Liban

États-Unis : un fragile retour en force ?

Les échos de l’agora
22/05/2017

Rien n'aura été épargné en matière d'image lors de ce sommet américano-arabo-islamique qui, au moment où ces lignes sont rédigées, n'était pas encore terminé. On pourrait longtemps disserter sur la présence de Melania Trump ainsi que celle d'Ivanka Trump-Kushner, que sa conversion au judaïsme de son époux Jared n'a pas empêchée de se montrer au milieu de l'élite wahhabite du royaume saoudien, sur le président Trump participant à la danse de parade aux côtés du roi Salmane d'Arabie, etc.

Ce sommet historique comporte un aspect commercial de tout premier plan. Un mégaprojet de vente d'armements aux Saoudiens fait l'objet, selon le porte-parole de la Maison-Blanche, d'un contrat de 109 milliards de dollars, sans compter les accords annexes d'ordre privé qui en valent le double et le triple. Bref, l'Amérique de l'administration républicaine effectue un retour en force sur les bords du golfe Arabo-Persique, de la mer Rouge et de tout l'Orient méditerranéen. Cette nouvelle stratégie de puissance est celle de la seule Amérique, indépendamment de l'OTAN.

À qui s'adresse un tel message ? À Poutine, certes, mais également à l'Europe. Donald Trump avait bien dit, dans son discours d'investiture, que quiconque voudrait être aidé, pour sa sécurité, par l'Amérique doit participer aux frais d'une telle entreprise. Le royaume d'Arabie ainsi que le Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont payé. Les choses sont très claires.

L'ancienne ligne de démarcation Est-Ouest, qui avait résulté des accords de Yalta, vient d'être déplacée de quelques milliers de kilomètres vers les rivages du golfe Arabo-Persique. L'Orient stratégique est à l'est du Golfe et l'Occident stratégique est à l'ouest. En d'autres termes, le monde arabe se trouve, géostratégiquement parlant, en Occident.

Mais le message a surtout été adressé à l'allié iranien de Poutine. La conférence de presse tenue samedi 20 mai par les deux ministres des Affaires étrangères Tillerson et Jubeir fut, à cet égard, un véritable morceau d'anthologie diplomatique tant dans la formulation que dans le ton. M. Tillerson a clairement, et fermement, annoncé qu'un des buts de la gigantesque opération diplomatico-stratégique vise à permettre à l'Arabie saoudite et ses alliés du CCG d'assurer leur sécurité, de se défendre contre la déstabilisation que mène l'Iran de la révolution islamique et de contenir l'expansion hégémonique de cette dernière via toutes les milices qu'elle a créées au Yémen, en Irak et en Syrie. Il a de plus demandé à l'Iran le démantèlement de ses fusées balistiques ainsi que de ses milices externes. C'est comme si monsieur Tillerson avait dit : « Mon allié stratégique arabo-islamique et moi-même considérons l'Iran actuel comme ennemi politique. » Quant au ministre Jubeir, il fut encore plus explicite puisqu'il a clairement nommé les milices en question, dont le Hezbollah du Liban.

L'autre message qu'on retient de cet événement est la volonté de réforme économique et sociale de l'Arabie saoudite à travers le slogan « Arabie-horizon 2030 ». Un vent de réforme culturelle en profondeur se prépare-t-il à souffler sur la société musulmane sunnite puritaine et ultraconservatrice du wahhabisme ? Nous avons entendu et lu nombre de déclarations qui disent la volonté de dialoguer avec la modernité et pas seulement sur le plan technique. Seul l'avenir permettra de vérifier la portée pratique de cette volonté.
La question qui demeure est celle de l'équilibre stratégique dans la partie de ce « néo-Occident » la plus dévastée, à savoir le Levant où deux crises majeures attendent une solution : la Palestine et la Syrie. Le problème palestinien empoisonne depuis toujours les relations du monde arabe et de l'Occident traditionnel. Par ailleurs, Israël est appelé à une révision déchirante de sa politique traditionnelle dans le cadre de cette stratégie. En Syrie, il est clair que la nouvelle donne a enfin compris la stratégie du double ennemi : Daech et Assad.

Face à ce remue-ménage, c'est au chétif Liban que se rencontrent tous les intérêts en jeu. On voit mal l'Iran accepter de lâcher prise aussi facilement. Ne risque-t-il pas, au contraire, de brouiller ces belles cartes en suscitant une guerre entre le Hezbollah et Israël comme en 2006 ?
Le Liban, encore une fois, est-il en danger d'une nouvelle guerre des autres et pour les autres ?

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAS SI FRAGILE MONSIEUR COURBAN ! PAS DU TOUT FRAGILE ! PLUTOT AGILE !!!!!!!!!!!!!!!! ET ON RIGOLERA, CROYEZ-MOI, ET A PROFUSION... PUISQUE LES PRESSIONS ECONOMIQUES VALENT MILLE GUERRES... LE DECULOTTAGE PERSIQUE DANS LE NUCLEAIRE Y EST L,EXEMPLE...

Ma Fi Metlo

C'est donc ça le changement radicalement RADICAL????????

Salamou 3aleykoum. ....

gaby sioufi

destabiliser le Liban oui bien sur.facile a faire mlaheureusement.
Mais la russie serait elle d'accord ?
la russie voudrait elle risquer sa position si intelligemment acquise ?
l'iran peut il y aller au mepris du vouloir russe ?
je ne parle pas des libanais , car ceux la , ben ceux la n'ont pas le choix - ou si peu !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL Y A RISQUE D,OBAMISME MALGRE LES GRANDES PAROLES !

Bery tus

c'est ce que je pense mais Oh! Dieu que Je ne désire absolument pas ...

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