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Liban - Éclairage

La Constitution et les citoyens, victimes collatérales du nouveau consensus politique ?

Est-ce que ce nouveau mandat et ce nouveau gouvernement ont signé à l'insu des Libanais la fin d'une ère ? Est-ce la fin de la balbutiante naissance de la notion de citoyenneté qui a émergé tant bien que mal et contre toute attente en mars 2005 ? Il semblerait que oui, au vu notamment d'un état politique général qui ne laisse désormais plus aucune marge de manœuvre à ceux qui n'ont pas fait partie du consensus – compromis ? – national qui a permis l'arrivée à Baabda du président Michel Aoun et au Grand Sérail du Premier ministre Saad Hariri. Après l'euphorie des uns et la volonté des autres d'octroyer le bénéfice du doute à cette nouvelle équipe dirigeante, l'heure du retour à la réalité a sonné. Non, le bouquet de lois financières voté dans un surprenant élan d'harmonie politique ne sera pas remis en question, n'en déplaise à ceux qui se prennent à rêver d'un mouvement populaire type « Occupy Wall Street ». Les voix auront beau s'élever contre l'injustice de ces mesures et leur légalité douteuse, les jeux semblent déjà faits.

 

(Lire aussi : Levée de boucliers FL contre le Hezbollah, plus que jamais attaché à la proportionnelle intégrale)

 

L'article 87 de la Constitution
Hier, l'ancien ministre Ziyad Baroud s'interrogeait dans la presse sur le point de savoir si « le consensus politique est à lui seul suffisant pour modifier l'article 87 de la Constitution », lequel dispose que « le compte définitif de l'administration des finances pour l'exercice clos doit être soumis à la Chambre et approuvé avant la promulgation du budget ». Il s'est ainsi demandé comment le budget peut être voté sans la publication d'un compte définitif. Mais à l'évidence, la machine est en marche, puisque Saad Hariri a déclaré hier qu'il était satisfait de l'évolution du dossier de la grille des salaires et que « les syndicats avec lesquels il a discuté sont également très positifs ». Autant dire que les initiatives citoyennes de protestation contre la politique financière du gouvernement ne sont pas pour impressionner les responsables. Sont-ils allés trop loin dans le compromis, à la veille de l'élection présidentielle ?
Sont-ils allés trop loin dans leur alignement avec les acteurs régionaux pour être à ce point incapables de satisfaire leur base partisane originelle ? Sont-ils à ce point embourbés dans leurs intérêts politico-commerciaux qu'ils en ont totalement oublié qu'ils sont – aussi et accessoirement – au pouvoir afin de servir la chose publique ? Tant d'interrogations et si peu de réponses.

 

(Lire aussi : Le Hezbollah ne parvient toujours pas à imposer le projet de proportionnelle intégrale)

 

La voix et le poids de la rue
Or, à ce stade du jeu, les réponses ne viendront pas par elles-mêmes. Ce sont les citoyens qui doivent les exiger. Toutefois, si même un raz-de-marée humain comme celui du 14 mars 2005 a pu être réduit à néant, il reste très peu d'espoir quant au poids que peut avoir une manifestation de quelques milliers de personnes – qui font partie, pour la plupart, de la majorité silencieuse des citoyens. En dépit de ce constat pour le moins amer, il reste que ces mêmes citoyens ont le devoir de continuer à y croire. Ne serait-ce que pour une raison, très pragmatique : le régime en place tient tellement à l'actuel statu quo qu'il craint comme la peste une éventuelle déstabilisation initiée par la rue. Ils n'ont donc aucune raison de ne pas continuer d'essayer. Les législatives approchant à grands pas, il serait vraiment intéressant de chercher, par la voix de la rue, à peser sur les intentions de vote, au lieu que ces protestations ne soient vouées à se diluer à l'approche du vote. Car, aux dires du secrétaire général du Parti national libéral, Élias Bou Assi, « telle une malédiction, les Libanais finissent toujours par élire ceux qu'ils auront critiqués quatre années durant ». « C'est un syndrome apparenté à celui de Stockholm, mais qui est purement libanais », ajoute-t-il.

 

(Lire aussi : La Constitution et les citoyens, victimes collatérales du nouveau consensus politique ?)

 

Et justement, à propos d'élection, M. Bou Assi estime que la formule en gestation sera « médiocre » ou ne sera pas. « Nous allons vers une formule médiocre de loi mixte, en dépit du refus affiché par le Hezbollah et qui ne sert en fait qu'à exercer un maximum de pressions pendant qu'elle est encore en gestation », souligne-t-il, avant d'ajouter que ce texte aura pour seul et unique mérite de tirer un trait sur la loi de 1960, « tout en ayant les mêmes conséquences sur le terrain ». Elle préservera « la même architecture au sein du Parlement, c'est-à-dire une suprématie uniquement numérique, pour les députés du 14 Mars – si tant est que ce rassemblement existe encore – et de l'autre côté un règne effectif du Hezbollah, qui continuera d'imposer la politique qui lui convient ». Alors à ceux qui en doutent encore : une fois les lois financières et budgétaires promulguées, une fois les élections terminées, il sera trop tard et surtout inutile d'investir la rue.

 

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Est-ce que ce nouveau mandat et ce nouveau gouvernement ont signé à l'insu des Libanais la fin d'une ère ? Est-ce la fin de la balbutiante naissance de la notion de citoyenneté qui a émergé tant bien que mal et contre toute attente en mars 2005 ? Il semblerait que oui, au vu notamment d'un état politique général qui ne laisse désormais plus aucune marge de manœuvre à ceux qui n'ont...
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Politicians, from ALL sides, seem will implement the new tax increases to protect their own interests DESPITE the population's protest and refusal ! In Lebanon, Presidents & Governments come and go but CORRUPTION STAYS & GROWS (25+ years after the war, still no Electricity, no water, no roads, etc...)

Hanna Philipe

16 h 28, le 23 mars 2017

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Commentaires (1)

  • Politicians, from ALL sides, seem will implement the new tax increases to protect their own interests DESPITE the population's protest and refusal ! In Lebanon, Presidents & Governments come and go but CORRUPTION STAYS & GROWS (25+ years after the war, still no Electricity, no water, no roads, etc...)

    Hanna Philipe

    16 h 28, le 23 mars 2017

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