Liban

Une démission qui n’a pas fini de dévoiler ses secrets...

Décryptage
07/11/2017

Plus de deux jours après l'annonce surprise depuis Riyad de la démission du Premier ministre Saad Hariri, les circonstances qui entourent ce développement restent une énigme. Les interprétations vont bon train, mais, en l'absence de précisions directes de la part de Saad Hariri lui-même, qui reste soit injoignable, soit très peu bavard, toutes les interprétations sont possibles.

Dans les faits, vendredi soir, avant son départ imprévu pour Riyad, le Premier ministre avait multiplié les réunions au Sérail, dont une conférence de presse pour la lutte contre le piratage, et il semblait optimiste sur la capacité de son gouvernement à surmonter les crises pour arriver jusqu'aux élections. Selon des personnes qui ont participé aux réunions du Sérail, le Premier ministre avait informé ses collaborateurs qu'il devait se rendre la nuit même à Riyad pour une audience avec le roi Salmane.

Il faut préciser que Saad Hariri avait effectué quelques jours auparavant une visite éclair en Arabie et il était rentré rassuré, affirmant à ses interlocuteurs, dont le président de la Chambre Nabih Berry, que les autorités saoudiennes sont en faveur de la stabilité et qu'elles n'ont aucune intention de provoquer une crise politique au Liban. Au cours de cette rapide visite en Arabie, il avait pris un selfie avec le ministre saoudien chargé des Affaires du Golfe, Thamer el-Sabhane, le qualifiant d'ami. Pourtant, ce dernier avait appelé ces derniers temps à chasser le Hezbollah du gouvernement, ajoutant : « Ceux qui croient que je ne représente pas les autorités saoudiennes se trompent énormément, et le pire est à venir. »

 

(Lire aussi : Le point d’inflexion de Hariri, l'édito de Michel TOUMA)

 

Malgré cela, Saad Hariri était donc revenu optimiste de son premier voyage, convaincu d'avoir expliqué aux autorités saoudiennes que le gouvernement devait rester en place jusqu'aux élections législatives de mai prochain. C'est du moins ce qu'ont rapporté ceux qui l'ont vu vendredi avant son second voyage. Il leur avait même promis de tenir une réunion de la commission ministérielle chargée de la préparation des élections, lundi. Il avait aussi lancé des invitations pour un dîner qu'il organisait chez lui mercredi et se préparait à un Conseil des ministres jeudi.

Le Premier ministre a donc pris ce soir-là son avion privé pour se rendre à Riyad, avec deux de ses gardes du corps et sans ses proches conseillers habituels. Ensuite, plus personne n'a eu de ses nouvelles au Liban jusqu'à son apparition télévisée samedi pour annoncer sa démission. Ceux qui connaissent la maison de Saad Hariri à Riyad sont catégoriques : le décor qui l'entourait lors de sa déclaration télévisée n'était pas celui de sa résidence. Comme il n'avait pas emmené avec lui ses conseillers, la déclaration qu'il a lue n'était pas écrite par lui ou par ses adjoints habituels.

Tous ces détails permettent de croire qu'on lui a pratiquement demandé de démissionner, sachant que rien dans son comportement au cours de la période précédente ne permettait de croire que cette idée lui trottait dans la tête. D'ailleurs, il y a bien eu un contact téléphonique entre lui et le président de la République, samedi, quelques minutes avant sa prestation télévisée, mais il s'était contenté de lui annoncer son intention de démissionner, sans donner des détails, et il s'est même empressé de raccrocher pour ne pas avoir à répondre aux nombreuses questions du chef de l'État. De même, des ministres qui ont assisté à la prestation télévisée sont immédiatement entrés en contact avec son chef de cabinet Nader Hariri et d'autres proches. Or, aucun d'eux n'avait été mis au courant de ce développement. Le plus étrange aussi, c'est que l'équipe de pilotage qui conduisait son avion privé a été retenue deux jours à Riyad et ce n'est que dimanche soir qu'elle a été autorisée à rentrer au Liban dans un avion de ligne.

