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Liban

Les donateurs inquiets de « l’effervescence des sentiments antisyriens »

Réfugiés

Beyrouth veut être le partenaire d'une solution plutôt que de subir la crise.

15/07/2017

Le Premier ministre Saad Hariri a présidé hier au Grand Sérail une réunion du Haut Comité de pilotage de la crise des déplacés. Cet organe sert de cadre à une coopération régulière entre les autorités libanaises compétentes, l'ONU et les pays donateurs.

Étaient donc présents à la réunion les ministres de l'Éducation, Marwan Hamadé, des Affaires étrangères, Gebran Bassil, de l'Intérieur, Nouhad Machnouk et des Affaires sociales, Pierre Bou Assi, aux côtés de la coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, Sigrid Kaag, les représentants des agences de l'ONU et des ambassadeurs des principaux pays donateurs, ainsi que les conseillers respectifs du chef de l'État et du Premier ministre sur le dossier des déplacés, Élias Bou Saab et Nadim Mounla. D'autres ministres concernés par le dossier, comme le ministre d'État pour les Affaires des Déplacés, Mouïn Merhebi, étaient néanmoins absents de la réunion.

Cette rencontre a porté principalement sur le ralentissement du versement des aides internationales au Liban, convenues lors des conférences de Londres et de Bruxelles. « Comme il existe une lassitude du pays d'accueil, il existe aussi une lassitude des donateurs », constate pour L'Orient-Le Jour un ministre présent à la réunion. Selon un communiqué du Grand Sérail, Saad Hariri a fait remarquer que « le niveau de paiement de l'aide humanitaire au Liban ce jour est inférieur à la moitié de l'aide déclarée l'année dernière au cours de la même période ». Et d'ajouter que « les engagements pour 2018 et au-delà restent limités ».

Pour la source ministérielle, ceci n'empêche que « l'aide se poursuit », même si elle a été ralentie. Et les représentants du gouvernement, à leur tête le Premier ministre, se sont attelés hier à examiner un moyen de les accélérer. « Nous avons longuement discuté de la poursuite des projets entamés dans les domaines socio-économiques (éducation, santé, développement des compétences...) », confie le ministre. L'accent a été mis notamment sur les programmes d'assistance pluriannuels cruciaux comme Race II.

Dans la continuité de Bruxelles
Mais pour obtenir une accélération de ces aides, le gouvernement entend assumer sa part de responsabilité dans leur mise en œuvre. Dans la continuité de la conférence de Bruxelles, le Premier ministre a rappelé l'existence d'une « vision du gouvernement sur la manière d'atténuer l'impact de la crise des déplacés ». Pour rappel, cette vision prévoyait notamment la réhabilitation de l'infrastructure libanaise, avec la participation des déplacés, dans la perspective de préparer la reconstruction de la Syrie. Il s'agirait pour le pays d'accueil de monnayer la présence des déplacés de sorte à ce que ceux-ci en profitent en termes de formation professionnelle et d'emploi. Mais pour mettre en œuvre cette vision, le chef du gouvernement a plaidé pour une étroite coopération entre l'État libanais et ses interlocuteurs internationaux. « Il est important que nous travaillions ensemble pour assurer (...) un financement supplémentaire alloué aux projets de subsistance, ainsi que des dons et un financement concessionnel pour nos projets d'investissement. » Et d'évoquer « l'objectif le plus important d'entreprendre un programme d'investissement à long terme pour réhabiliter les infrastructures en mauvais état et améliorer les services publics ».

 

(Lire aussi : Derrière les appels à synchroniser avec Damas, une volonté d’inféoder à nouveau le Liban à la Syrie)

 

Cet objectif, le Premier ministre l'a intégré hier dans la « réforme structurelle » que le mandat actuel entendrait mener, en vue d' « inverser les indicateurs socio-économiques ». « Notre stock de capital était amorti avant que accueillions 1,5 million de déplacés », a-t-il reconnu, en signalant la nécessité pour le pays de parachever les projets annoncés par le mandat actuel: les projets visant à » amorcer la croissance économique «, comme l'adoption de la loi sur le Partenariat Public-Privé (dont le projet a été approuvé avant-hier par la commission des Finances), ou encore la privatisation de la Bourse de Beyrouth. Et les projets visant à « maintenir la stabilité budgétaire », à savoir la ratification du budget de 2017, pour laquelle « nous restons déterminés », a-t-il dit, sans écarter en outre la possibilité que soit approuvé le budget de 2018. Il a du reste souligné que son cabinet est « conscient de l'impossibilité d'augmenter les taxes aujourd'hui ».

