X

À La Une

Le Hezbollah progresse dans le jurd de Ersal, un médiateur tué

Liban

Les combattants des Brigades Ahl el-Cham se sont retirés de la zone de combat.

OLJ
22/07/2017

Le Hezbollah a enregistré samedi de nouvelles avancées dans le jurd de Ersal, au lendemain du début de la bataille pour reprendre aux jihadistes cette zone aride située sur les hauteurs de cette bourgade sunnite frontalière de la Syrie.

La journée a été marquée par la mort de l'ancien vice-président de la municipalité de Ersal, Ahmad Fliti, qui faisait office de médiateur entre le parti chiite et les hommes du Front Fateh el-Cham durant ces combats meurtriers.

 

Nouvelles progressions du Hezbollah
Le Hezbollah a donc de nouveau avancé dans le jurd, prenant le contrôle de Kornet Wadi el-Khayl, les hauteurs de Kornet Kanzah, Jouar el-Cheikh, Wadi Kreidi, al-Dalil al-Abiad et Sarj Koueiss, après de violents combats avec les jihadistes du Front Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra, l'ancienne branche d'el-Qaëda en Syrie). Le parti chiite a également pénétré, selon la chaîne locale LBCI, dans la grotte où s'abritait Abou Malek el-Talli, le chef de Fateh el-Cham dans la région. Aucune information supplémentaire n'a été donnée à ce sujet.

Le Hezbollah a pu effectuer ces avancées grâce au soutien aérien de l'aviation syrienne durant la nuit. Celle-ci bombardait samedi le jurd de Flita, en Syrie. Dans l'après-midi, les appareils syriens bombardaient intensément le jurd de Ersal, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). C'est le Hezbollah, soutenu par l'armée syrienne, qui avait lancé les hostilités vendredi au petit matin depuis le territoire syrien.

Vendredi, le parti chiite avait déjà réalisé de nombreuses avancées sur le terrain, en annonçant toutefois la mort de deux de ses combattants. Samedi, il a fait part de la mort de neuf de ses combattants dont les funérailles se sont tenues aujourd'hui. Il s'agit de : Hussein Ali Mahmoud, Hussein Zouheir Salim, Mahdi Hamad Assaf, Hassan Samir Seifeddine, Fadl Abbas Bazzi, Hussein Ali Ismaïl, Mahmoud Ali Asseily, Mohammad Issam Salamé et Hussein Zouheir Assaf.

 

(Lire aussi : Première étape de la bataille du jurd de Ersal : effet de surprise et avancée rapide...)

 

Les jihadistes acculés
L'armée libanaise défend pour sa part Ersal contre toute infiltration jihadiste. Elle bombarde sporadiquement depuis hier les positions des islamistes dans le jurd voisin.

Samedi, les militaires ont ciblé un groupe de combattants à Wadi el-Dam qui tentaient de s'infiltrer dans la localité. Ils ont également bombardé un autre groupe qui se déplaçait au sud de Wadi el-Khayl et se dirigeait vers Ersal, ainsi que des combattants au niveau du secteur de Safa el-Lazzab qui tentaient de s'approcher des positons de l'armée.

Selon le "média de guerre" du Hezbollah - une structure en ligne combinant vidéos et images, puis rediffusée notamment par la chaîne du parti, al-Manar - le groupe jihadiste a lancé des appels de détresse via des hauts-parleurs dans Wadi el-Khayl, appelant les civils dans le secteur à lui prêter main forte. Toujours selon le parti chiite, plusieurs combattants de Fateh el-Cham ont hâtivement battu en retraite, laissant derrière eux du matériel et des armes.

Ainsi, selon cette source, plus de 36 combattants des Brigades Ahl el-Cham ont déposé les armes et se sont rendus dans le camp de réfugiés syriens dans le secteur de Malahi. L'Ani évoque 30 combattants. Dans la soirée, une source militaire citée par LBCI a indiqué que tous les islamistes appartenant à ce groupe se sont retirés du jurd de Ersal. Par la suite, le média de guerre du parti chiite a indiqué que 200 combattants s'étaient retirés.

Une source proche des services de sécurité libanais, citée par l'agence Reuters, fait état d'un bilan de 43 rebelles et de 15 combattants du Hezbollah tués depuis vendredi.

Par ailleurs, la Croix-Rouge libanaise (CRL) a annoncé avoir exfiltré sept blessés et 100 femmes du jurd de Ersal. Dans la soirée, des véhicules de la CRL sont entrés dans Ersal, notamment pour distribuer des aides aux réfugiés syriens, en coordination avec l'armée libanaise et le président de la municipalité de Ersal, Bassel Hojeiri, rapporte l'Ani.

