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Liban

Depuis l’hémicycle, Berry fait de l’ombre à Aoun...

Parlement

Le président de la Chambre et le Premier ministre ont répondu hier aux propos de Trump.

S. N. | OLJ
21/09/2017

Le discours du président des États-Unis, Donald Trump, devant l'Assemblée générale de l'ONU dans son volet relatif à la naturalisation des déplacés, s'est invité à la séance législative, hier, place de l'Étoile. L'occasion pour le président de la Chambre, Nabih Berry, de devancer l'intervention du président de la République, Michel Aoun, à New York, prévue aujourd'hui.

C'est le député Abbas Hachem qui a pris l'initiative de signaler, dans la foulée du débat autour de la proposition (renvoyée en commissions) du député Nehmetallah Abi Nasr de faire de la date de la déclaration du Grand Liban un jour férié, vu que « le président américain a proposé de naturaliser les Syriens au Liban ». Il s'est ensuivi un commentaire laconique de Serge Tor Sarkissian : « Le président de la République gère cette affaire à New York. » Ce qui a amené M. Berry à rappeler « le sérieux » de l'événement : « Ce qui a été dit (par le président américain, NDLR) ne peut être pris à la légère, puisqu'il ravive toute la question de l'implantation. » Et d'exprimer le souhait que le Parlement y réponde solennellement, par le biais d'une recommandation s'inspirant du préambule de la Constitution, dans son alinéa « i », dont le chef du législatif a veillé à donner lecture à la fin de la séance : « Le territoire libanais est un territoire UN pour tous les Libanais. (...). Il n'est point de discrimination entre la population fondée sur une quelconque allégeance, ni de division ou de partition, ou d'implantation. » Il a fait remarquer que le préambule de la Constitution est « plus important que la Constitution elle-même, la seconde étant sujette à des amendements ». Et M. Berry de rappeler que « le Parlement avait déjà émis des recommandations similaires relatives à l'implantation ».

C'est donc par une action institutionnelle, et non par un simple commentaire, que Nabih Berry a réagi aux propos de Donald Trump, ce qui n'a pas été sans ôter une partie de la vedette à Michel Aoun sur un sujet qui est au cœur de la surenchère aouniste. C'est en partie pour circonscrire cette surenchère sur le respect des échéances électorales qu'il avait, deux jours plus tôt, proposé des législatives anticipées. Là encore, il a voulu concrétiser, solenniser sa proposition en la moulant dans une proposition de loi revêtue du caractère de double urgence. Il ne manquera pas d'ailleurs de lancer une pointe hier au chef de l'État : « Le président Aoun aurait dû saisir l'occasion de sa présence à New York pour rappeler aux intéressés ce que dit la Constitution sur l'implantation », a-t-il dit, comme l'a rapporté la chaîne MTV. Et, pour éviter une confrontation ouverte, c'est sur une note courtoise qu'il dira que la recommandation parlementaire qu'il a souhaitée « est d'autant importante que le président Aoun se trouve actuellement à New York ». La réponse de ce dernier ne tardera pas à venir depuis New York.

 

(Lire aussi : Les clivages politiques remontent à la surface)

 

Saad Hariri
Le Premier ministre, Saad Hariri, a tenté hier de se placer au-dessus de la mêlée. Lors d'un point de presse, il s'est démarqué de l'instrumentalisation démagogique du dossier des déplacés. « Il n'a jamais été question d'un projet d'implantation au Liban, et tous sont conscients, notamment les Américains, que nous avons notre Constitution et notre souveraineté », a-t-il dit, voyant dans le discours de M. Trump une « portée seulement politique », sans conséquence concrète. Il a insisté sur « l'absence d'une décision internationale en la matière », croyant savoir, en outre, qu'aucune décision internationale qui contraint les pays d'accueil à la naturalisation n'est à prévoir. « Il n'y a pas lieu de donner à ce sujet plus d'importance qu'il n'en a », a-t-il conclu.

Il se prononçait à l'issue de sa réunion avec le président de la Chambre, dans le bureau de ce dernier à l'hémicycle, en présence de plusieurs ministres et députés, après la levée de la séance. Les échanges auraient porté principalement sur l'appel de M. Berry à la tenue des législatives avant la fin de l'année, au motif que la mise en œuvre dans les délais des réformes électorales, dont la carte biométrique, est incertaine. Selon l'agence d'informations al-Markaziya, citant des sources informées, M. Hariri aurait fait valoir à son interlocuteur que « le gouvernement et le ministère de l'Intérieur sont capables d'émettre les cartes biométriques dans les délais, de sorte à honorer l'échéance des législatives ».

Toutefois, M. Hariri est resté conciliant lorsqu'il a été prié par les médias de commenter l'appel récent de M. Berry à la tenue de législatives anticipées. Il a estimé que celui-ci « craint le pire », à savoir un nouveau report des législatives, « mais cela est discutable ». « Tous savent l'effort que l'élaboration de la nouvelle électorale a requis. Sommes-nous vraiment disposés à rouvrir ce chantier ? » s'est-il interrogé. « Il y a peut-être des craintes relatives à la carte biométrique ou des questions sur l'utilité de l'inscription préalable (des électeurs dans le lieu où ils désirent voter – objet de litige actuel, NDLR). Nous tentons d'y répondre au sein du gouvernement », a-t-il ajouté, sans omettre enfin de valoriser « l'atmosphère de consensus » qui, selon lui, « continue de régner sur le pays ».

 

(Lire aussi : La carte d'identité biométrique : un marché entouré de flou)

 

 

Notons que la séance législative s'est limitée à une heure. Elle a conduit au vote d'une loi qui rend désormais possible l'équivalence entre le baccalauréat libanais et le baccalauréat international. S'y sont opposés les députés Nicolas Fattouche et Nawaf Moussaoui, qui a argué du « refus de cette équivalence par le Centre national de recherches et de développement pédagogique ». En outre, le Parlement a habilité le gouvernement à légiférer dans le domaine douanier.
Le président de la Chambre, Nabih Berry, a décidé toutefois de reporter l'examen des seize propositions d'amendement de la grille des salaires, en attendant que le Conseil constitutionnel se prononce sur le recours en invalidation des mesures de financement de cette grille.
Les propositions de lois des députés sunnites Khaled Daher et Ammar Houri sur le congé hebdomadaire ont elles aussi été reportées, pour « les sensibilités qu'elles suscitent », selon M. Berry.


 

 

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Le Faucon Pèlerin

Le cowboy Donald Trump a proposé de naturaliser les déplacés syriens au Liban.(sic).
Les Etats-Unis, 323 millions d'habitants et 9.833.517 km2 est entrain de construire un mur tout le long de sa frontière avec le Mexique pour stopper le flux des Mexicains... En dépit de cela, ce cowboy a l'impudeur politique et morale de recommander la naturalisation de deux millions de déplacés syriens au Liban de 10.425 km2 et 4 millions et demi d'habitants.
Je sollicite notre gouvernement d'intenter tout de suite un procès auprès du Tribunal international de La Hay à l'encontre de ce type pour "Crime contre l'humanité".

FAKHOURI

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Confucius

AIGLEPERçANT

Pas besoin de chercher à créer le doute entre allié de la résistance.

Ça ne marche pas et ÇA NE marchera JAMAIS .

Les composantes de la résistance sont plus intelligents que ÇA.

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