Retrait de Bassil
C'est par souci d'efficacité que le Premier ministre aurait présenté une vision proactive globale pour un redressement économique, qui prenne en compte la présence des déplacés sans toutefois lui attribuer tous les maux. Autrement dit, la « réforme structurelle » qu'il défend n'est pas exigée par les donateurs comme condition à l'accélération des aides, mais fait suite à une prise de conscience du Liban de l'impératif d'être partenaire à la solution plutôt que de subir la crise, comme le confirment des sources proches du dossier.
D'ailleurs, le principal souci exprimé par les diplomates ne serait pas d'ordre économique, mais éthique. Un participant à la réunion transmet ainsi à L'OLJ les craintes, exprimées par les diplomates, sur « l'effervescence des émotions dirigées contre les Syriens présent au Liban, et entretenue par les discours politiques ». Face aux remarques des diplomates, Gebran Bassil serait resté « en retrait », avant de quitter la salle « à peine trente minutes après le début de la réunion ».

Il semble d'ailleurs que son camp ait opté pour le mutisme sur la polémique entourant la question du dialogue avec le régime syrien en vue d'assurer le retour des déplacés, constate un expert proche du dossier. Le 8 Mars semble avoir confié à l'ambassadeur de Syrie la mission de poursuivre le matraquage à cette fin, comme en atteste sa déclaration hier à l'issue de sa rencontre avec le chef de la diplomatie (voir par ailleurs), qui rompt avec la précédente passivité officielle de Damas sur la question.

Néanmoins, le Haut Comité de pilotage n'aurait pas évoqué la question du retour, assure un participant de la réunion. Il rappelle, du reste, qu'un comité d'experts, « regroupant des représentants des ministères compétents », doit plancher sur une feuille de route commune relative aux modalités du retour. Pour l'instant, les avis divergent sur la probabilité d'une entente à ce niveau avant qu'une solution durable ne prenne forme en Syrie...

 

 

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FAKHOURI

Mais , mais non, nous les libanais, on adore les syriens, mais loin de chez nous, pas les réfugiés, les Bachar el Assad et ses complices, ceux qui ont martyrisé notre pays pendant 15 ans et assassinés nos responsables politiques
Nous avons adopté les réfugiés syriens que le massacreur de son peuple oblige à s'exiler pour sauver leur vie
Pays donateurs que faites vous pour arrêter ce massacre ?

Le Faucon Pèlerin

Le Liban est un Etat indépendant et souverain. Au sujet des réfugiés syriens sur son territoire, il n'a qu'un seul interlocuteur à qui il devrait s'adresser, c'est l'Organisation des Nations Unies par le biais de sa coordinatrice spéciale au Liban, Sigrid Kaag. C'est a l'ONU de traiter et de solutionner cet important problème afin que tous les réfugiés syriens regagnent leur pays pour le reconstruire. Ce n'est pas parce que le Liban ne possède pas du gaz sarin et des Mig que tous le monde lui assène des coups de pied.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE REGIME ET SES SUPPOTS Y VERSENT DE L,HUILE SUR LE FEU POUR L,ENTRETENIR...

Irene Said

On peut présider tous les "Hauts-Comités de pilotage de la crise des déplacés" possibles...pas moins de 32 personnes autour de la table sur la photo...!
"faire plancher le énième comité d'experts" qui ne serviront strictement à rien comme toujours, sinon à encaisser leurs salaires !

Les pays donateurs connaissent trop bien la corruption et l'absence de patriotisme de nos responsables politiques pour avoir envie de continuer à "donner", et d'autre part font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher les réfugiés syriens de quitter le Liban, car la plupart de ces pays n'en veulent pas chez eux.
Pourquoi ?
Ils connaissent les problèmes que ces réfugiés d'une autre culture et religion amèneraient chez eux. La Hongrie et la Pologne l'ont compris et fait ce qu'il faut pour préserver leurs pays.

Madame Sigrid Kaag et consorts n'ont qu'à s'adresser à Bachar el Assad le Syrien, et tous ceux qui ont provoqué cet interminable conflit !
Irène Saïd

gaby sioufi

qqs mots a la c......, qqs mots debiles pleins d'humanisme hyposcite et les donateurs sont satisfaits : des paroles moralisatrices ne leur coute que leur salive vs les millions dont ont besoin les refugies , PROMIS , parole d'hnneur par ces memes pays donateurs.

C a en vomir. a se demander si la vrai raison derriere leur richesse etait en tout premier lieu cette meme hypocrisie ....... entretenue et cultivees depuis leur revolution industrielle .

NAUFAL SORAYA

Comme à leur habitude, les donateurs ont fait preuve d'un culot sans pareil...

Non seulement ils se lassent de soutenir financièrement les retombées d'un conflit qu'ils alimentent depuis 6 ans, mais en plus, ils continuent à vouloir nous faire la morale...

S'ils s'inquiètent de nos réactions, qu'ils prennent le lot de réfugiés tel quel (pas en en choisissant ceux qui leur conviendraient), ils comprendront sans doute pourquoi....

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