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Liban

Nouveaux risques pour le Liban après le sommet de Riyad

Éclairage
23/05/2017

Le sommet arabo-islamo-américain de Riyad marquerait un tournant dans l'histoire de la région, selon un constat de plusieurs parties libanaises proches de l'Arabie saoudite. Le partenariat entre Washington et le monde arabe se serait rétabli à travers la coopération militaro-économique et sa logique d'investissement.

Mais il revêt surtout un aspect culturel inédit, lié à une volonté commune de diffusion de l'islam modéré. Et « cette réconciliation de l'islam avec l'Occident », selon les termes de Farès Souhaid, aurait pour assise une identification arabo-américaine entre « la lutte contre l'extrémisme et la lutte contre le terrorisme », selon une source présente au sommet de Riyad. Ce serait en somme un retour sous un nouveau jour du « front arabe de la modération » (la participation de l'Égypte en serait révélatrice) : un front incluant désormais Washington, et faisant face au terrorisme sous toutes ses formes, dont l'Iran est identifié comme « le sponsor ». Non seulement le Hezbollah est condamné au même titre qu'el-Qaëda, mais il est identifié comme la marque d'une ingérence perçue comme source du terrorisme.

Le Liban serait ainsi pris « entre l'axe de la modération arabo-américaine et l'axe de soutien au Hezbollah », selon la source présente en Arabie. Sa politique de distanciation, bien que « tolérée par le royaume », selon cette source, ne suffirait pas à épargner au Liban les retombées du triple sommet de Riyad. Ce n'est plus en tout cas le positionnement officiel du pays en faveur d'un axe ou d'un autre qui serait en jeu, les expectatives du Golfe n'étant pas élevées pour l'instant. L'enjeu direct pour le Liban serait en effet d'ordre sécuritaire. Et le seul à en décider reste le Hezbollah. Il n'est pas sûr vers quelle option de stabilisation ou de violence il tendrait.

 

(Lire aussi : La délégation libanaise divisée au lendemain du sommet de Riyad)

 

Depuis que dure la politique de « containment » – l'autre nom à la subordination aux armes du Hezbollah –, le parti chiite a réussi à vendre son image de « garant de la stabilité du pays et de ses institutions ». Le déblocage de la présidentielle aurait notamment été utilisé à cette fin. Détenteur d'un arsenal d'intimidation interne, il n'avait du reste nul intérêt à ouvrir un front parallèle à celui de la Syrie.
« Déstabilisé par le sommet de Riyad », selon des milieux libanais du 14 Mars, le Hezbollah doit trouver le moyen de rétorquer à l'Arabie sans compromettre ses zones d'influence acquises, à savoir le Liban – et, dans une moindre mesure, le Yémen.

Surtout que le sommet de Riyad déconstruit toute la rhétorique politique par laquelle le parti chiite a l'habitude de tempérer son bellicisme idéologique au niveau régional et ses manifestations de force au niveau interne. Identifié par les participants au sommet comme parrain du jihadisme qu'il dit combattre en Syrie, son engagement pour la cause palestinienne est par ailleurs désavoué. Instrument de légitimation de l'expansionnisme iranien, cette cause a été réintégrée au cœur du partenariat américano-arabe.
Si l'Iran doit répondre à Riyad, il lui serait donc plus facile de le faire sur un terrain déjà engagé dans un conflit armé. D'ailleurs, le journaliste Hassan Fahs précise à L'Orient-Le Jour que les zones de confrontation irano-saoudienne ont d'ores et déjà été circonscrites à l'Irak et à la Syrie, en vertu de la déclaration de Riyad. Il confirme en outre « la décision de Téhéran de ne pas engager les fronts du Golfe, à savoir le Bahreïn et le Yémen ». Il estime également que si une déflagration devrait se produire au Liban, ce serait seulement par ricochet, depuis le sud de la Syrie.

Mais des milieux libanais proches de l'Arabie ne cachent pas leurs craintes d'incidents de type militaro-sécuritaire au Liban indépendants de la Syrie.
L'hypothèse d'une guerre avec Israël depuis le Liban est évoquée mais paraît pour l'instant peu probable, le Hezbollah ayant peu de chances d'y recouvrer son rôle de « meneur de la résistance » aux yeux de l'opinion publique arabe.

 

(Lire aussi : Le sommet de Riyad suscite des sentiments contradictoires)

 

Si l'on écarte en outre « l'aléa » d'une décision iranienne de déstabiliser le Liban, il reste l'hypothèse plus réaliste d'une contre-offensive du Hezbollah sur le terrain libanais, qui porterait des messages ciblés et sans risques pour le parti.
Parce qu'en dépit de la pudeur officielle (et la frilosité) des parties libanaises face aux déclarations de guerre arabo-US contre le Hezbollah, le Premier ministre Saad Hariri est critiqué par des milieux du 8 Mars pour son adhésion implicite à la déclaration de Riyad, au titre de participant au sommet. Une déclaration dont le ministre Gebran Bassil a d'ailleurs vite fait de se laver les mains dans un tweet sur le vol de retour Riyad-Beyrouth. L'appui de M. Hariri risque de lui valoir une riposte du Hezbollah, apprend-on de source autorisée. Cette riposte viendrait sous forme de « blocage du gouvernement, ou de pressions au niveau de la réforme électorale, ou autre... », selon elle.

