C'est la fin de notre session de questions/réponses avec Anthony Samrani.
Merci d'avoir été aussi nombreux !
Nous vous laissons avec notre deuxième direct, consacré à la couverture de l'actualité du jour. À bientôt !
Pourquoi l'Iran n'exerce pas la même pression pour Beyrouth et le Liban-Sud ?
Nous prenons une dernière question, celle de Sandra : Pourquoi l'Iran a-t-il sorti les griffes face aux menaces des Israéliens sur Beyrouth, mais laisse passer les bombardements sur le Sud et dans la Békaa, et l'occupation ? Quel est le calcul politique derrière cette distinction ?
Le régime iranien estime qu’il a gagné la guerre. Il veut conclure un accord avec les Etats-Unis qui reflète cette victoire, mais également son rôle indiscutable au Liban. Il ne veut pas d’une séparation des dossiers libanais et iranien et pas non plus d’un cessez-le-feu unilatéral.
Ses menaces de rompre les négociations ont été décisives dans le fait d’éviter des frappes sur la banlieue-sud, qui auraient mis le Hezbollah dans une très mauvaise posture.
Son calcul dans le sud est pour le moment différent, probablement parce que les frappes y sont plus « supportables » pour le Hezbollah et parce que l’Iran a intérêt à maintenir une pression militaire sur Israël dans cette zone. Ce qui n’est pas clair à mes yeux, c’est à quel point l’Iran insistera pour avoir un cessez-le-feu complet au Liban avant de signer un accord avec les Etats-Unis, ou acceptera - si les circonstances l’imposent - de se contenter d’un retour au statu quo d’avant mars.
Pour aller plus loin, lisez aussi : Désescalade à Beyrouth : derrière l'annonce de Trump, un Iran qui reprend la main au Liban ?
Quel est la force sur place qui va s’assurer de l’application de l'accord et qui n’a peur ni des israéliens ni du Hezbollah ?
Nous continuons avec la question de Vincent : Quelque soient les accords faits, tout réside dans l’exécution. Les uns et les autres feront tout pour le tourner à leur profit. Quel est la force sur place qui va s’assurer de l’application et qui n’a peur ni des israéliens ni du Hezbollah ?
Bonjour Vincent, c’est la question centrale en effet.
Le meilleur scénario serait le suivant à mes yeux : s’engager dans quelques mesures fortes qui permettent de prouver que le Liban est sérieux dans sa volonté de neutraliser le Hezbollah. Cela permettrait de gagner du crédit pour pouvoir négocier d’une part le retrait israélien, d’autre part le soutien des pays clés (Etats-Unis, Arabie Saoudite, France) dans la politique de recouvrement du monopole des armes. Mais si le Liban reste passif, et attend que la solution vienne de l’extérieur, elle se fera très probablement à nos dépends.
Qu'est ce que l'État Libanais négocie, s'il n'a aucune carte en main ?
La question suivante nous vient de Walid : Qu'est ce que l'État Libanais négocie, s'il n'a aucune carte en main ?
Bonjour Walid, merci pour votre question,
L'Etat n'a en tout cas pas d'autres cartes que celle des négociations. Celles-ci ont deux avantages importants à mon sens : permettre à l’Etat d’exister et obtenir, sur papier, la garantie d’un retrait complet de l’armée israélienne.
Le plus probable est malheureusement d'aboutir à un accord - qui ne serait pas forcément un mauvais accord pour le Liban - qui ne sera pas mis en œuvre par la suite.
Qui est supposé faire respecter l'accord ? Et comment sortir de l'impasse ?
Nous poursuivons avec la question de Camille : Lors des cessez-le-feu précédents et depuis 2024, Israël n'a jamais cessé ni bombardements ni destructions d'infrastructures civiles. Le gouvernement libanais parle aujourd'hui de la nécessité d'avoir des « garanties » pour que ces accords soient respectés, de quelles garanties parle-t-on ? Et qui est supposé les faire respecter ? De plus, le Hezbollah campe sur ses positions de ne pas bouger tant que l'armée israélienne ne s'est pas retirée du territoire, et celle-ci répond qu’elle ne quittera pas le sud du Litani avant le retrait du Hezbollah. Y a-t-il des propositions pour sortir de l'impasse ?
Bonjour Camille, merci d’être avec nous,
Israël n’a jamais respecté le cessez-le-feu signé en 2024. Pas plus qu’il ne respecte le cessez-le-feu à Gaza, ce qui montre la conception générale qu’il en a.
Le Liban a besoin de deux garanties : un réel respect du CLF, et un retrait progressif des forces israéliennes. Les Etats-Unis devraient jouer le rôle central pour les faire respecter mais comme vous le résumez très bien, chacun se renvoie la balle et l’on ne voit pas vraiment comment sortir de cette spirale. L’avantage de l’accord d’hier, c’est qu’il propose un chemin en plusieurs étapes. Washington semble avoir réalisé qu’il ne pourrait pas obtenir un désarmement complet du Hezbollah à court terme. En admettant que l’Iran donne son feu vert à cet accord, on peut imaginer un scénario qui permettrait effectivement le retrait du Hezbollah et des Israéliens de la zone en dessous du Litani et la mise en œuvre des zones pilotes. Mais même dans ce cas là, le Hezbollah restera armé dans le reste du pays. Comment les autorités libanaises comptent agir à ce moment-là ? Et comment espérer qu’Israël demeure passif si le Liban se contente de cela ?
