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Liban - Diplomatie

Hariri à Paris « incessamment »

Emmanuel Macron, hier, à Bonn. Wolfgang Rattay/Reuters

Avec toutes les réserves qui s'imposent, on peut dire que Saad Hariri et (peut-être) sa famille sont attendus à Paris et pourraient arriver dans la capitale française d'un moment à l'autre.

M. Hariri « devrait arriver en France dans les prochains jours », a annoncé hier la présidence française, le Premier ministre démissionnaire étant invité « pour quelques jours », avec l'accord de Riyad, par le président Emmanuel Macron.

« Je me suis entretenu avec (le prince héritier saoudien) Mohammad ben Salmane et Saad Hariri et nous sommes convenus que je l'invitais pour quelques jours en France avec sa famille », a déclaré le chef de l'État français dans la soirée devant quelques journalistes, au cours d'une visite du pavillon français de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP23). Il ne s'agit « pas du tout » d'un exil, a-t-il ajouté, expliquant qu'il fallait au Liban des « dirigeants libres de leurs choix et de les exprimer ».

« Je souhaite que la situation au Liban soit pacifiée et que les choix politiques puissent être faits conformément aux institutions. Nous avons besoin d'un Liban fort, d'une intégrité territoriale au Liban et de dirigeants qui soient justement libres de leurs choix et de les exprimer », a précisé de Bonn M. Macron. « C'est aussi un geste d'amitié et une volonté marquée de la France de contribuer au retour au calme et à la stabilité au Liban. Ce qui m'importe est qu'il (M. Hariri) puisse faire avancer le processus politique dans son pays dans les prochains jours et les prochaines semaines », a poursuivi le président français, évoquant le retour à terme de M. Hariri dans son pays.

 

(Lire aussi : La France débloque la crise et assure le retour de Hariri à Paris)

 

L'Élysée avait annoncé peu auparavant que M. Hariri devait arriver en France « dans les prochains jours » en réponse à son invitation. « Après s'être entretenu avec le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammad ben Salmane et le Premier ministre libanais Saad Hariri, précise le communiqué, le président de la République a invité Saad Hariri et sa famille en France. »

Cette annonce est intervenue au moment où le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, arrivait à Riyad, première étape d'une tournée en Asie.

Juste après le communiqué présidentiel, des personnes proches de l'Élysée ont parlé de l'imminence de l'arrivée à Paris du chef du gouvernement libanais, ajoutant que le chef de l'État n'aurait pas donné le feu vert à la diffusion de cette information s'il n'avait pas obtenu l'accord du numéro deux saoudien.

L'effet de surprise passé, ces mêmes personnes ont soulevé des questions de forme, telles que le lieu de séjour de M. Hariri qui dispose d'une spacieuse résidence en bordure de la Seine, son emploi du temps et la durée de son séjour. Les sources précitées ont rappelé que pour le Liban et son président, M. Hariri est toujours Premier ministre tant que sa démission jusqu'ici télévisée n'aura pas été présentée en personne au palais de Baabda.

 

(Lire aussi : Ce qui se cache derrière l’escalade de Baabda...)

 

Pour un ancien ministre qui suit de près la situation au Liban, le président Macron a trouvé une sorte de « formule magique » en guise de compromis entre l'exigence de Baabda d'une présence physique de Saad Hariri et la rigidité affichée par Riyad qui parlait de Premier ministre libanais démissionnaire et résidant chez lui en tant que citoyen saoudien.

« Cette invitation à Saad Hariri est considérée par un observateur averti, ancien ministre français, comme étant une sorte de "formule magique" qui permettrait de concilier l'exigence de Baabda d'une présence physique du chef du gouvernement pour discuter et éventuellement confirmer sa démission dans les formes, et le refus saoudien de laisser partir M. Hariri pour des raisons de sécurité. » Reste à savoir, poursuit cet observateur, quel processus trouver pour qu'un accord Aoun-Hariri intervienne avec les conseils d'Emmanuel Macron.

Un autre observateur, diplomate arabe retraité, estime qu'une fois en France, l'invité du président Macron trouverait avec le chef de l'État libanais une formule pour la suite des événements, c'est-à-dire une démission ou une autre option qui réduirait le regain de tension que l'on a vu ces dernières heures.

