Liban

Derrière les appels à synchroniser avec Damas, une volonté d’inféoder à nouveau le Liban à la Syrie

Éclairage
11/07/2017

Qu'est-ce qui explique la revendication soudaine par le camp politique pro-Assad d'une normalisation des relations avec le régime syrien sur la question des réfugiés ? Quels sont les dessous de cette offensive politique, qui a poussé un ministre à recourir à la menace lors de la dernière séance du Conseil des ministres ?

De sources concordantes, le retour des réfugiés syriens au bercail n'est pas le souci qui préoccupe vraiment le camp syro-iranien au Liban.

Pour un ancien responsable, l'objectif derrière cette campagne serait de pousser à la création d'une instance qui assurerait le contact avec Damas et qui puisse octroyer au régime Assad la légitimité et la reconnaissance qu'il recherche, de manière à renouer les liens entre les deux pays après la période de tension et de rupture qui a prévalu avec le début de la révolution syrienne en 2011. Les relations s'étaient particulièrement envenimées après la mise en échec du complot Samaha-Mamlouk visant à perpétrer des assassinats et des attentats dans différentes régions du pays.

Pour rappel, l'établissement de relations diplomatiques en 2008 entre les deux pays avait mis fin, de facto, aux prérogatives du Conseil supérieur libano-syrien, créé au plus fort de la tutelle du régime de Damas sur le Liban. Or, le régime Assad souhaite maintenant retourner en force sur la scène libanaise, d'où l'impératif pour lui de créer une nouvelle instance qui assurerait une pérennité dans les relations bilatérales et garantirait à Damas un ascendant sur le pays du Cèdre.

Cependant, les relations sur le plan de la sécurité entre les responsables des deux régimes ne se sont jamais interrompues – même après que le complot Samaha-Mamlouk eut été éventé–, et il reste jusqu'à présent possible d'étudier conjointement des mécanismes relatifs à des sujets qui préoccupent les deux pays sans pour autant créer de nouvelle instance. Preuve en est : une commission conjointe a continué à coordonner dans le Nord avec le début de l'afflux des réfugiés syriens au Liban.

La question est actuellement à l'étude entre le président de la République, Michel Aoun, et le Premier ministre Saad Hariri. Les deux hommes se sont entendus sur la nécessité de coordonner leurs positions : le chef de l'État n'évoquera pas le dossier en Conseil des ministres avant que Baabda ne se soit assuré de la bonne foi du régime concernant sa coopération au sein de cette instance, suite à quoi il serait laissé au Conseil le soin d'approuver ou non le projet de création de cette dernière. Cette volonté commune Aoun-Hariri de maintenir le dossier loin des tiraillements politiques répondrait aux exigences du respect du discours d'investiture du président de la République, concernant notamment la neutralité du Liban, surtout à l'heure de la confrontation Riyad-Téhéran.

Depuis le mandat Sleiman, les partis pro-Assad font pression pour réancrer le Liban à la Syrie et annuler les effets du printemps de Beyrouth. Ces partis considèrent aujourd'hui que le mandat Aoun est favorable à une telle dynamique, à même de ramener le pays sous la tutelle d'Assad. De plus, le régime Assad a besoin du Liban dans le cadre des efforts pour résoudre la crise syrienne. Mais cela signifierait encore plus de suivisme du pays du Cèdre vis-à-vis de l'axe syro-iranien.

Face à l'opposition de Saad Hariri et d'autres composantes du camp souverainiste à ce retour à la normale avec Assad, le Hezbollah et ses alliés rétorquent que c'est au Conseil des ministres de mener la politique de l'État libanais et de discuter des dossiers politiques stratégiques. Le parti chiite souhaite dès à présent mettre en place cette instance légale qui puisse rétablir une continuité politique avec le régime syrien après le compromis sur la crise syrienne.

Qu'à cela ne tienne, en dépit des pressions du Hezbollah, le régime préfère éviter la patate chaude constituée par le dossier des réfugiés. En dépit de son alliance avec le Hezbollah, Michel Aoun préférerait opter pour la neutralité à l'égard du conflit régional entre l'Arabie saoudite et l'Iran.

 

Lire aussi 

Le risque de xénophobie plane de nouveau sur le Liban

Le Liban pourrait payer cher un éventuel rapprochement avec le régime syrien

Efforts synchronisés du Hezb et des partis pro-Assad pour une coopération sécuritaire avec Damas

 

Lire aussi

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN ARTICLE TRES OBJECTIF !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Pour Beyrouth, Macron a donné un nouvel élan aux relations franco-libanaises

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.