Journée de la femme

« On m’appelle Madame Quota »

Femme non conventionnelle et persévérante. C'est ainsi que se présente à « L'Orient-Le Jour » Joëlle Abou Farhat Rizkallah, cofondatrice de « Women in Front » et militante pour une participation de la Libanaise à la vie politique et pour l'adoption du quota féminin.

Sans quota, il sera difficile pour les femmes libanaises d’avancer dans la vie politique, affirme Joëlle Abou Farhat. Photo Anne-Marie el-Hage

Sur le mur rouge de son bureau, une phrase, « Faites-le avec passion ou ne le faites pas », qui en dit long sur son caractère. Et sur sa table de réunion, des marguerites offertes par un collègue pour la Journée internationale des droits de la femme. Joëlle Abou Farhat Rizkallah n'est pas femme à baisser les bras. Militante féministe, chef d'entreprise, épouse et mère de famille, elle ne fait rien à moitié. Mais se donne à fond pour chacune de ses tâches.

En cette veille d'élections législatives, l'objectif de cette ancienne ceinture noire de judo est « de faire arriver 38 femmes libanaises au Parlement ». Elle milite ferme dans ce but au sein de l'association Women in Front qu'elle a cofondée avec ses deux partenaires, Nada Anid et Paola Majdalani, pour un quota de 30 % de participation féminine au Parlement. Avec pour credo « la persévérance ». Une cause qu'elle a faite sienne depuis cinq ans. Et qui lui colle désormais à la peau.

« On m'appelle aujourd'hui Madame Quota », lance-t-elle. Car elle tient à « faire bouger les choses », à « changer les stéréotypes » surtout, afin que la Libanaise s'engage de plus en plus dans la vie publique et dans les postes de décision, pas seulement dans la mode, l'esthétique ou l'art. Sera-t-elle candidate aux prochaines législatives ? Pas tant qu'elle n'aura pas atteint ce « lourd » objectif. « Je ne peux à la fois travailler pour un groupe de femmes et m'engager dans la vie politique », explique-t-elle.

 

(Lire aussi : Rencontres avec elles)

 

Offrir quelque chose à la société
Mme Abou Farhat n'a pas choisi la facilité. Mais rien n'est impossible pour cette journaliste de formation, qui a été élevée « comme une fille, dans la conviction qu'elle pouvait tout faire ». Après avoir aidé son époux à monter son affaire, voilà qu'elle lance la sienne, en 2010. Naît alors Jô Branding Ad, une agence qui porte le nom de la jeune quadra. Entre temps, elle a tâté du journalisme, fourbi ses armes dans la publicité. Mais c'est dans la création d'image personnelle que se spécialise cette « vendeuse hors pair », « passionnée » par son métier, qui avoue donner un coup de pouce « aux femmes tentées de créer leur propre start-up ».

Porter plusieurs casquettes n'est pas toujours évident pour une mère de famille. Joëlle Abou Farhat Rizkallah travaille pourtant « depuis l'âge de 15-16 ans ». Soutenue par les siens, elle n'a jamais envisagé de s'arrêter. Malgré la fatigue qui s'impose parfois, son côté battante l'emporte, haut la main, armée de ce sourire qui ne la quitte pas, de cette élégance sobre et féminine, jusqu'au bout des ongles et du brushing. « Je suis ainsi faite, une non-conventionnelle, qui aime être occupée à plein temps et offrir quelque chose à la société libanaise », dit-elle. « Il faut m'accepter telle que je suis. »

C'est au hasard d'une discussion sur Facebook que s'est dessinée l'idée de militer pour une représentation féminine meilleure en politique. D'autant que la jeune femme suit de près l'actualité : avec le sport et la danse, la lecture est son loisir favori. La rencontre avec Nada Anid mettra le projet à exécution. Paola Majdalani, l'amie de toujours, viendra compléter le trio. Women in Front est créée en 2012. Reste à convaincre la société libanaise, classe politique en tête, que « sans quota, en guise de solution temporaire, il sera difficile pour les femmes d'avancer dans la vie politique ».

« Dans les 128 pays où il a été appliqué, le quota féminin a été une réussite », insiste-t-elle, citant à titre d'exemple quelques pays arabes où la représentation féminine a grimpé au Parlement depuis l'application des quotas féminins : 32 % en Algérie, 31 % en Tunisie, 27 % en Irak, 19,9 % en Arabie saoudite, 15 % en Jordanie... Face à ces avancées sensibles, le Liban fait figure de mauvais élève. Au niveau de la participation parlementaire de la femme, il occupe la 180e place sur 187 pays. « C'est inadmissible », déplore-t-elle.

 

(Lire aussi : Mireille Aoun Hachem, le cœur et la raison...)

 

« Nous avons fait le travail des parlementaires »
Mme Abou Farhat met alors son savoir-faire et son entreprise au service de la cause féminine. Avec méthode, l'association multiplie les initiatives, formations, projets et campagnes de sensibilisation auprès de la classe politique, des municipalités, des médias, des femmes elles-mêmes.

Elle bénéficie désormais du soutien des Nations unies et des ambassades occidentales. Elle récolte même ses « premiers succès ». « Women in Front compte aujourd'hui 500 adhérentes et 44 candidates potentielles. » Au niveau national, le changement est aussi amorcé. « En 2009, 12 femmes seulement se sont présentées aux législatives. Aux dernières élections municipales, 70 femmes se sont présentées et 35 ont été élues », assure la militante.

Mais les prochaines législatives sont décisives. Et la loi électorale se fait attendre. Pas question pour Joëlle Abou Farhat et Women in Front de rester les bras croisés. « Nous avons présenté à la classe politique et aux décideurs une étude méticuleuse d'application du quota féminin, en fonction des différents scénarios de loi possibles », affirme-t-elle, reconnaissant avoir « fait le travail des parlementaires ». Approuvée par la Commission nationale de la femme libanaise et validée par une bonne partie de la classe politique, cette proposition n'attend plus que son adoption.

Alors, à l'occasion de la Journée internationale des droits de la femme, elle transmet à toute la classe politique, et avec le PNUD, le cri du cœur des femmes libanaises : « Adoptez le quota ! »

 

 

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