Liban

Quand la tension se traduit en actes...

Agression filmée d’un réfugié syrien
20/07/2017

Les tensions apparues ces dernières semaines sur le dossier des réfugiés syriens ont malheureusement fini par se traduire en de véritables actes de violence. La vidéo du lynchage d'un réfugié syrien par des Libanais, qui circule depuis mardi sur les réseaux sociaux, en est la preuve.

Les assaillants, cinq personnes dont les noms n'ont pas été révélés par les autorités, ont été arrêtés hier par les services de renseignements des Forces de sécurité intérieure.

Le droit de chercher asile loin des conflits, des persécutions et des violations des droits de l'homme est reconnu dans l'article 14 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH), dont le Liban a participé à l'élaboration, via Charles Malek. Fuyant la guerre qui perdure en Syrie depuis plus de six ans, plus d'un million de Syriens ont alors afflué au Liban, à la recherche d'une protection. Tout le monde ne l'a pas trouvée.

Allongé au sol, victime d'insultes xénophobes, roué de coups par ses assaillants qui lui reprochaient notamment d'être un membre du groupe État islamique et d'avoir voulu participer à un rassemblement en soutien aux réfugiés syriens – prévu mardi soir au centre-ville de Beyrouth et finalement annulé –, ce réfugié syrien a été doublement agressé. Une première fois, lorsqu'il a été insulté et battu, puis une seconde lorsque la vidéo montrant nettement son visage a fait le tour du web.

 

(Lire aussi : Rendez-vous raté avec l’histoire, l'édito de Michel TOUMA)

 

« À l'heure où la tension entre Libanais et Syriens monte dangereusement en flèche, où les discours politiques se font de plus en plus racistes à l'égard des réfugiés, et où le gouvernement ne prend aucune mesure pour punir les incitations à la haine, l'agression contre un ressortissant syrien paraît malheureusement inéluctable », déplore Mourad Ayache, activiste et défenseur des droits de l'homme. « Pour ne citer qu'un seul exemple parmi tant d'autres, les commentaires de l'ancien ministre Wi'am Wahhab sur son compte Twitter concernant la manifestation qui se préparait pour la défense des réfugiés a énormément contribué à aggraver la situation », poursuit-il. « Si l'État n'interdit pas la manifestation contre l'armée, plusieurs parties libanaises s'en chargeront et l'empêcheront », avait-il écrit, menaçant.

M. Ayache insiste sur la nécessité de « baisser le ton » lorsqu'il est question d'un dossier aussi sensible, d'autant que le risque de dérapage est de plus en plus fort. « Bien que le Liban ne soit pas signataire des textes de la Convention de 1951 et du protocole de 1967 relatifs au statut des réfugiés, il est tenu de protéger les réfugiés conformément à l'article 14 de la DUDH », assure M. Ayache. « Il revient donc au gouvernement libanais d'élaborer un plan, en collaboration avec le corps judiciaire, les forces de sécurité et l'armée libanaise, ces deux dernières bénéficiant d'un département de droits de l'homme, en vue d'assurer la protection des réfugiés et de tous les résidents sur le territoire libanais », ajoute-t-il. Il estime par ailleurs que l'arrestation des cinq personnes impliquées dans cet acte de violence constitue un pas dans le bon sens.

 

(Lire aussi : Question de confiance, En toute liberté de Fady NOUN)

 

La réaction des FL
De leur côté, les Forces libanaises (FL) ont publié hier un communiqué dans lequel elles dénoncent cet acte de violence, précisant que les assaillants, présentés par le site internet « LebanonDebate » comme étant des « sympathisants FL », ne représentent en rien les valeurs et les principes du parti. Interrogée par L'Orient-Le Jour sur ce sujet, la secrétaire générale du parti, Chantal Sarkis, tient à souligner la différence entre partisan et sympathisant. « Nous n'avons aucun contrôle sur les sympathisants du parti », souligne-t-elle, en rappelant que « sa formation était l'une des premières à soutenir les droits humanitaires des réfugiés syriens, et continue de le faire ». « Nous refusons tout discours raciste et nous nous opposons à la montée en flèche des tensions. Mais nous continuerons à œuvrer pour le retour des réfugiés en Syrie, en toute dignité, parce qu'il s'agit d'une question existentielle pour le Liban », affirme-t-elle.

Commentant, de son côté, la vidéo de l'agression, l'ambassade de Syrie à Beyrouth, prise d'un accès humaniste, a dénoncé dans un communiqué une « violation des valeurs, des normes et des liens de fraternité qui lient les deux peuples frères ».

 

(Lire aussi : À Bruxelles, Bassil plaide pour un retour « sûr » et Mogherini pour un retour « volontaire »)

 

Arrestations à Ersal
Par-delà la polémique entretenue sur les réfugiés syriens, les regards restaient tournés hier vers les préparatifs de la bataille du jurd de Ersal, bombardé de nouveau hier par l'aviation du régime Assad. À Ersal même, les services de renseignements de l'armée libanaise ont arrêté hier deux Libanais, A. K. et Kh. A., accusés d'avoir des liens avec le groupe État islamique.

De son côté, le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Joseph Aoun, s'est rendu au village de Toufayl, dans la chaîne montagneuse de l'Anti-Liban, où il a inspecté les positions de la troupe. Une visite qui vise à adresser un message selon lequel les habitants de ce village sont sous la protection de l'armée.

 

 

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