 

(Lire aussi : Une nouvelle politique saoudienne au Liban)

 

À Riyad, le Premier ministre a bien répondu à quelques appels en provenance du Liban, mais sans fournir de détails, se contentant de dire qu'il va bien et qu'il devrait rentrer bientôt à Beyrouth. Il est toutefois réapparu deux fois, la première aux côtés du nouvel ambassadeur d'Arabie au Liban, toujours dans un décor anonyme, et la seconde au palais de Yamama, où il a été reçu par le roi Salmane, en tant qu'« ancien Premier ministre du Liban », selon l'expression utilisée dans l'information diffusée par les médias saoudiens. Alors qu'au Liban, la démission n'a pas encore été officialisée...

Tous ces détails inhabituels justifient les questions soulevées par la démission du Premier ministre. Surtout que ce développement a coïncidé avec la vaste purge effectuée par le prince héritier d'Arabie sous prétexte de lutte contre la corruption, sachant que Saad Hariri était proche d'au moins deux des personnalités saoudiennes arrêtées. Si, comme il l'a promis et comme l'a déclaré le député Okab Sakr, il sera au Liban au cours des prochains jours, toutes ces ambiguïtés devront être levées. Mais, une chose est sûre, la démission de son gouvernement est confirmée.

C'est certes un coup pour lui, mais c'est aussi un coup pour le chef de l'État qui avait investi dans cette relation avec le Premier ministre pour relancer les institutions publiques. Le tandem fonctionnait plutôt bien. Et c'est sans doute ce qui a dérangé plus d'une partie qui voulait soit pousser le chef de l'État à entrer en conflit avec le Hezbollah, soit pousser le Premier ministre à entrer en conflit avec le président pour l'isoler, ainsi que le Hezbollah. Or, au cours de l'année écoulée, aucun des deux scénarios ne s'est présenté, et l'entente entre le président et le Premier ministre a permis des réalisations importantes au niveau de l'État. La démission du Premier ministre est donc un message contre cette entente et un appel à une confrontation avec le Hezbollah. Ce dernier a répondu dimanche par la voix de son chef, en appelant au calme et à la modération, évitant le piège de l'escalade politique qui lui était tendu.
Mais il faut plus que cela pour sortir le Liban de cette nouvelle crise.

 

 

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Sarkis Serge Tateossian

L'impartialité dans le journalisme est un des facteurs le plus important. Les faits à la recherche de la vérité, peu importe à qui fera plaisir ou déplaisir.
Bravo.
Espérons des jours meilleurs à notre cher pays....
L'esprit aveuglement partisan de nos concitoyens fait leur malheur. Je regrette.

Alexandre Hage

C'est sûr Le Liban n'est pas un pays indépendant. Le jour où il sera autonome économiquement, il pourrait devenir indépendant.mais de grâce Mme Haddad arrêtez de décrypter votre processeur ne fonctionne pas bien je vous montre pourquoi :
Un conseiller est tenu de garder les secrets tant que son patron ne l'autorise pas à le dévoiler avec les causes et effets.
De nos jours avec une ligne sécurisé en VPN pour parler simplement un conseiller peut rédiger une déclaration et l'envoyer par e-mail sans se déplacer afin de ne pas réveiller les soupçons.
Hier c'était assigné à résidence ! Aujourd'hui liens avec des personnes arrêtées pour détournement de fonds. Et pourquoi diable votre décodeur ne peut pas considéré les menaces qui pèsent sur lui? Il n'y a pas eu de précédents dans sa famille ?surtout que Mr Fawaz du Pentagone hier même sur la MTV confirme cette menace.
En clair vous n'en savez rien mais vous prétendez décrypter. Ne décryptez plus. Faites votre métier de journaliste en rapportant des faits avérés .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE BARATIN ET LA DESINFORMATION DU PARTI PRIS COMME D,HABITUDE ! ON NE LE FAIT PAS POUR RIEN !

HABIBI FRANCAIS

L infirmerie qui se moque de l hopital...les vallets de l iran critiquent Hariri pour prendre ses ordres a Ryad...!
Qui sont donc les vrais patriotes libanais?

Bery tus

Mais aucun décryptage sur le fait du brouillage de la communication de ses gardes du corps ?! Sans même relever les affirmations de Rohani d’il y a qlq jours ?!

Raminagrobis

Ya Sater !

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