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LE LIBAN À TABLE
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La mouloukhiyé de Nassima


Chère lectrice, cher lecteur,

Nassima est née en mai, je ne connais pas la date exacte. Elle-même ne la connaissait pas, ni le jour, ni l’année. En conséquence de quoi Nassima n’avait pas d’âge.
Quand j’étais enfant, celle qui avait été la nounou de ma mère, était déjà vieille, intemporelle, éternelle, comme sortie d’un conte. Elle en aurait été l’héroïne, celle qui nous aurait sauvé -toutes générations confondues- du grand méchant loup.
Les cheveux serrés dans un filet, des bras forts, des mains douces qui respiraient constamment l’huile d’olive, un petit bedon enveloppé dans son indéfectible tablier, Nassima, qui n’avait ni passé, ni famille, ni époux, ni enfants, n’avait qu’un objectif : rendre heureux grands et petits à travers des plats dont je recherche encore aujourd’hui la saveur perdue.
Son prénom, déjà, respirait le Nassim. Ce vent doux qui, comme elle, faisait l’effet d’une tendre caresse réconfortante.
Toute sa vie se passait dans la vieille cuisine de mes grands-parents. En silence, le sourire aux lèvres, elle avait les gestes lents, patients, comme s’ils savouraient chaque instant de ses préparations. Ses recettes, elle seule en connaissait les dosages. Peut-être n’y en avait-il pas d’ailleurs, tant elle ne cessait de goûter, ajuster, goûter, assaisonner à nouveau. Elle avait le « nafass », cette intuition qui rendait son savoir-faire incomparable.

Je donnerais tout pour savourer ne serait-ce qu’une seule fois encore le sahlab à la cannelle qu’elle nous servait au petit-déjeuner, lorsqu’on passait l’été chez mes grands-parents, le taboulé citronné juste ce qu’il faut pour réveiller le persil, les œufs au plat qui ressemblaient à un visage d’enfant heureux, la mouloukhiyé dont elle seule réussissait la consistance et la saveur ou encore la kebbé labniyé qui redonnait au laban toutes ses lettres de noblesse.

Nassima est morte le jour de la fête de la Vierge, en cueillant des fleurs pour ma grand-mère qui s’appelait Marie, quelques instants avant le traditionnel déjeuner familial qui se tenait pour l’occasion. Depuis, la mouloukhiyé, pour moi, a un nom : Nassima.

(Cheffe) Carla Henoud

Coup de cœur

Dimanche 10 mai, Moga accueille une journée de soutien pour le Liban et la Palestine, en partenariat avec des associations libanaises locales. L’occasion de découvrir, à Marseille, un restaurant libano-syrien engagé et atypique. Dans un décor inspiré des belles adresses beyrouthines, Moga propose une cuisine raffinée et une carte résolument unique.




Sélection gourmande Dakar

👉 À Dakar, la diaspora libanaise est solidement implantée, avec environ 30 000 personnes aujourd’hui. Il n’est pas étonnant alors que la capitale sénégalaise regorge de restaurants proposant sambousseks, chawarmas, kafta… Mais la plupart d’entre eux ont décidé de s’éloigner des saveurs traditionnelles, pour oser la réinvention.

L’Orient-Le Jour
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