L’édito de Michel TOUMA

Réfugiés : fermeté et garde-fous

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
12/07/2017

En période de guerre ou de crise existentielle, il est toujours difficile de faire preuve de discernement et de s'en tenir aux fondamentaux dans tout jugement portant sur un développement majeur. Le débat actuel autour du dossier explosif des réfugiés syriens établis au Liban et du comportement de la grande muette et des appareils sécuritaires sur ce plan devrait s'inscrire indubitablement dans ce cadre. Une vive campagne menée sur les réseaux sociaux accuse ainsi l'armée de tous les maux et d'être notamment responsable de la mort en détention de quatre Syriens. D'aucuns rétorqueront que dans les circonstances présentes qui ébranlent le pays, il ne saurait y avoir de place pour un quelconque angélisme de bon aloi. Oui... mais ! Et toute la différence est dans ce « mais »...

L'on a souvent tendance à oublier que les forces régulières tiennent une ligne de démarcation aux frontières avec la Syrie et que, de surcroît, une sérieuse menace terroriste – et, d'une manière générale, sécuritaire – plane sur le pays du fait des retombées de la guerre syrienne. Une menace, soit dit en passant, dont le Hezbollah assume une grande part de responsabilité car sa participation massive aux combats un peu partout en Syrie pour empêcher la chute du régime Assad a accru les risques d'infiltration jihadiste au Liban et aggravé, dans le même temps, les tensions sectaires interlibanaises. Mais là n'est pas le problème...

Aujourd'hui, l'heure n'est pas à l'hypocrisie ou au sentimentalisme facile. Il devient impératif d'affronter la réalité et d'appeler les choses par leur nom. Face aux dangers réels de débordements du conflit syrien sur le terrain libanais, l'État ne saurait se permettre de faire preuve de laxisme. L'armée et les services de sécurité n'ont d'autre choix que de maintenir une pression constante sur les camps de réfugiés, entre autres, en multipliant les descentes, les perquisitions, les contrôles d'identité, voire les interpellations, pour démasquer les fauteurs de troubles, réduire leur liberté de mouvement et étouffer dans l'œuf, autant que faire se peut, tout projet d'attentat. L'armée se laisse-t-elle aller cependant à des égarements prenant la forme de méthodes un peu trop musclées dans les interpellations ou les interrogatoires de certains suspects ? Peut-être. C'est parfois le prix à payer pour sauver la vie de dizaines, voire de centaines de civils, et sauvegarder une paix civile déjà fort branlante. Il faut bien l'admettre : nous ne sommes pas dans une République de Platon. Loin de là... En outre, les armées les plus disciplinées dans les pays les plus soucieux du respect des droits de l'homme ne sont pas à l'abri de déplorables débordements. Oui, mais...
... Faire preuve de réalisme et admettre qu'une dose de fermeté est souvent nécessaire pour éviter le pire ne devrait en aucune façon servir de couverture ou de prétexte à des sentiments xénophobes et des comportements portant atteinte de manière collective et totalement arbitraire à la dignité d'une collectivité ou d'un groupe de personnes. S'en prendre aux extrémistes est une chose, et se livrer à des punitions en masse en est une autre. La sauvegarde des droits de l'homme et l'attachement à certaines valeurs humanistes (en dépit des crises et des conflits) ont toujours constitué les fondements de la spécificité et de la raison d'être du Liban. Se laisser aller à des réactions épidermiques d'hostilité gratuite envers « l'autre » – dans ce cas les réfugiés syriens – revient à remettre en cause la vocation même du pays du Cèdre.

Il ne s'agit pas là d'une attitude purement et exclusivement morale. Car, par un effet boomerang, la haine entraîne la haine. Il existe un vieux contentieux historique entre le Liban et la Syrie, remontant au début du siècle dernier. Au cours des funestes années d'occupation, l'attitude des hommes et de l'armée du régime Assad à l'égard des Libanais était loin d'être tolérable. Mais agir aujourd'hui avec eux avec la même agressivité et leur faire subir les mêmes humiliations, ou presque, serait politiquement contre-productif et constituerait une indéniable erreur historique. Ce que le régime Assad n'a jamais compris – et qu'il ne comprend toujours pas–, c'est que les relations entre les peuples ou entre un pouvoir et son peuple ne sauraient être édifiées sur la répression et l'avilissement. Commettre aujourd'hui la même erreur équivaudrait à torpiller notre propre avenir.

L'armée et les services de sécurité sont appelés plus que jamais à redoubler de vigilance et de fermeté pour couper l'herbe sous le pied des groupuscules extrémistes qui nous entourent et pour empêcher que le conflit syrien ne déborde au Liban. Mais des garde-fous sont impératifs dans cette entreprise si l'on désire préserver la spécificité du pays du Cèdre. Et veiller à maintenir ces garde-fous doit rester aujourd'hui au centre de la vocation et des préoccupations d'une presse libre. À défaut, c'est le paysage politique du Liban qui risque d'être dangereusement altéré.

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Le Faucon Pèlerin

"Qu'elle ait tort ou raison, ma Patrie a toujours raison." Sans adhérence totale à la patrie, il n'y a ni citoyenneté ni patrie.

Hitti arlette

Tous ceux , sur les réseaux sociaux ou autres , qui ruent dans les brancards contre l'armée libanaise n'ont rien à envier a daech ... Ces individus soutiennent des terroristes qui s'apprêtaient a commettre le pire s'ils navaient pas été epinglés par nos soldats . Quelques soient les causes de leur mort ,on felicite l'armée pour ses exploits fort appréciés par la majorité des libanais .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OUI... MAIS ! ET MON MAIS NE RESSEMBLE EN RIEN AU VOTRE MONSIEUR TOUMA... RUSSES ET AMERICAINS TUENT DES CIVILS DANS LEURS ACTIONS CONTRE LES TERRORISTES ... LE REGIME SYRIEN ET SON ALLIE IRANIEN ET SES ACCESSOIRES N,Y VONT PAS PAR DEUX CHEMINS... MEME CHOSE EN EGYPTE AVEC DES ELOGES EN PLUS... POURQUOI ON FAIT TOUTE UNE HISTOIRE POUR 4 TREPASSES AVEC L,ARMEE LIBANAISE QUAND LE PAYS RISQUE LE PIRE MEME S,ILS SONT ATTIRES CHEZ NOUS PAR LES AVENTURES HORS FRONTIERES DU HEZB ?

NAUFAL SORAYA

Tout à fait... Nous devons soutenir l'armée!

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