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Société - Il Y A 50 Ans, La Disparition D’Édouard Saab

Un fulgurant parcours de lumière


Un fulgurant parcours de lumière

De gauche à droite, Édouard Saab, Émile Bitar, Georges Naccache, Ghassan Tuéni et Henri Eddé. Photo Archives L’OLJ

Il y a cinquante ans disparaissait tragiquement Édouard Saab. Il était encore loin de frôler la cinquantaine que déjà ses jeunes troupes le désignaient par Le Vieux.

Ce n’était certes pas en raison des quelques poils blancs qui pointaient la précoce calvitie d’Édouard. C’était par affectueux respect, par vive admiration pour le professionnalisme et l’expérience de l’homme qui eut à assembler et gérer deux équipes de journalistes. Il fut tour à tour le premier rédacteur en chef du quotidien Le Jour reprenant vie en 1965, et puis de L’Orient-Le Jour issu de la fusion en 1971 de ces deux titres longtemps rivaux. Aux valeurs sacrées du métier, à son insatiable curiosité intellectuelle, à sa passion pour le scoop où qu’il pût survenir dans ce vaste monde, s’ajoutait cependant un esprit de camaraderie de fraternité à toute épreuve.

Car le grand frère qu’il fut pour nous, jeunes universitaires n’en revenant pas de sa généreuse et chaude amitié, n’était décidément pas fait pour mener à la dure les galériens de la profession. Par sa propre et contagieuse ardeur à la tâche, par l’exemple de son enthousiasme débordant, Édouard arrivait à obtenir de nous des journées (et des nuits !) de quatorze heures de travail.

Ce touche-à-tout de génie avait déjà fort à faire pour agencer l’édition du lendemain ; éditorialiste de grand renom, correspondant très estimé du parisien Le Monde, il se transformait volontiers en remuant reporter, aussi bien sur place qu’aux quatre coins de la région arabe dont il connaissait bien tous les labyrinthes. Pour tout dire, l’étincelant manieur de tous les genres était bel et bien la dynamo, le turbocompresseur, le cœur du journal pompant vitalité et énergie vers ses divers organes.

Originaire de Baabda, né et élevé à Lattaquié, Édouard Saab était tout naturellement un spécialiste largement reconnu de la Syrie. C’est là d’ailleurs qu’il offrit au bleu que j’étais alors le rare privilège de l’accompagner en reportage, au lendemain du sanglant coup d’État inter-baassiste de 1966. Ardent Libanais, Édouard ne nous faisait guère secret des fols espoirs qu’il plaçait dans une Syrie devenue par miracle un jour une bonne et démocratique voisine. Mais il ne nous cachait pas davantage combien étaient cruelles ses déceptions.

Le coup de massue fut pour lui cette guerre civile dont il avait détecté depuis longtemps les signes avant-coureurs ; dont il préconisait en vain, dans ses écrits, les moyens de la prévenir ; et qui devait finir par l’abattre, tant physiquement que moralement. Dans son âme et dans sa chair, Édouard aura, plus que tout autre, souffert de l’éclatement du cèdre national. Il en est même mort, pris pour cible par un tireur alors qu’il bravait, au volant de sa voiture, ce carrefour du Musée de Beyrouth symbolisant l’insoutenable cassure nationale. Combien d’autres rêves à venir – et invariablement voués à se fracasser – son martyre lui aura-t-il donc épargnés ?

C’est durant cette unique année de guerre civile vécue qu’Édouard Saab s’est confié à nous de ses tourments. Les longues heures passées à bavarder sitôt regagné notre hôtel après une harassante journée de travail ; la chaude intimité que crée une réunion de collègues autour d’un tardif casse-croûte ; l’inquiète nostalgie des familles attendant de l’autre côté de la ville, tout cela nous a révélé les affres, les doutes, les angoissantes remises en question d’un chef qui, pour nous, incarnait l’optimisme le plus irréductible.

De le voir gisant sur le marbre glacé, la tête enveloppée d’un futile bandage, fut notre première rencontre rapprochée, mais non la dernière hélas! avec la mort brutale. Prodigieux apanage des grands destins, c’est pourtant une tout autre image, infiniment plus lumineuse, que laisse Édouard à ceux qui ont eu la chance de le connaître. De le côtoyer. De l’aimer.

Il y a cinquante ans disparaissait tragiquement Édouard Saab. Il était encore loin de frôler la cinquantaine que déjà ses jeunes troupes le désignaient par Le Vieux. Ce n’était certes pas en raison des quelques poils blancs qui pointaient la précoce calvitie d’Édouard. C’était par affectueux respect, par vive admiration pour le professionnalisme et l’expérience de l’homme qui eut à assembler et gérer deux équipes de journalistes. Il fut tour à tour le premier rédacteur en chef du quotidien Le Jour reprenant vie en 1965, et puis de L’Orient-Le Jour issu de la fusion en 1971 de ces deux titres longtemps rivaux. Aux valeurs sacrées du métier, à son insatiable curiosité intellectuelle, à sa passion pour le scoop où qu’il pût survenir dans ce vaste monde, s’ajoutait cependant un esprit de camaraderie de...
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