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Journée de la femme

« Je suis fière de faire partie d’un groupe qui a changé les mentalités »

Depuis qu'elle sauve des animaux en détresse avec ses collègues de BETA, Helena Husseini est devenue l'une des figures emblématiques de cette cause. Celle qui avoue n'avoir jamais ressenti de discrimination estime toutefois qu'« il reste beaucoup à faire pour les droits des femmes ».

Entre Helena Husseini et les chiens errants recueillis par BETA, une affection partagée et le combat d’une vie.

Juillet-août 2006 : la guerre israélienne fait rage au Liban. Alors que les gens fuient les bombardements ou se terrent chez eux, une poignée de volontaires n'oublient pas ces autres victimes de la guerre, les animaux. Parmi eux, Helena Husseini, qui n'est alors volontaire dans la jeune association BETA que depuis quelques semaines. « Je me suis beaucoup impliquée à cette époque, raconte-t-elle. Nous avons sillonné les rues, y compris dans la banlieue sud visée par l'aviation israélienne, pour recueillir toutes sortes de chiens et de chats abandonnés par leurs propriétaires ou dans des magasins d'animaux fermés à la hâte. »

En 2007, Helena Husseini devient membre du conseil de BETA et continue jusqu'à ce jour à se dépenser avec la même énergie pour la cause animale, abandonnant même son métier d'architecte il y a cinq ans. Mais la voie qui l'a menée vers cette passion trouve ses racines beaucoup plus loin, dans la tendre enfance d'Helena. « Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé les animaux, raconte-t-elle. Je donnais à manger aux chatons, je recueillais les chiens du quartier. » Elle se souvient d'anecdotes cocasses vécues durant son adolescence. « J'étais en troisième quand, en me rendant à l'arrêt de bus, je trouve un chaton abandonné, se souvient-elle. Il était trop tard pour le ramener à la maison. Il ne me restait donc qu'à... le cacher dans mon t-shirt !
Je suis arrivée à tenir le coup une bonne partie de la journée, mais l'inévitable est arrivé en classe d'arabe : le chaton m'a mordue et s'est échappé de mon T-shirt. Mon professeur m'a grondée. Je lui ai répondu : "Vous ne vouliez pas que je le laisse dans la rue, non ?". »

Les anecdotes ne sont pas toutes aussi amusantes. Helena perd un jeune chien de mort subite alors qu'elle n'a que seize ans. Arrivée à l'école avec des yeux rougis, elle est confrontée à l'incompréhension de son entourage, quand une enseignante lui lance, moqueuse : « Ce n'est qu'un chien ! » Autre coïncidence troublante de la vie : un autre de ses chiens, son berger allemand Brooks qui l'accompagnait depuis son retour au Liban en 1994 après ses études à l'étranger, meurt le 6 mai 2006 (elle donne la date exacte), quelques jours seulement avant qu'elle ne rejoigne les rangs de BETA...

 

(Lire aussi : Rencontres avec elles)

 

Une éducation égalitaire
Helena Husseini est une femme de tempérament et elle le reconnaît volontiers. Elle relie cela au contexte familial et à l'influence du père, qui revient souvent dans la conversation. « Nous sommes cinq filles en famille, dit-elle. Mon père nous a toujours élevées avec la notion de l'égalité entre les hommes et les femmes. Preuve en est, mes sœurs et moi avons fait carrière. Notre famille reste très unie, nous vivons toutes à proximité, ainsi que notre mère. »

Sur les pas de son père, Helena a décidé de suivre des études d'architecture en France et aux États-Unis. C'est pour travailler avec lui qu'elle rentre au pays en 1994, mais il décède, malheureusement, quelques mois plus tard. « C'est probablement dû à mon éducation, mais je n'ai jamais senti de discrimination ou d'injustice à mon égard dans ce pays, dit-elle. Toutefois, je suis révoltée par la manière dont on traite parfois les femmes. Quand une manifestation a été organisée pour protester contre la violence domestique, toutes les volontaires de BETA y étaient. Je pense qu'en ce qui concerne les droits des femmes, il y a encore beaucoup à faire. »

Même si elle se sent concernée par les droits des femmes, son vrai combat, elle le livre avec ses camarades pour la protection des animaux, le « grand combat de notre époque ». Pourquoi, d'ailleurs, les femmes sont-elles si souvent majoritaires dans les associations pour la protection des animaux ?
« Elles sont plus passionnées, plus entières, répond Helena sans hésitation. Dans un pays qui ne connaît aucune stabilité et où les animaux ne sont en aucun cas une priorité, cette cause était loin d'être gagnée. »

 

(Lire aussi : Mireille Aoun Hachem, le cœur et la raison...)

 

Des insultes aux applaudissements
Aujourd'hui, Helena se dit fière de faire partie d'un groupe qui a contribué à changer les mentalités. « Les premières années, nous nous faisions insulter quand nous recueillions des chiens, se souvient-elle. Un jour, alors que nous tentions de libérer deux chiots bloqués, une femme qui passait par là nous a insultées en nous criant d'aller plutôt sauver des enfants. Je lui ai lancé : "Et vous, vous sauvez des enfants ?"

Très récemment, nous étions en train de secourir des chiens égarés sur l'autoroute. Les automobilistes dans leurs voitures applaudissaient de partout. Quelle différence en quelques années seulement ! »
Ce changement dans les mentalités est visible aussi de par le nombre de personnes qui décident d'avoir des animaux de compagnie et de les stériliser. « Malheureusement, cette sensibilité nouvelle s'accompagne d'une commercialisation à outrance, dit-elle. Beaucoup nous appellent pour signaler des cas de chiens à recueillir, mais décident eux-mêmes d'en acheter au lieu d'en adopter. »

Les réalisations ne gomment pas les difficultés qui persistent. BETA gère ce qui est certainement le plus grand chenil (plein à craquer) du Liban, mais n'a aucunement les moyens d'accueillir tous les chiens errants. « Nous nous limitons aux cas urgents et aux petits chiens, qui ne peuvent survivre dans la rue et qui sont rapidement adoptés, dit-elle. Les gens ne comprennent pas toujours, mais la nourriture seule nous coûte 9 000 dollars par mois. » Sachant que tous les chiens de l'association sont stérilisés et vaccinés.

L'avenir ? « Il est comme celui du pays, incertain », répond Helena Husseini, sans illusions. L'infatigable militante déplore l'absence de réelle relève. Mais son travail, ainsi que celui de ses collègues de BETA, est l'histoire d'une formidable détermination.

 

 

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Juillet-août 2006 : la guerre israélienne fait rage au Liban. Alors que les gens fuient les bombardements ou se terrent chez eux, une poignée de volontaires n'oublient pas ces autres victimes de la guerre, les animaux. Parmi eux, Helena Husseini, qui n'est alors volontaire dans la jeune association BETA que depuis quelques semaines. « Je me suis beaucoup impliquée à cette époque,...

commentaires (3)

Une belle âme , cette Héléna Husseini .

FRIK-A-FRAK

13 h 26, le 08 mars 2017

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Commentaires (3)

  • Une belle âme , cette Héléna Husseini .

    FRIK-A-FRAK

    13 h 26, le 08 mars 2017

  • UNE NOBLE CAUSE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 11, le 08 mars 2017

  • Plein de respects pour Hélène et toute l'équipe de BETA ...

    LIANE ZIAD

    10 h 20, le 08 mars 2017