De gauche à droite : Sergueï Lavrov, John Kerry, Adel al-Jubeir et Feridun Sinirlioglu. Brendan Smialowski/Pool/AFP
Les pourparlers internationaux pour tenter de trouver une solution politique au conflit en Syrie ont commencé hier à Vienne avec une première série d'entrevues entre les représentants des grandes puissances adversaires ou alliées de Damas, dont l'Iran.
Le chef de la diplomatie américaine John Kerry a rencontré hier dans la capitale autrichienne deux représentants des plus fidèles soutiens de Damas, ses homologues iranien Mohammad Javad Zarif et russe Sergueï Lavrov, avant une réunion élargie ce matin à une vingtaine de diplomaties régionales et européennes pour évoquer les perspectives d'un conflit qui a fait plus de 250 000 morts depuis 2011. « Il est désormais temps d'accorder à l'Iran une place à la table », a estimé M. Kerry, marquant une avancée notable dans la position américaine, jusque-là hostile à cette idée. Le défi créé « n'est rien moins qu'une course pour sortir de l'enfer », avait lancé M. Kerry avant son départ pour Vienne. Ces pourparlers représentent « l'occasion la plus prometteuse de (trouver) une ouverture politique ».
En fin de journée, le chef de la diplomatie américaine a rencontré ses homologues russe, turc et saoudien pour une réunion quadrilatérale. « Nous avons enfin réussi à rassembler autour de la même table tout le monde sans exception, les principaux acteurs (dans le dossier), les membres du Conseil permanent (de sécurité de l'Onu), l'Iran, l'Égypte, les pays du Golfe, l'Irak », s'est félicité à Moscou, avant de partir pour Vienne, Sergueï Lavrov qui a également vu son homologue iranien.
(Lire aussi : L'absence de politique syrienne des États-Unis)
Les participants à ces grandes manœuvres diplomatiques ne tablent sur aucun accord décisif concernant l'avenir du régime de Bachar el-Assad, mais la simple présence de protagonistes aux positions encore très divergentes est perçue comme un progrès. C'est en effet la première fois que l'Iran, qui soutient militairement et financièrement le régime du président Bachar el-Assad, est représenté dans une réunion internationale sur la Syrie. Jusqu'alors les États-Unis et l'Arabie saoudite, qui appuient la rébellion, refusaient que Téhéran participe à ces ébauches de négociations. « Il peut y avoir un accord sur une méthode mais un accord sur le fond, malheureusement, c'est encore prématuré. Il y aura certainement plusieurs sessions », a estimé à Bruxelles le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui sera à Vienne aujourd'hui.
Pour l'instant, il n'est pas question d'une participation du gouvernement syrien ou de son opposition, et le sort du président syrien continue de diviser Washington et Moscou et leurs alliés. Interrogé par la BBC, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a assuré n'avoir « aucun doute » sur le fait que le président Assad allait devoir quitter le pouvoir. « Il partira soit à l'issue d'un processus politique, soit parce qu'il sera renversé par la force », a-t-il déclaré.
(Repère : Qui sont les participants annoncés à la réunion de Vienne sur la Syrie ?)
Ban appelle à plus de « flexibilité »
Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a pour sa part appelé hier les participants aux discussions de Vienne sur la Syrie à se montrer « flexibles ». « Je suis encouragé par le haut niveau des dirigeants qui se rencontrent à Vienne demain pour parler de la situation en Syrie », a déclaré Ban Ki-moon. « J'espère qu'ils vont vraiment examiner la question en se montrant flexibles, quelles que soient leurs différences de points de vue politique et d'approche », a ajouté Ban Ki-moon.
Aux chefs des diplomaties américaine, russe, saoudienne et turque se joindront aujourd'hui leurs homologues libanais et égyptien. Les ministres français Laurent Fabius, britannique Philip Hammond, et allemand Frank-Walter Steinmeier, ainsi que Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne, seront aussi présents. « Il y a ne serait-ce qu'une semaine, cette réunion aurait été difficile à imaginer. Nous devons laisser cet espace politique progresser et porter ses fruits », a estimé Mme Mogherini. Pour l'Arabie saoudite, ces pourparlers seront l'occasion de tester « le sérieux » de l'Iran et de la Russie en vue d'un règlement négocié. « Le fait que les Saoudiens aient accepté la présence des Iraniens à Vienne est déjà significatif. C'est pour cela qu'on peut s'attendre à ce que ce ne soit pas une réunion pour rien », a confié Karim Bitar, directeur de recherches à l'Institut français des relations internationales (IFRI). « La crise des réfugiés en Europe a convaincu tout le monde qu'on avait besoin d'une phase de transition, que l'autoritarisme de Bachar el-Assad était un moindre mal », estime M. Bitar.
(Lire aussi : A Alep, des centaines de milliers d'habitants coupés du monde à cause de l'EI)
Sur le terrain, les frappes russes, qui ont débuté le 30 septembre et visé 14 provinces syriennes, ont déjà fait près de 600 morts, en majorité des membres de groupes armés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). En outre, la Russie semble avoir mené pour la première fois un raid sur la province méridionale de Deraa, élargissant ainsi son champ d'opérations en Syrie, a affirmé hier l'OSDH.
Par ailleurs, les États-Unis ont confirmé hier que des raids récents de l'aviation russe en Syrie avaient provoqué des « dommages collatéraux », notamment en ayant touché un hôpital, comme l'ont affirmé des ONG en dépit des démentis de Moscou.
De même, au moins huit civils ont été tués hier dans des raids de l'aviation du régime syrien contre un marché et un hôpital dans le fief rebelle de Douma, près de Damas, ont indiqué des militants et l'OSDH. D'après eux, les frappes ont fait une douzaine de blessés dont plusieurs dans un état critique. Le bilan des morts pourrait donc s'alourdir.
Enfin, des sources de service de renseignements occidentaux ont affirmé à Fox News que la Russie a aidé l'Iran à livrer des armes à la Syrie deux fois par jour au cours des deux dernières semaines. Ces chargements ont été, selon ces témoignages, livrés par des avions russes, aperçus sur le tarmac de l'aéroport de Lattaquié. Les vols n'auraient pas été enregistrés et constitueraient une violation de deux résolutions des Nations unies, qui impose un embargo sur la livraison d'armes à l'Iran.
Lire aussi
À Vienne, Moscou et Téhéran devront passer à la caisse
En Syrie, c'est Moscou, et non plus Téhéran, qui mène la danse
La mort d'Iraniens en Syrie illustre l'engagement croissant de Téhéran
Les frappes russes redonnent le moral aux habitants de Damas
L’opposition syrienne sert-elle encore à quelque chose ?
Quel impact réel de la Russie sur le terrain en Syrie ?
Dossiers
Syrie : qui combat qui, et où


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
les refugies syriens en europe ne voudront pas retourner dans une improbable syrie pacifiee avec a sa tete le sinistre bashar al assad....que se le disent bien les gouvernements europeens....il faudra se debarrasser de cet ignoble personnage.
09 h 36, le 30 octobre 2015