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Journée de la femme

« J’ai fait beaucoup de sacrifices pour être ce que je suis aujourd’hui »

Fadumo Dayib, ancienne réfugiée somalienne, qui fut un temps candidate à la présidentielle de son pays, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

Fadumo Dayib après son intervention à l’hotel Phoenicia à Beyrouth, lundi. Photo Marine Delatouche

À l'occasion de la cinquième édition de la conférence « Women on the Front Lines » organisée par la Fondation May Chidiac, Fadumo Dayib, ancienne réfugiée somalienne, s'est exprimée devant une salle comble sur son engagement politique. Elle répond à « L'Orient-Le Jour » suite à son intervention menée avec beaucoup d'humour, et lors de laquelle cette ancienne candidate à la présidentielle a donné une véritable leçon de courage à son auditoire.

Vous étiez candidate à l'élection présidentielle de 2016 en Somalie, avant de renoncer. Comment a réagi votre famille après l'annonce de votre engagement en politique ?
Elle a été très choquée, inquiète et appréhendait la manière dont la société allait percevoir ma candidature. Elle craignait la réaction de nos proches. C'est devenu insoutenable pour elle lorsque je suis apparue dans la sphère publique, comme si leur intimité avait été violée. Elle a ensuite décidé de ne plus faire partie de mon aventure.

À quelles pressions avez-vous dû faire face en tant que femme ?
Le pire ont été les moqueries. Cela a été un véritable défi. J'ai aussi été harcelée par des hommes. Lorsque j'étais plus jeune, beaucoup d'hommes pensaient que je pouvais leur appartenir. Le plus dur a été de mettre des limites claires par rapport à eux, tout au long de ma démarche politique. De leur dire : « Je suis dans la sphère publique, je concours à l'élection présidentielle, je ne suis pas votre propriété, vous ne me possédez pas. » Je n'appartiens à personne. Nul n'a de droits ni sur mes intentions, ni sur mon corps, ni sur ma manière d'être.

 

(Lire aussi : Rencontres avec elles)

 

Pensez-vous vous engager à un autre échelon politique?
J'ai fait beaucoup de sacrifices pour être ce que je suis aujourd'hui. Je n'ai pas de plans pour redevenir invisible, comme certains le souhaiteraient. Ma place est dans la sphère publique. Si je pouvais concourir à l'élection présidentielle actuellement, s'il y avait des élections démocratiques, je le ferais. C'est ce pour quoi je suis faite, et c'est ce pour quoi je vais continuer à me battre.

Quelle serait votre première action pour les droits des femmes en tant que présidente ?
La Somalie souffre, et pas uniquement les femmes. Les enfants, les plus âgés souffrent aussi. Alors par où commencer ? En tant que présidente, mon action devrait faire en sorte de venir en aide aux femmes mais aussi aux enfants, aux jeunes et aux plus âgés. Il y a tellement de personnes que nous devons protéger. En tant que mère, je mettrais l'accent sur l'éducation et sur une couverture médicale gratuite. Je mettrais en place un véritable État-providence pour intégrer nos communautés marginalisées, nos aînés notamment.

Quelles sont les conditions pour donner davantage de place aux femmes dans la sphère politique en Afrique ?
C'est un défi global qui ne concerne pas uniquement l'Afrique et le Moyen-Orient. Regardez ce qui s'est passé avec Hilary Clinton. Elle n'a pas pu remporter les élections parce que 65 % des femmes blanches ont préféré voter pour un homme qui parlait « d'attraper les femmes par la chatte ». Il faut vraiment faire évoluer les esprits, impulser un changement social et non pas uniquement politique mais aussi culturel et social. C'est un défi global pour la solidarité et la paix. Toutes les femmes, peu importe où elles se trouvent dans le monde, doivent s'engager. Ce n'est pas uniquement un enjeu local mais bien un enjeu global.

 

 

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