X

À La Une

Disparition de Moussa Sadr : retour sur une affaire non résolue, 39 ans plus tard

Liban

Malgré des années de procédures judiciaires et de péripéties, le sort de l'imam fondateur du mouvement Amal, dont on a perdu la trace en 1978 en Libye, est toujours inconnu.

30/08/2017

Le mercredi 30 août, le mouvement Amal a commémoré le 39ème anniversaire de la disparition en 1978, en Libye, de l'imam Moussa Sadr, chef du Conseil supérieur chiite au Liban, et de ses deux compagnons, le cheikh Mohammad Yaacoub et le journaliste Abbas Badreddine. En cette date anniversaire, un rassemblement a été organisé sur le terrain du club de football d'Ansar, dans la banlieue-sud de Beyrouth. Lors d'un discours prononcé à cette occasion, le président du Parlement libanais et chef du mouvement Amal, Nabih Berry, a assuré que le l'imam Moussa Sadr était toujours en vie.

L'occasion de revenir sur une affaire qui a connu de nombreux rebondissements ces dernières années.

 

Qui est Moussa Sadr ?


Issu d'une famille de grands dignitaires religieux chiites, Moussa Sadr naît en 1928, à Qom, en Iran. Après des études de théologie, il s'installe au Liban en 1959. Grâce à ses talents d'orateur et son charisme, il devient le porte-parole de la communauté chiite qui se sent marginalisée. L'imam Moussa Sadr s'impose sur la scène politique libanaise en prônant la modération, la justice sociale et le dialogue entre les communautés.

En 1967, il fonde le Conseil supérieur chiite, un organe politico-religieux ayant pour vocation d'offrir un poids politique à la communauté chiite, dont il devient le président deux ans plus tard. En 1970, après une grève générale au Liban-Sud et sous la pression de l'imam, le Parlement libanais vote la création du Conseil du Sud, devant aider à la reconstruction et au développement de la région. En 1974, Moussa Sadr crée le "Mouvement des déshérités", pour permettre aux chiites libanais d'obtenir plus de droits civiques et améliorer leurs conditions de vie.

En janvier 1975, il crée, avec Hussein Husseini, qui deviendra plus tard président du Parlement, le mouvement Amal, acronyme arabe de la milice des "Bataillons de la résistance libanaise", devant assurer la défense de la communauté chiite. La guerre civile éclatera trois mois plus tard.

 

Disparition


Trois ans après le début de la guerre, au moment de l'opération Litani, menée par l'armée israélienne contre l'OLP au Liban-Sud, l'imam entreprend une tournée auprès des dirigeants arabes. Il se rend le 25 août 1978 à Tripoli, en Libye, à l'invitation du pouvoir en place, pour rencontrer Mouammar Kadhafi, accompagné par le cheikh Mohammad Yaacoub et le journaliste Abbas Badreddine. Les trois hommes sont vus pour la dernière fois à leur hôtel de Tripoli le 31 août, alors qu'ils s'apprêtaient à rencontrer le dirigeant libyen.

Les autorités libyennes prétendront que les trois hommes ont embarqué, ce soir-là, sur le vol 881 de la compagnie italienne Alitalia à destination de Rome. Quelques jours plus tard, on découvrira leurs bagages à l'hôtel Holiday Inn, dans la capitale italienne. Une information judiciaire est alors ouverte par la justice italienne.

Tripoli s'accrochera à une version des faits selon laquelle l'imam Sadr et ses compagnons ont quitté la Libye, vivants, pour l'Italie. Au Liban, on ne croit pas à cette version. On privilégie les thèses de l'enlèvement, voire de l'élimination, des trois hommes. Depuis, la communauté chiite libanaise tient Mouammar Kadhafi pour responsable de la disparition de l'imam. Cette affaire envenime encore aujourd'hui les relations entre le Liban et la Libye.

 

Rebondissements en série


Plusieurs années de procédures judiciaires autour du mystère de la disparition de Moussa Sadr et de ses compagnons suivront.

En 2004, les passeports de Moussa Sadr et du cheikh Mohammed Yaacoub réapparaissent en Italie dans le cadre d'un procès instruit à Rome pour falsification de documents et usurpation de fonction. Ces documents seront remis à la justice libanaise.

En 2008, cette dernière lance un mandat d'arrêt international contre Mouammar Kadhafi et plusieurs dignitaires du régime libyen, pour complicité d'enlèvement et d'assassinat.

