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Décryptage

Macron-Le Pen : chronique d’un duel annoncé

Tout reste à faire pour le candidat d'En Marche ! face à la leader du FN, le 7 mai prochain.

La candidate du Front national (FN) Marine Le Pen et son opposant centriste Emmanuel Macron. Alain Jocard/Éric Feferberg/AFP

La France est plus que jamais clivée. En qualifiant pour le second tour Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les Français ont rejeté en bloc les partis politiques traditionnels, jamais détrônés jusqu'alors dans la course à la fonction suprême. C'est la première fois qu'aucun des deux grands partis qui ont dominé la vie électorale depuis près d'un demi-siècle, le parti de droite Les Républicains et le Parti socialiste, n'y est présent. « Cette élection montre que les clivages droite / gauche sont en train progressivement de disparaître, d'être transcendés, remplacés par un clivage des partisans des sociétés ouvertes et les fidèles des sociétés fermées », constate Karim Émile Bitar professeur associé de relations internationales à l'USJ et directeur de recherche à l'IRIS.

Avec une participation avoisinant les 70 %, les Français ont plébiscité le jeune candidat centriste à 23,72 %, et la chef du Front national (FN) à 21,91 %. Le candidat de la droite, François Fillon, longtemps plombé par ses ennuis judiciaires, atteint, pour le moment, la troisième marche du podium avec un score de 19,92 %, au coude-à-coude avec le candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon 19,23 %. Le candidat de la gauche radicale a connu ces dernières semaines une progression fulgurante, gagnant sa place dans le quatuor final. Les scores si proches de MM. Fillon et Mélenchon est « une réelle surprise », souligne Jean-Yves Camus, spécialiste du FN, également interrogé par L'Orient-Le Jour. « La candidature de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France - 4,83 %) a coûté très cher à Fillon », relève l'expert. Ascension fulgurante pour les uns, désillusion pour les autres. Le 23 avril restera une date funeste pour le Parti socialiste au pouvoir. Benoît Hamon (6,28 %) n'aura pas réussi à faire mentir les sondages qui lui prédisaient une défaite cuisante. L'éviction des deux gagnants des primaires de droite et de gauche pose notamment la question de la pertinence d'un tel mécanisme électoral au sein de leurs partis.
« On tourne clairement aujourd'hui une page de la vie politique française », a commenté auprès de l'AFP Emmanuel Macron.

(Portrait : Marine Le Pen, l'héritière à la conquête du pouvoir)


Mondialisation (mal)heureuse
Le cataclysme est sans nul doute historique. La France apparaît, « une nouvelle fois, à contre-courant des grandes tendances mondiales », commente M. Bitar. Après l'élection controversée de Donald Trump, et le Brexit, les États-Unis et la Grande-Bretagne ayant tous deux cédé « à des pulsions identitaires et populistes, au recroquevillement sur soi, la France place au contraire en tête un candidat qui ne met pas son drapeau européen dans sa poche, mais le brandit. Un candidat qui ne craint pas la mondialisation mais qui souhaite, au contraire, que son pays en tire les plus grands bénéfices », poursuit-il.

Le duel annoncé entre le centriste pro-européen et la candidate de l'extrême droite anti-Europe aura finalement lieu. Le favori de l'élection a volé la part belle à une Marine Le Pen plus revigorée que jamais. Même si les sondages lui prédisaient un score un peu plus important – les enquêtes d'opinion l'annonçaient au second tour depuis le printemps 2013 – la présidente du FN impose son parti sur l'échiquier politique, comme l'avait fait son père, quinze ans plus tôt. À la différence que la soirée du 21 avril 2002 et l'accession au deuxième tour de Jean-Marie Le Pen avaient plongé dans l'effroi des dizaines de millions de Français et déclenché une mobilisation massive, appelant au vote utile en faveur de Jacques Chirac, mais également au rejet complet de l'idéologie du FN. La configuration n'est plus la même aujourd'hui puisque l'on assiste à une banalisation de la simple présence d'un parti d'extrême droite sur l'échiquier politique.


