Liban

Lecture à froid de la portée des propos de Rohani

Décryptage
26/10/2017

Pour les parties politiques libanaises toujours promptes à s'enflammer et faire feu de tout bois, les propos du président iranien sont du pain bénit. Que Hassan Rohani ait voulu adresser un message à l'administration américaine, qui multiplie les menaces à l'égard de l'Iran ou encore aux autorités saoudiennes, qui (re)commencent à jouer sur le terrain irakien, importe peu aux Libanais. Ceux-ci n'ont retenu de la déclaration attribuée au président iranien que l'interprétation qui veut que le Liban serait pratiquement sous la tutelle de l'Iran. Selon un diplomate libanais, une retranscription fidèle de la déclaration attribuée à Rohani donnerait la phrase suivante : « Qui pourrait prendre une décision décisive en Irak, en Syrie, au Liban et dans l'ensemble du golfe Persique sans tenir compte des positions iraniennes ? »

Même avec cette nuance, précise le diplomate précité, la phrase reste bien peu diplomatique et inhabituelle dans les relations entre les gouvernements. Mais, si l'on met de côté la fierté nationale des citoyens de chacun des pays cités par Rohani, force est de constater que la phrase du président iranien n'est pas totalement fausse.

Dans l'Irak d'aujourd'hui, l'Iran a récupéré une partie du vide laissé par les Américains lorsqu'ils se sont repliés à la fin du second mandat de Barack Obama. Et même si, désormais, l'Arabie saoudite tente de se réintroduire sur la scène irakienne en se ménageant des ouvertures en direction des chiites, des Kurdes et même du gouvernement irakien, elle doit composer avec l'influence de l'Iran sur une partie des institutions du pays et divers groupes politiques, en plus de la légalisation des « forces de mobilisation populaire », considérées comme des forces chiites, chrétiennes et même tribales sunnites entraînées et équipées par l'Iran.

 

(Lire aussi : L'incompatibilité du compromis interlibanais avec la nouvelle politique saoudienne)

 

En Syrie, l'Iran a depuis le début appuyé les forces régulières du régime syrien, à la fois militairement, politiquement et économiquement, et aujourd'hui il a un rôle certain dans toutes les décisions prises par l'axe rival de celui des Américains et constitué globalement par Moscou, Téhéran, Damas et leurs alliés. Dans le golfe dit Persique, que l'on appelle du côté arabe « Arabique », l'influence de l'Iran s'étend désormais au Qatar, en plus du sultanat d'Oman et surtout du Yémen, où l'appui de Téhéran aux Ansarallah (houthis) n'est plus un secret.

Au Liban, l'influence iranienne se traduit essentiellement à travers la place prépondérante du Hezbollah sur la scène locale. Il s'agit simplement de définir la nature de la relation entre le Hezbollah et l'Iran. Pour certains, il s'agit d'un suivisme total ; pour d'autres, d'une alliance solide dans le respect des intérêts du Liban et de l'Iran. Ce qui est sûr, à ce stade, c'est qu'en dépit de l'importance du parti chiite, aucune décision favorable à l'Iran n'a été prise. Le Liban a rejeté toutes les offres iraniennes d'envoi d'armes à l'armée libanaise, tout comme il continue de respecter autant que possible la politique officielle de distanciation à l'égard du dossier syrien. Le Liban a des relations acceptables avec l'Arabie saoudite et ses alliés, il a de bonnes relations avec l'administration américaine qui reste le principal fournisseur d'armes à l'armée libanaise, ayant en plus établi un programme de coopération avec cette armée, puisque de nombreux officiers suivent des formations aux États-Unis. Mais la distanciation ne signifie pas qu'il faut parler avec un camp seulement. Pour le pouvoir actuel, il s'agit de parler avec tout le monde, dans l'intérêt du Liban. C'est d'ailleurs parce qu'il a à cœur cet intérêt que le chef de l'État a décidé de ne pas fixer pour l'instant une date à la visite qu'il compte effectuer en Iran, suite à une invitation officielle ouverte qui lui a été adressée. Mais comme sa priorité dès son élection à la tête de la République était de rétablir de bonnes relations avec l'Arabie saoudite, sa première visite à l'étranger avait pour destination Riyad.

 

(Lire aussi : Vive indignation dans les milieux libanais hostiles à la politique de Téhéran)

 

Pour lui, il reste impératif de ne pas prendre parti dans des conflits régionaux et internationaux qui peuvent avoir des conséquences négatives sur le pays, tout en adoptant une approche plus dynamique. Il est donc certain, dans ce contexte, que le Liban ne peut pas s'aligner sur la politique saoudienne régionale et encore moins sur la politique américaine au Moyen-Orient, qui place en tête de ses préoccupations régionales les intérêts israéliens. De ce point de vue, la position libanaise pourrait être considérée comme favorable à la position iranienne. Mais le Liban ne s'aligne pas non plus sur la politique de Téhéran, essayant d'avoir une position équilibrée et ayant choisi de mettre de côté l'intervention du Hezbollah en Syrie en la plaçant dans le cadre d'une décision régionale qui le dépasse. Concernant la polémique autour de la nécessité d'ouvrir un dialogue avec le régime syrien, il ne s'agit pas d'un alignement sur un axe régional, mais plutôt de la volonté de régler un problème de plus en plus pressant, qui menace désormais la stabilité sociale, économique et sécuritaire du pays. Mais il n'est pas question à ce sujet qu'une partie prenne une décision unilatérale, le gouvernement cherchant à trouver dans ce dossier, comme dans d'autres, un compromis équitable.

Pour toutes ces raisons, il est donc compréhensible que les propos attribués au président iranien aient froissé une partie des Libanais, mais il serait bon de les relativiser. D'autant qu'ils ne s'adressaient pas aux Libanais, mais visaient à rappeler à ceux qui établissent des plans pour isoler l'Iran et chercher à éliminer son influence dans la région qu'il ne s'agit pas d'un projet facile à réaliser.

 

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Le Faucon Pèlerin

"Nous ferons du Liban un bouclier dans la prochaine guerre avec Israêl".
Hassan Rouhani, dans An-Nahar du 25/10/2017.

Qui a chargé Sayed Hassan Rouhani de cette mission divine ? A vol d'oiseau, la distance entre Téhéran et Tel-Aviv est 1588 kms et ce, en traversant le ciel irakien, syrien et libanais, le nôtre évidemment sans notre accord. Il est prévu donc que pour accomplir les ambitions hégémoniques d'un pays loin de 1588 kms à vol d'oiseau, cela réduirait notre pays en champ de ruines et de poussières comme Raqqa. Allez vous battre ailleurs au Golan occupé.
"Lorsque les éléphants se battent, seule l'herbe en pâtit." (Proverbe chinois). Pour la gouverne de tous, le Liban est un pays indépendant et souverain, il n'a pas vocation de guerroyer ou de servir de bouclier pour qui que soit. Nous n'acceptons pas que l'on nous méprise éternellement. Le Conseil de Sécurité de l'ONU n'a pas été créé pour les chiens.

Bery tus

baratinage a gogo ou comment justifier l'injustifiable .. comment peut on trouver 2 sens a l'affirmation de Rohani !?!?!

c'est tres clair c'est une honte pour les libanais de se laisser ainsi appeler comme si on était des proxis ou citoyen de seconde zone ...

Hitti arlette

Merci scarlett pour ce fameux article .. Une Analyse pertinente et et super bien développée .

Irene Said

Est-il possible, dans notre beau pays le Liban, de trouver un citoyen ou une citoyenne ou un "responsable" à 100 % libanais ?

Tous irrémédiablement vendus soit à l'Iran, ou aux USA, à la Syrie, à l'Arabie Séoudite, au Hezbollah ?

Pas un ou une qui se sente assez fort/forte pour défendre seul bec et ongles sa patrie ?

Monsieur Rohani a bien compris cela concernant le Liban !

Irène Saïd


gaby sioufi

""Mais, si l'on met de côté la fierté nationale des citoyens de chacun des pays cités par Rohani, force est de constater que la phrase du président iranien n'est pas totalement fausse"" - JE M'ETAIS fait promesse mais la IMPOSSIBLE de ne pas reagir a la phrase ci-haut --le SI L'ON MET DE COTE LA FIERTE NATIONALE"

DIEU que ca manque de dignite , non pas de la part "des citoyens fiers " ca pour sur !
la politique je la laisse aux autres "analystes"/decrypteurs

ce qui m'interresse est jsutement le cote SOCIAL de cette infamie , revoltante a l'extreme , defendue surtout par le CPL et ses partisans jusqu'a souhaiter la mise de cote de notre fierte...car decryptent ils :
" que la phrase du président iranien n'est pas totalement fausse", que donc faut s'y faire.
VRAIMENT?
NOT IN YOUR DREAMS disent les americains

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN ARTICLE DE LA HONTE ! LE PARTI PRIS ET LA DESINFORMATION ARROSES DE BARATIN ET DE NON APPARTENANCE NATIONALE... TOUT Y EST... HONTE !

Pierre Hadjigeorgiou

A qui qu'ils soient adressés, les propos de Rohani veulent dire ce qu'ils veulent dire et il n'y a rien a relativiser. Depuis l'intervention du Hezbollah en Syrie le Liban est parti pris, contre son gré et contre le désirs de la majorité des Libanais, dans l'axe Iranien. Quand a la Syrie, Mr Rohani se trompe très forts car seul les Russes règnent en maître et personne d'autre. Ils ont perdu Bachar au profit des Russes. Abadi n'est pas pro-Iranien et bientôt nous verrons le conflit en Irak se développer en guerre inter-chiites aussi. Quand au Liban, a cause du Hezbollah, l’étau se resserre et il se trouvera a la merci de conflit grave en raison de la bêtise du Hezbollah & Co dont le Président actuel.

Alexandre Hage

On dirait radio Téhéran. Relativiser! Le Liban n'est pas une monnaie d'échange de Mr Rouhani. Je vous rappelle Madame la déclaration du Président de notre République :le Liban est trop petit pour être découpé et il est trop grand pour être avalé. Je cotise à cette déclaration. Et je vous rappelle les nombreux soldats morts en martyrs pour appliquer la décision plus que courageuse du président. NI SYRIE NI ISRAËL. Lui même ça lui a coûté plusieurs années d'exil en France. Si vous respectez au moins ces faits, comme vous le prétendez, alors arrêtez de relativiser car aujourd'hui, par extrapolation des paroles de notre président, on pourrait dire ni Syrie ni Israël ni Arabie et ni Iran. On discutera d'égal à égal avec tout le monde excepté Israël bien entendu,mais nous ne sommes la monnaie d'échange pour personne. C'est quoi ça discuter avec moi et je vous laisserai le Camembert libanais! J'ai beaucoup du mal à relativiser moi. Vous faites comment vous ? !

Fady Challita

.. les propos du président iranien sont du pain bénit.

http://parler-francais.eklablog.com/du-pain-beni-t-a56096017

Alors, pain bénit ou pain béni?

Apparemment les deux sont acceptables mais je ne sais pourquoi, "pain béni" a ma preference :)

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