En 2011, la révolte en Libye contre Mouammar Kadhafi fait apparaître de nouvelles révélations sur cette affaire. Un opposant au régime libyen, Sami Masrati, affirme avoir aperçu un homme ressemblant à l'imam être transféré à bord d'un avion à l'aéroport d'Abraq, dans la ville d'al-Bayda, en Libye. Un autre opposant, Abdel Majid Mansour, explique que Moussa Sadr était en vie dans une prison de Sebha, au centre de la Libye. Un troisième, Abdel Menhem al-Ouni, affirme que l'imam Sadr a été assassiné et enterré dans la région de Sebha. Un ancien proche de Mouammar Kadhafi, Ahmed Ramadan, assure de son côté que Moussa Sadr avait été "liquidé" après son entrevue avec le dirigeant libyen. Aucune de ces informations n'a pu être vérifiée.

Dans la foulée de ces révélations, un comité de suivi chargé de suivre le dossier est formé la même année. Il est aujourd'hui présidé par le juge libanais Hassan Chami.

En juillet 2015, la justice italienne parvient, après 34 ans de procédure, à un verdict sans appel : le dignitaire chiite n'a jamais mis les pieds dans le pays.

 

L'affaire Hannibal Kadhafi

L'affaire rebondit de manière spectaculaire en 2015.

Le 11 décembre de cette année, un groupe armé enlève Hannibal, un des fils de Mouammar Kadhafi, dans la Békaa, avant de le relâcher quelques heures plus tard. Le soir même, il apparaît dans une vidéo dans laquelle il appelle "tous ceux qui ont des preuves au sujet du dossier de Moussa Sadr à les présenter sans tarder". Il sera ensuite pris en charge par les services de renseignement des Forces de sécurité intérieure qui l'interrogent.

Le 14 décembre, le fils du despote libyen est inculpé, accusé d'avoir caché des informations sur la disparition de Moussa Sadr et ses compagnons. Le 17 décembre, l'ancien député Hassan Yaacoub, fils du cheikh Mohammad Yaacoub, ainsi que deux de ses gardes du corps, sont placés en détention, accusés d'avoir conduit le rapt d'Hannibal Kadhafi.

Sept mois plus tard, le 25 juillet 2016, après une mobilisation de sa famille et de ses partisans, l'ancien député finit par être relâché. En janvier 2017, une remise en liberté est ordonnée en faveur d'Hannibal Kadhafi dans le cadre d'une affaire d'outrage à magistrat. Néanmoins, il reste poursuivi pour dissimulation d'informations dans l'affaire Moussa Sadr.

Il y a plus de deux mois, la sœur de l'imam, Rabab Sadr, directrice de la Fondation Imam Sadr, affirmait qu'elle poursuivrait sa lutte "jusqu'à son dernier souffle" afin de mettre fin au mystère entourant la disparition de son frère et de ses deux compagnons.

Le destin de l'imam Moussa Sadr en a fait une figure messianique, principalement au sein de la communauté chiite qui ne cesse de réclamer la vérité sur son sort.

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Bery tus

au fin* = a des fins du vivre ensemble

il prônait le vivre ensemble tel que l'entendait la raison du liban

Bery tus

c'est clair le grand SAMAHET EL SAYYED MOUSSA SADR fut assassiner par justement la personne qui a fait l'objet d'un article par la demande de qui !?!?!?!

il prônait tout comme Allah yerhmmo samahet sayyed chamsedine

ces 2 personnages sont les emblèmes d'une communauté au fin du vivre ensemble

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,IMAM MOUSSA SADR S,IL ETAIT ENCORE VIVANT ET AU LIBAN IL N,Y AURAIT POINT DES AVENTURIERS QUI METTENT EN DANGER PERMANENT LE PAYS ET SON PEUPLE !

Antoine Sabbagha

L'imam Moussa Sadr en effet était en effet une personne rare , il prônait la modération, la justice sociale et le dialogue entre les communautés sans pousser surtout les gens à la haine .

Maes Victor

La disparition de l'imam Moussa Sadr fut une grande perte pour le Liban et les libanais toutes confessions confondues.

Dernières infos

Les signatures du jour

En toute liberté de Fady NOUN

Le mufti et le pape

Décryptage de Scarlett HADDAD

Le gouvernement entre les interférences externes et l’épineux dossier des relations avec la Syrie

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué