SE TRANSFORMER EN CRISE DIPLOMATIQUE ENTRE LES DEUX PAYS AU DESAVANTAGE DU NOTRE...
2 - SILENCE SUR LES INTERVENTIONS DE L,IRAN PAR HEZB INTERPOSE ET DIRECTEMENT DANS LES AFFAIRES DU PAYS PAR LES DECLARATIONS ROHANI ET SOULEIMANI...
EST-CE DE LA POLITIQUE CA OU DU PARTI PRIS ET DE L,ENGAGEMENT DU COTE PERSE CONTRE LES PAYS ARABES OU UN DEMI MILLION DE LIBANAIS TRAVAILLENT ET ENVOIENT DES MILLIARDS DE DOLLARS AU LIBAN ?
QUI SONT CEUX QUI VENDENT LE PAYS ET LE DETRUISENT ?

Yves Prevost

Quelle crise Macron a-t-il débloquée? L'Iran va-t-il cesser d'entretenir au Liban sa milice illégale? Hariri avait-il besoin d'une invitation officielle pour se rendre en rance?
Toute cette agitation diplomatique na eu qu'un seul but: mettre en accusation l'Arabie saoudite au lieu de l'Iran.
A la réunion de la Ligue Arabe, le Liban va-t-il continuer à soutenir l'insoutenable milice, et se brouiller définitivement avec l'Arabie?

Wlek Sanferlou

Après Trump c est au tour de Aoun... Il faut des gens pour traduire leur déclarations... Quel malheur pour le Liban.
Les déclarations a l égard de l Arabie de bassil ministre des affaires loufoques ne sont pas non plus d une aide quelconque

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