Combien de temps cela va-t-il encore durer ?
Céline nous demande : Combien de temps cela va-t-il encore durer ? On n’a plus de nerfs ! On va à l’école avec la peur qu’à tout moment on ordonne une évacuation d’urgence. Et pourquoi ? Pour une guerre qui n’est pas la nôtre.
Bonjour Céline, merci d’être avec nous. Je crois que l’on est nombreux à ressentir cela, je ne sais pas si cela peut-être d’un quelconque réconfort.
Je ne vais pas vous rassurer. Je ne vois pas d’issues pour le moment. Il peut y avoir une trêve, un accord tactique, mais je ne vois pas de possibilité à court terme pour le Liban de se dégager complètement de l’emprise iranienne et de la présence israélienne. Pas que cela soit impossible, même si c’est très difficile, mais cela suppose une volonté de tenir dans la durée et d’être prêt, malheureusement, à en payer le prix.
Pourquoi quelqu’un s’attendrait-il à ce que cela fonctionne si le Hezbollah n’est pas consulté ?
Voici la question de Rick : Pourquoi quelqu’un s’attendrait-il à ce que cela fonctionne si le Hezbollah n’est pas consulté ? Est-ce que cela signifie que l’armée libanaise et Israël vont désormais travailler ensemble pour démanteler le Hezbollah ? Le cessez-le-feu paraît prometteur sur le papier, mais je ne vois pas comment il pourrait fonctionner concrètement en la pratique.
Bonjour Rick,
Chacun a ses calculs dans les négociations. Pour Israël c’est un moyen de faire pression sur les autorités libanaises et de les positionner comme des partenaires dans la lutte contre le Hezbollah. Pour les Etats-Unis, c’est l’occasion de régler un conflit alors que le dossier iranien paraît encore plus compliqué. Pour l’Etat libanais, c’est la possibilité d’avoir un rôle à jouer alors qu’il est totalement écarté depuis le début du conflit.
Mais aucun de ces trois acteurs n’est dupe de la réalité du terrain. Ils savent qu’in fine, cela dépendra essentiellement de Téhéran et de Tel Aviv.
Bien que le cessez-le-feu paraisse assez irréaliste à ce stade - mais l’on ne sait jamais - cet accord a le mérite de dessiner un chemin. L’idée de mettre en place des zones pilotes semble par exemple très intéressante et pourrait permettre à l’armée libanaise de se déployer dans un territoire évacué par l’armée israélienne et par le Hezbollah.
Ce ne sont toutefois que des solutions temporaires. Au delà-même du cessez-le-feu, le Liban doit résoudre deux équations presque insolubles :
- Comment désarmer un mouvement qui tient à ses armes comme à la prunelle de ses yeux sans passer par la confrontation - dont l’armée ne veut pas ?
- Comment parvenir au retrait total des forces israéliennes, et à la fin des bombardements, sans un désarmement préalable du Hezbollah ?
Comment faire pour que le Hezbollah ne s’infiltre pas de nouveau au sud du Litani ?
Nous débutons avec la question de Christina :
Comment se situe le Hezbollah face à la décision de son désarmement au sud du Litani et au projet de désarmement en général ? L’armée israélienne s’engage-t-elle à aider l’armée libanaise à reprendre sa place afin que le Hezbollah ne s’infiltre pas sur ces territoires de nouveau ?
Bonjour Christina, merci beaucoup pour votre question,
Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem vient de comparer l’accord en discussion à Washington à « un accord humiliant de capitulation ». Non seulement le Hezbollah n’acceptera pas son désarmement sur l’ensemble du territoire mais il n’acceptera pas non plus un cessez-le-feu unilatéral comme cela a pu être le cas entre novembre 2024 et mars 2026.
Si les négociations américano-iraniennes avancent, et que les deux parviennent à un accord, le Hezbollah pourrait toutefois accepter de faire des compromis tactiques au Liban, notamment un retrait de ses forces au sud du Litani. Mais cela suppose qu’Israël s’en contente - ce qui semble très improbable - et que son armée se retire en conséquence de cette zone.
L’accord préliminaire est une sorte de bouée de sauvetage au milieu d’un océan en pleine tempête. Mais sa mise en oeuvre dépend de trois conditions très improbables :
- Le fait que le Hezbollah accepte un accord qui demeure favorable à Israël et qui suppose une forme d’alliance indirecte entre l’Etat libanais et Israël
- Que les Israéliens se contentent d’un processus en plusieurs étapes, sachant que le précédent de 2024-2025 n’a pas de quoi les rassurer
- Que l’armée libanaise commence effectivement à mettre en œuvre sa décision de recouvrer le monopole des armes.
Bonjour à tous ! Nous allons débuter notre session de questions/réponses avec Anthony Samrani.
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C’est très compliqué pauvre Liban avec ces barbus vendus à l’Iran .
00 h 07, le 05 juin 2026