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Liban

Le feu vert politique renforce l’efficacité de l’armée à Ersal

Terrorisme

Les opérations militaires ont été soutenues par un travail de renseignement intensif.

12/07/2017

La nouvelle opération militaire qui a eu lieu hier à Ersal, au cours de laquelle le cerveau des attaques de l'année dernière à Ras Baalbeck, Yasser Ghaoui, a été tué et d'autres suspects arrêtés, est un exemple de plus de la détermination de l'armée d'en finir avec les poches de terrorisme qui se sont formées dans cette localité et sa périphérie.

Cette nouvelle opération intervient dix jours après une descente de la troupe dans des camps de réfugiés dans la bourgade sunnite et l'arrestation d'une dizaine de Syriens, dont quatre sont décédés moins de quarante-huit heures après leur arrestation. Cet incident, qui a suscité une controverse dans le pays autour d'une possible bavure, n'a vraisemblablement pas intimidé l'institution militaire qui a poursuivi hier les rafles et perquisitions, et arrêté, dans la foulée, un marchand d'armes, Khaled Ezzedine. Deux Syriens de la famille Jamaa, le père et le frère d'un cadre au sein du groupe État islamique, ont connu le même sort.

L'armée poursuit donc son action en bénéficiant de la double bénédiction du chef de l'État, Michel Aoun, et du Premier ministre, Saad Hariri. Ce dernier l'a d'ailleurs clairement dit lundi, soulignant que « le ministre de la Défense et le commandant en chef de l'armée savent qu'ils ont le feu vert politique pour lancer toute opération au moment opportun ».

 

(Lire aussi : Sécurité, loi électorale et édification de l’État, les grands dossiers du président, le décryptage de Scarlett Haddad )

 

 

En dépit de la controverse suscitée par le décès problématique des quatre prévenus syriens, à Ersal, des habitants se disent aujourd'hui « soulagés » et « rassurés » après l'intervention musclée de la troupe. Pris en otage entre la déferlante des déplacés, parmi lesquels se sont pernicieusement infiltrés des éléments radicaux, et les tiraillements politiques et communautaires autour de ce dossier, les habitants de cette bourgade sunnite étaient parvenus au bord du désespoir.

« Le ras-le-bol ressenti à l'égard des réfugiés a fini par se transformer en une véritable xénophobie. La situation était devenue intolérable et les gens du village avaient l'impression d'être livrés à leur propre sort et lâchés par l'État », confie un notable de la localité, sous le couvert de l'anonymat.

Qualifiant les opérations successives de la troupe de « particulièrement vigoureuses », ce dernier reconnaît que c'est la première fois depuis le début de la crise syrienne et ses répercussions à Ersal que les habitants ressentent que « les militaires ont frappé d'une main de fer ». Le notable faisait clairement allusion à la polarisation politique qui avait empêché, des années durant, une décision unifiée pour mettre un terme au chaos qui a prévalu à cet endroit. Trois fois plus nombreux que les habitants, les réfugiés, également otages des éléments extrémistes, sont devenus problématiques pour les locaux, des fermiers en majorité, qui n'arrivaient même plus à cultiver leur terre du fait de la situation sécuritaire.

« Ersal était l'endroit idéal pour toutes sortes de manipulations. L'enjeu stratégique que la localité représente a été exploité par le courant du Futur pour des raisons communautaires et par le Hezbollah qui avait besoin de justifier sa guerre en Syrie. En définitive, nous étions pris en tenailles et avons payé le prix des tiraillements politiques », déplore le notable.

 

(Lire aussi : Nouvel appel de Nasrallah à une coopération avec Damas)

 

 

Des renseignements bien fournis
Après un premier round de violence qui a opposé l'armée libanaise aux groupes al-Nosra et État islamique, en août 2014, une bataille qui s'est soldée par l'enlèvement d'une trentaine de militaires, Ersal est entré dans le cercle vicieux de la violence : combats quasi quotidiens à sa périphérie où s'étaient retranchés les jihadistes, infiltrations sournoises dans les camps des réfugiés civils, règlements de comptes et vendettas entre groupuscules extrémistes. Bref, l'enfer au quotidien. La décision politique n'était pas encore prise dans les hautes sphères de l'État pour redresser la situation. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, notamment avec le feu vert accordé par le Premier ministre sunnite, Saad Hariri.

« Avant ces deux dernières opérations, l'armée fermait parfois l'œil sur certaines anomalies, ne pouvant intervenir dans un terrain aussi miné », commente le notable qui se dit « fier » de l'institution militaire et de ses « exploits ».

Selon lui, la réussite de l'intervention de la troupe s'explique par un travail de titan fait en matière de renseignement. Avant sa désignation, le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, était à la tête de la 9e brigade déployée à Ersal, jusqu'à ce jour d'ailleurs. Il y avait passé un peu moins d'un an, une période suffisante pour obtenir les renseignements dont il avait besoin. « Il connaissait la bourgade comme le fond de sa poche. C'est ainsi qu'il a réussi à constituer un dossier solide avec des informations fiables, obtenues de l'intérieur même des camps. »

Quant à la bavure présumée des militaires après l'opération d'il y a une dizaine de jours, le notable déclare : « L'armée est certes à blâmer pour ces dérapages. Pour préserver son prestige, elle ne doit pas tolérer ce type de débordements. Son crédit doit rester entier et ne doit pas être entaché par des accidents de parcours. »

 

 

 

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C.K

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