Il faut dire que pour les proches d'Emmanuel Macron et du ministre Jean-Yves Le Drian, quelque chose allait se passer du fait de la préoccupation grandissante de la France face au séjour prolongé de M. Hariri à Riyad et à la tension qui s'en est suivie au Liban.

 

(Lire aussi : Retour sur les principaux développements depuis l'annonce de la démission de Hariri)

 

Le Drian à Riyad
Signe de cette préoccupation, un « off » au Quai d'Orsay sur le voyage du chef de la diplomatie française à Riyad, au cours duquel il devrait rencontrer M. Hariri.

À quelques heures du départ pour Riyad de M. Le Drian, des milieux proches du Quai d'Orsay ont indiqué que l'essentiel de ses entretiens avec les dirigeants du royaume porteront sur le séjour prolongé de M. Hariri en Arabie et sa démission télévisée suivie d'une promesse (également télévisée) d'un retour très prochain à Beyrouth.

En fait, les pourparlers de M. Le Drian, et plus précisément l'entretien prévu avec le prince héritier Mohammad ben Salmane, porteraient, selon ces milieux, sur la crise grave qui a tourné à l'affrontement politique entre l'Arabie saoudite et l'Iran et sur les efforts diplomatiques de Paris en vue d'une désescalade.

La diplomatie française ne cache pas à cet égard son inquiétude de voir les conséquences de cette crise sur le Liban, accusé par Riyad d'ingérence et même d'agression contre le royaume wahhabite par l'entremise du Hezbollah, présent au Yémen et partie prenante à la guerre qui oppose depuis plus de quatre ans Saoudiens et Yéménites.

En fait, l'inquiétude française porte sur les effets du séjour prolongé à Riyad de M. Hariri et les risques d'une détérioration de la situation au Liban même.

 

(Lire aussi : Pour ou contre Hariri, les Libanais veulent son retour d'Arabie saoudite)

 

L'Élysée et le Quai d'Orsay évitent pour l'instant de trancher nettement sur la question de la liberté de mouvement du Premier ministre Hariri et se contentent de rester vigilants en attendant son retour dans son pays. Paris évite notamment de trancher entre l'avis du président de la République, Michel Aoun, qui affirme que son Premier ministre est en résidence surveillée à Riyad, et les propos apaisants de ce dernier qui promet de rentrer très bientôt pour présenter sa démission dans les normes. Mais Paris retiendrait la possibilité d'un recours aux instances internationales compétentes si l'absence de M. Hariri venait à se prolonger. Un tel recours serait dans ce cas initié par le Liban, et Paris le soutiendrait.

Pour ce qui est du voyage de M. Le Drian, des proches du Quai d'Orsay font savoir que la France s'intéresse à la situation politique au Liban et réaffirme que les puissances régionales ne doivent pas porter leurs différends sur la scène libanaise. Constatant sur ce point précis qu'il s'agit en fait d'ingérences qui provoquent une grave dégradation de la situation dans un pays ami de la France, ils ajoutent que dans cette crise régionale, la France parle à toutes les parties sans exception afin de réduire la tension et de les inciter à régler leurs problèmes par le dialogue. Plus précisément, la diplomatie française évite de se prononcer sur le statut du Premier ministre Hariri et se contente de souligner que si le chef de l'État libanais affirme qu'il n'est pas libre de ses mouvements, c'est qu'il dispose d'indices à ce sujet.

 

 

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commentaires (2)

L'appartement en bord de Seine de Hariri a été gracieusement prêté a Jacques Chirac ou va-t-il habiter ?

Tabet Ibrahim

07 h 56, le 16 novembre 2017

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Commentaires (2)

  • L'appartement en bord de Seine de Hariri a été gracieusement prêté a Jacques Chirac ou va-t-il habiter ?

    Tabet Ibrahim

    07 h 56, le 16 novembre 2017

  • NOUS AVONS BESOIN DE DIRIGEANTS AU LIBAN QUI SOIENT LIBRES DE LEUR CHOIX DIT LE PRESIDENT MACRON ! LA CHER PRESIDENT RESIDE LE PROBLEME... NOUS N,AVONS MALHEUREUSEMENT AUCUN QUI EST LIBRE DE SES CHOIX ! ET CELUI QUI CONFIRME LE CONTRAIRE EST MENTEUR...

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    07 h 29, le 16 novembre 2017

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