(Portrait : Emmanuel Macron, ovni politique "ni de droite ni de gauche")


Les candidats malheureux François Fillon, mais également Benoît Hamon ont, peu de temps après l'annonce des résultats, tous deux appelés à voter Emmanuel Macron. Inconnu de la scène politique il y a encore trois ans, celui qui a été ministre de l'Économie sous François Hollande a réussi son pari. L'ancien banquier a su catalyser un électorat important, mais également rassembler autour de lui une noria de personnalités politiques diverses. « C'est la jeunesse d'Emmanuel Macron d'une part, sa compétence évidemment, mais aussi le fait qu'il n'est adossé à aucun parti politique constitué, qui a fait aujourd'hui son succès », souligne Jean-Yves Camus. À contre-courant, le candidat de 39 ans a renvoyé au placard les deux grands partis. Mais désormais, « le plus dur reste à faire », rappelle Karim Émile Bitar. Même si les sondages annoncent la victoire de M. Macron au second tour (62 ou 64 % contre 36 ou 38 %), le sprint final reste semé d’embûches. Après avoir balayé d'un revers les anciens clivages, les Français devront choisir entre la mondialisation heureuse et la mondialisation malheureuse. Une aubaine pour Marine Le Pen, qui, d'une certaine manière, affronterait le candidat idéal pour elle, selon Jean-Yves Camus. « Elle va pouvoir le dépeindre comme le représentant de la finance, de l'européisme, des riches et le vainqueur de la mondialisation », abonde-t-il. « Marine Le Pen pourra jouer la carte de la représentante du peuple contre les élites », renchérit Karim Bitar.


(Repère : Un appel quasi unanime de la classe politique à voter Macron)


Le dernier débat de cette course haletante entre les deux outsiders aura lieu le 3 mai prochain, même si Emmanuel Macron n'a pas clairement indiqué s'il souhaitait ce rendez-vous rituel (sauf en 2002, lorsque Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen) avec Marine Le Pen. Un exercice auquel la candidate FN est rompue, ce qui lui donnerait un avantage. Si « ce second tour sera marqué par un affrontement entre deux France irréconciliables », affirme Karim Émile Bitar, Jean-Yves Camus ne doute pas de l'issue d'un scrutin qui, selon lui, ne retient pas beaucoup de suspense. « Sauf tremblement de terre, absolument improbable, Macron devrait faire 60 % au second tour », estime le chercheur. Quel que soit le gagnant, le prochain président devra faire face à une France écartelée. Un déchirement qui devra réapparaître lors des élections législatives qui suivront. Les partis traditionnels de la droite et de la gauche, en tant que machines électorales, profiteront de l'occasion pour peser de tout leur poids, souligne M. Camus. Une configuration qui ne permettra, ni à Emmanuel Macron ni à Marine Le Pen, d'avoir une majorité parlementaire, conclut Karim Bitar. Sauf si la dynamique présidentielle, qui s'est toujours imposée depuis des décennies, prévaudra en juin.


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commentaires (4)

LES FRANCAIS N,ONT RIEN DECIDE... C,EST L,INTOX ET LES MANIPULATEURS QUI ONT TRIOMPHE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 12, le 24 avril 2017

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • LES FRANCAIS N,ONT RIEN DECIDE... C,EST L,INTOX ET LES MANIPULATEURS QUI ONT TRIOMPHE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 12, le 24 avril 2017

  • Entre un centriste pro-européen et une candidate de l'extrême droite anti-européenne le défi est grand mais le choix est fait. Espérons qu’au Liban tout sera aussi bien fait pour rêver un jour d’un parlement moderne libanais bien élu loin des clivages confessionnels .

    Antoine Sabbagha

    08 h 38, le 24 avril 2017

  • Macron a réussi, contre l'évidence, à faire croire qu'il n'est pas de gauche. Un beau spectacle d'illusionnisme! Deux vainqueurs et une vaincue, la France!

    Yves Prevost

    06 h 57, le 24 avril 2017

  • Il suffit a Macron,ministre de Hollande,de demissionner et il devient un candidat neuf anti systeme...l on prend les francais pour des imbeciles...! Il y a lieu de donner au FN le benefice du doute car ce parti n a jamais gouverne et il lui sera difficile de faire pire que l UMPS...! Les pays europeens qui ont le revenu par tete le plus eleve sont tous en dehors de la zone euro (royaume uni ,suede,danemark) ou de l UE ( Suisse,Norvege).

    HABIBI FRANCAIS

    05 h 31, le 24 avril 2017