 

(Lire aussi : Opérations dans le jurd de Ersal : le courant du Futur se démarque, l'armée silencieuse)

 

Fliti tué par les islamistes
En raison des affrontements, plusieurs familles de réfugiés syriens ont fui leurs tentes situées aux abords de Ersal. Elles ont été autorisées par l'armée libanaise, sous la supervision des Nations Unies, à entrer à l'intérieur de la bourgade sunnite. Samedi, la situation était calme à l'intérieur de la localité, et les gens vaquaient normalement à leurs occupations, selon les informations de la LBCI.

Une médiation visant à convaincre Fateh el-Cham de se retirer de Wadi el-Khayl a échoué dans l'après-midi, le médiateur Ahmad Fliti, ancien vice-président de la municipalité de Ersal ayant succombé à ses blessures après avoir été atteint par un obus tiré par le groupe jihadiste, selon un communiqué publié par l'armée libanaise dans l'après-midi. Fayez Fliti qui l'accompagnait a quant à lui été blessé, précise le texte.

Le Courant du Futur a aussitôt rendu hommage à Ahmad Fliti, "martyr de toute la nation". De son côté, Waël Bou Faour, député joumblattiste, a salué un homme qui a "sauvé tellement de vies", "défenseur de la coexistence" et "protecteur des habitants de Ersal".

 

(Voir aussi : La bataille du jurd de Ersal a commencé : les images)

 

Réactions politiques
Sur un autre plan, le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Joseph Aoun, a reçu dans l'après-midi à Yarzé l'ambassadeur de Syrie à Beyrouth, Ali Abdel Karim Ali. Aujourd'hui, dans les milieux libanais favorables au régime du président syrien Bachar el-Assad, on évoque une éventuelle coopération entre les armées libanaise et syrienne, au même titre que la coopération des militaires libanais avec le Hezbollah. Mais cette collaboration est rejetée par les responsables libanais hostiles au régime syrien.

Au niveau officiel, le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, a remercié l'armée libanaise "pour les efforts qu'elle déploie pour protéger les habitants de Ersal et les déplacés".

Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a pour sa part estimé que "la lutte contre le terrorisme est une lutte existentielle (...) et la SG est impliquée dans cette lutte depuis la première heure, et la dernière opération préventive (les descentes dans les camps de réfugiés syriens à Ersal, le 30 juin, ndlr) a épargné au Liban de nombreuses catastrophes".

Vendredi, le président du Parlement, Nabih Berry, s'était déclaré "optimiste" quant au résultat de la bataille qui, selon lui, "doit s'achever rapidement avec peu de dommages", selon M. Ali, qui s'est entretenu à Aïn el-Tiné avec M. Berry.

 

(Lire aussi : L'armée « activement passive »)

 

De son côté, le Courant du Futur a estimé hier que la bataille du jurd de Ersal entrait dans le cadre du conflit en Syrie auquel participe le Hezbollah aux côtés du régime syrien, dénonçant par avance "toute atteinte à la souveraineté du Liban, qu'elle vienne des groupes terroristes ou du régime de Damas et de ses alliés".

Depuis le 30 juin, date à laquelle l'armée avait mené, dans deux camps de réfugiés dans la région de Ersal, des opérations durant lesquelles cinq kamikazes s'étaient fait exploser, tuant une fillette et blessant sept soldats, la tension était palpable sur ce dossier. Notamment en raison du fait que suite à cette opération, qui avait débouché sur l'arrestation de dizaines de réfugiés syriens soupçonnés de terrorisme, quatre Syriens arrêtés étaient décédés. Par ailleurs, les images de détenus maltraités ont provoqué une vive controverse et mené à l'ouverture d'une enquête dirigée par l'armée.

C'est également dans le secteur de Ersal et de son jurd qu'avaient eu lieu, en août 2014, de violents combats entre l'armée libanaise et les jihadistes. Une trentaine de militaires avaient été enlevés par les jihadistes. Quatre d'entre eux avaient été assassinés en captivité, seize avaient été libérés par le Front al-Nosra en décembre 2015, et neuf autres sont toujours otages du groupe État islamique, mais le sort de ces derniers est plus que jamais incertain.

 

 

Lire aussi

Quand la tension se traduit en actes...

Réfugiés syriens : une polémique au timing bien douteux...

Ersal : la mise à mort du bouc émissaire

Hariri à Washington, sur fond de bataille au jurd

Geagea : Pour en finir avec le terrorisme, il faut régler le cas Assad

Aoun : La guerre contre les terroristes conforme aux directives de l’exécutif

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ACE-AN-NAS

En fait et pour tout dire , l'armée ne serait pas aussi performante sans l'assistance du hezb résistant , et vice et versa .

Belle coopération armée-peuple-résistance .

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué