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Culture - guerre au liban 2026

Le Liban lance un réseau national pour sauver sa mémoire culturelle

Le Réseau national et le Beirut Global Call dévoilent une double initiative : organiser la protection du patrimoine au pays du Cèdre et mobiliser un soutien international.

Le Liban lance un réseau national pour sauver sa mémoire culturelle

Une bibliothèque dans une mosquée gravement endommagée par un bombardement israélien, le 1er juillet 2025 dans le village de Yater, au Liban-Sud. Photo Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour

Lorsque les bombardements ont détruit leur maison de la banlieue sud, tous répétaient au père de Mohammad Nasser el-Din que « le matériel se remplace ». Lui ne pleurait qu’une seule chose : sa bibliothèque. Constituée au fil des décennies, enrichie d’ouvrages d’histoire, de philosophie et de littérature, elle représentait bien davantage qu’une collection de livres. Elle contenait toute une vie.

Cette histoire résume l’enjeu du Réseau national pour la protection du patrimoine culturel au Liban, lancé vendredi à la Bibliothèque nationale aux côtés du Beirut Global Call. Les destructions provoquées par les offensives israéliennes ne s’arrêtent pas aux maisons ou aux infrastructures. Elles emportent aussi des bibliothèques, des archives, des photographies et tous ces lieux où se conserve l’histoire d’un peuple. Pour les initiateurs du projet, il s’agit de répondre à ce qu’ils qualifient de tentative d’effacement du patrimoine culturel libanais.

Porté sous le patronage du ministère de la Culture, le Beirut Global Call s’adresse à la communauté internationale avec une idée centrale : lorsqu’une bibliothèque est détruite, ce ne sont pas seulement des livres qui disparaissent, mais aussi des histoires, des noms et les traces d’un héritage commun. « La culture n’est pas une cible militaire et la mémoire humaine n’est pas un champ de bataille », rappellent ses auteurs. Refusant de réduire ces destructions à de simples dommages collatéraux, ils appellent les institutions culturelles, les universités, les ONG et la communauté internationale à soutenir les efforts de protection, notamment par la création d’archives d’urgence. Ils estiment que ces attaques, qu’ils inscrivent dans une continuité observée en Palestine puis au Liban, visent à rompre le lien entre un peuple, sa terre et son histoire. Préserver cet héritage, rappellent-ils, conformément aux conventions de l’Unesco, est une condition essentielle pour garantir aux générations futures le droit de connaître leur histoire. « Le silence n’est plus une option », concluent-ils.


Travailler « main dans la main »

Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a plaidé pour une conception plus large du patrimoine. « Le patrimoine ne se limite pas aux pierres », résume-t-il. Derrière les monuments, il rappelle que sont tout aussi menacés les souks, les bibliothèques, les lieux de sociabilité, mais aussi les traditions, les savoir-faire et la musique, autant d’éléments qui façonnent l’identité d’un pays et assurent la transmission de son héritage.

Sur le terrain, le ministère affirme avoir multiplié les démarches, au Liban comme à l’international. Après avoir sensibilisé plus d’une trentaine de ministres de la Culture et échangé avec l’Unesco à Paris, le Liban présentera dans quelques jours en Corée du Sud une demande d’inscription de cinq forteresses du Jabal Amel sur la liste du patrimoine mondial. Ghassan Salamé est également revenu sur la destruction de plusieurs institutions culturelles, dont les bibliothèques publiques de Bint Jbeil et de Taybé. Un programme de reconstruction de trois ans prévoit la réhabilitation et la modernisation de 57 bibliothèques. À ce jour, 700 000 dollars ont été réunis, mais près de trois millions restent nécessaires. Face à des défis autant financiers qu’humains, le ministre a appelé les associations à travailler « main dans la main » avec les institutions publiques, estimant que les atteintes au patrimoine et à l’environnement relèvent de « crimes contre la nature, contre la culture et contre l’humanité ».

Au-delà des plans de reconstruction, une même idée est revenue tout au long de la conférence : derrière chaque bibliothèque détruite, il y a des vies. Tamara Elzein, ministre de l’Environnement, a regretté que l’on parle trop souvent des dégâts matériels sans voir ce qui disparaît avec eux. « Les habitants du Sud ne sont pas des chiffres », rappelle-t-elle. Une réalité qui a pris un visage très concret à travers les témoignages de plusieurs bibliothécaires et habitants.

Aujourd’hui partiellement détruite, la bibliothèque des Nasser el-Din dépasse l’histoire d’une seule famille. Trois générations y ont grandi, y ont lu et y ont construit leur rapport au savoir. « Notre devoir est de protéger ces institutions pour les générations futures », conclut Mohammad Nasser el-Din. Une manière de rappeler que préserver une bibliothèque, ce n’est pas seulement sauver des livres, mais conserver un morceau de la mémoire collective que la conférence appelait précisément à défendre.


Lorsque les bombardements ont détruit leur maison de la banlieue sud, tous répétaient au père de Mohammad Nasser el-Din que « le matériel se remplace ». Lui ne pleurait qu’une seule chose : sa bibliothèque. Constituée au fil des décennies, enrichie d’ouvrages d’histoire, de philosophie et de littérature, elle représentait bien davantage qu’une collection de livres. Elle contenait toute une vie.Cette histoire résume l’enjeu du Réseau national pour la protection du patrimoine culturel au Liban, lancé vendredi à la Bibliothèque nationale aux côtés du Beirut Global Call. Les destructions provoquées par les offensives israéliennes ne s’arrêtent pas aux maisons ou aux infrastructures. Elles emportent aussi des bibliothèques, des archives, des photographies et tous ces lieux où se conserve l’histoire d’un...
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