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Moyen Orient et Monde

Syrie : Washington et Moscou font monter les enchères...

Décryptage

Les États-Unis ont appelé hier au départ de Bachar el-Assad ajoutant toutefois qu'ils restaient focalisés sur la lutte contre l'EI.

10/04/2017

La partie de bluff et de surenchères ne fait que commencer. Après les frappes américaines contre la base aérienne d'al-Chaayrate, le ton est monté d'un cran entre les Occidentaux, Washington en tête, et les parrains du régime syrien, Moscou et Téhéran.

Alors qu'ils disaient ne plus faire du départ du président syrien une priorité il y a encore une semaine, les États-Unis ont manifestement changé de position depuis l'attaque chimique contre Khan Cheikhoun, imputée au régime syrien, ayant fait au moins 87 morts dont des dizaines d'enfants. « Il n'existe aucune option où une solution politique pourrait intervenir avec Assad à la tête du régime », a déclaré hier l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, sur la chaîne de télévision CNN. « Nous pensons qu'un changement de régime est quelque chose qui va arriver », a-t-elle poursuivi, ajoutant toutefois que Washington reste aussi focalisé sur la lutte contre le groupe jihadiste État islamique et sur les moyens de mettre fin à l'influence iranienne dans la région. L'ambassadrice américaine avait menacé vendredi d'une nouvelle action militaire, tout en espérant que celle-ci « ne soit pas nécessaire », appelant clairement le régime syrien et ses alliés à s'adapter à la nouvelle ligne rouge de l'administration Trump.

La réponse des alliés de Bachar el-Assad ne s'est pas fait attendre. Pris de court par les bombardements américains, même si Moscou en avait été prévenue en amont pour éviter tout incident, l'Iran et la Russie veulent à leur tour tracer leurs propres lignes rouges vis-à-vis de Washington. « Désormais, nous réagirons fermement à toute agression contre la Syrie et à toute violation des lignes rouges », a affirmé dans un communiqué la « chambre d'opérations conjointes », un organe basé en Syrie qui regroupe la Russie, l'Iran et les forces « alliées », dont le Hezbollah. « Les États-Unis connaissent parfaitement nos capacités à réagir », ajoute le communiqué publié par le site d'al-Watan, quotidien syrien proche du pouvoir. Les deux camps se testent et se provoquent, dans une partie de poker dont l'enjeu dépasse largement le conflit syrien : c'est l'hégémonie américaine sur la scène internationale qui est ici contestée par les deux parrains du régime syrien.

 

(Pour mémoire : Les alliés d'Assad se disent déterminés à lutter contre le "terrorisme" en Syrie)

 

Pas de nature à rassurer
L'escalade devrait toutefois être contenue, les deux protagonistes n'ayant a priori pas les moyens de leur politique. Selon les médias américains, le changement de position de Washington en Syrie refléterait une évolution des rapports de force au sein de l'administration Trump, où le camp des généraux a pris le dessus sur celui du conseiller stratégique de la Maison-Blanche Steve Bannon, récemment écarté du Conseil de sécurité nationale.

Les revirements de l'administration Trump sur le dossier syrien signalent néanmoins, avant toute autre chose, que celle-ci est en train de naviguer à vue. Passer d'une stratégie de désengagement, où Washington s'accommodait de M. Assad, à une intervention militaire contre le régime syrien, en seulement quelques heures, n'est pas forcément de nature à rassurer les puissances impliquées dans la crise syrienne et à favoriser une solution diplomatique. Washington se retrouve aujourd'hui devant la même situation que l'administration précédente : elle demande le départ du président syrien, compte sur les Russes pour faire pression sur leur obligé, mais n'a pas de stratégie définie pour y parvenir.

Le rapport de force sur le terrain est toujours largement à l'avantage du régime et de ses parrains qui ont, jusqu'ici, toujours refusé le moindre compromis avec l'opposition, qualifiée de « terroriste » par le président syrien. Et malgré les récentes déclarations, rien n'indique pour l'instant que les États-Unis aient l'intention de s'investir davantage, en mettant une pression continue sur le régime syrien et ses alliés, pour aboutir à une solution politique.

 

(Lire aussi : Les raisons de l'"attaque chimique" en Syrie divisent les experts)

 

L'autre camp n'est pas en reste. Les menaces de représailles contre les États-Unis ressemblent davantage à de l'esbroufe qu'à une volonté d'en découdre avec la première puissance mondiale. Tout en continuant de soutenir M. Assad, les Russes devraient, normalement, le pousser à ne plus utiliser les armes chimiques à l'avenir, pour éviter une nouvelle escalade avec Washington.

Les frappes américaines contre la base aérienne syrienne a permis à Donald Trump de se démarquer radicalement de l'attentisme de Barack Obama, tout en envoyant un message fort au reste du monde. Mais les Russes ont été prévenus en amont et les victimes humaines et les dégâts matériels sont moindres par rapport à l'ampleur des frappes. Donald Trump y a gagné une certaine autorité sur la scène internationale et s'est ouvert une porte pour d'éventuelles interventions ultérieures en Syrie. Mais Vladimir Poutine n'a pas pour autant perdu la face. Et Bachar el-Assad peut continuer à croire qu'il peut obtenir « la victoire finale » par la force des armes. À la veille de la première visite du secrétaire d'État américain Rex Tillerson à Moscou, la partie de bluff et de surenchère ne fait, décidément, que commencer.

 

 

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