D'autres milieux disent craindre une réponse plus violente, sous forme d'incident sécuritaire ponctuel.
Resté en Arabie, M. Hariri s'est entretenu hier avec le prince héritier en second Mohammad ben Salmane. Les relations « politico-personnelles » entre le Premier ministre et l'Arabie se seraient consolidées depuis quelques mois, indépendamment du volet financier de ces rapports, selon une source d'Arabie. D'autres milieux au Liban n'excluent pas, dans la logique des choses, qu'une coordination politique bilatérale prenne forme dans la foulée du sommet de Riyad, ne serait-ce que pour parasiter sur l'influence du Hezbollah au Liban. Il risquerait toutefois « d'en payer un petit prix », estiment des milieux proches du 8 Mars.

 

Lire aussi

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Tabet Ibrahim

Analyse confuse. Comprenne qui voudras

Ado

Rafic depuis que tu nous a quitté nous sommes orphelins
La vie des morts consistent à survivre dans l'esprit des vivants
Même cela on n'y a pas droit Allah yirhamak !!

Irene Said

Voilà où nous en sommes dans notre pauvre pays,

Messieurs Michel AOUN, Saad HARIRI, Nabih BERRY
ainsi que tous les "décideurs",

à cause de votre incroyable lâcheté envers le Hezbollah et son chef qui oeuvrent exclusivement pour une nation étrangère depuis des années, en menant le Liban vers le néant...pour mieux l'envahir ensuite !

Le Libanais...n'a-t-il vraiment plus la moindre petite fibre patriotique ?
Irène Saïd












VIRAGE CONTRÔLÉ

Demain matin très tôt, au chant du coq, on aura tout oublié, et les usa se seront évanouies dans la nature avec au bas mot 380 milliards de dollar dans la poche .

Et la nave va !

Pierre Hadjigeorgiou

Le Hezbollah n'a rien réussi a vendre, la preuve, et il faut arrêter de fabuler et d'encenser ses bêtises en prétendants qu'il réalise de soit disant victoires alors qu'en fait il ne fait que s'enfoncer et enfoncer avec lui tout le pays. Les seuls garants de la stabilité du pays et de ses institutions sont les parties du 14 Mars et les institutions sécuritaires de l’état. Malgré les meurtres, l’insécurité, les menaces, les politiques de fuites en avant, le non respect des lois et de la constitution par le Hezbollah, qui lui cherche a vider justement les institutions de l’état de sens et de raison d’être en les humiliant journellement, ont résisté a la tentation de descendre dans la rue et de se battre, transformant le pays en un nouveau champ de massacre alors que tout peut être évité avec le dialogue. Il faut que les Libanais, Hezbollah et tout autre PSNS, Baas et consort qui pour se faire une place au soleil ont choisi de trahir leur pays et sa souveraineté au profit d'autres, comprennent enfin que ce genre de projet avait déjà échoué en 1958 puis un 13 avril 1975 sans oublier le 14 Mars 2005. La fibre patriotique ne peut mourir. Elle est la et la elle restera! Depuis le meurtre de Hariri père le compte avait rebours a commencé. Aujourd'hui les secondes qui paraissaient être des années lumière se sont transformé en années qui se réduisent en secondes... Pourvu que nous n'atteignons pas a le parvis d'une nouvelle guerre...

Yves Prevost

Après l’assassinat de Hariri (suivi de plusieurs autres),
après la guerre déclenchée par lui en 2006,
après l'invasion de Beyrouth ouest, la fermeture du port et de l'aéroport en 2008,
après l'assassinat de Samer Hanna,
comment le Hezbollah a-t-il pu réussir "à vendre son image de « garant de la stabilité du pays et de ses institutions »" ???

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RISQUES SI L,IRAN ET LE HEZBOLLAH NE POUVANT PRENDRE LEUR REVANCHE DE LEURS ENNEMIS DECLARES LA PRENNENT DU PEUPLE LIBANAIS... IL SERAIT TANT MIEUX SI LA LOGIQUE DE LA NON INGERENCE DANS LES AFFAIRES DES PAYS VOISINS Y PREVAUT CHEZ LES DEUX...

Saliba Nouhad

Et voilà, le cirque reprend de plus belle: notre pays demeurant une girouette entre les mains de joueurs régionaux qui se haïssent viscéralement et aux idéologies théocratiques d'un autre âge et dont le seul language se fait sur les scènes de carnage par procuration dont le Liban malheureusement.
On prévoit donc des incidents sécuritaires ponctuels ou ciblés voire le risque d'une guerre avec Israël....Bravo, on reprend les mêmes acteurs et on recommence...
Quelle mascarade: plus personne ne parle de loi électorale ou d'élections prochaines qui, en fait, serviraient à quoi?

Bery tus

je voies peut etre le retrait des ministres du hezb du gouvernement !?!?

ainsi cela voudra t il dire que le hezb cherche la vide !?!

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