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Un monde de solutions (II)

Au Liban-Sud, une histoire d’osmose bio entre poissons, fruits et légumes

Aquaponie

À Maghdouché, un informaticien se met à l'aquaponie, une technique agricole qui conjugue élevage de poissons et culture de végétaux.

20/09/2014

Au domicile de Raïf Chabab à Maghdouché, un beau village du Liban-Sud, une famille souriante et affable accueille les visiteurs. Le père est informaticien, sa femme est enseignante et les quatre enfants sont débordants de vie. Mais derrière cette façade de famille on ne peut plus normale, il y a la passion peu commune du jeune père pour une technique agricole de pointe, l'aquaponie. Dans le petit jardin derrière la maison, un mur de végétaux en témoigne. Un mur qui garde tout son mystère pour l'œil du profane, du moins jusqu'à ce que l'homme qui s'est réinventé dans l'agriculture explique la teneur de son activité, racontant au passage comment il en est arrivé là.


«Ma femme me dit souvent que les gens insatisfaits changent le monde», dit d'emblée ce Libanais d'une quarantaine d'années. Nous avons passé plusieurs années au Canada. C'est durant ce séjour que j'ai entendu parler d'hydroponie, la culture des plantes par de l'eau enrichie en matières minérales, puis d'aquaponie, un procédé au cours duquel l'eau est enrichie de déjections de poissons qui servent d'engrais au végétal cultivé. De retour au bercail en 2008, j'ai décidé de me lancer dans cette aventure pour cultiver le petit terrain adjacent à ma maison. Je me suis énormément documenté sur cette technique, n'ayant à la base aucune formation en agriculture», explique-t-il


Plusieurs mois durant, chaque soir après le travail, Raïf Chabab travaille à l'installation du système qui allait lui donner ce mur de légumes et de fruits. Il a lui-même adapté les réservoirs qui permettent à la technique de se mettre en marche. Les poissons se trouvent dans un grand réservoir blanc. «J'ai opté pour le tilapia, une espèce que j'ai préférée aux truites car elle s'adapte mieux aux températures de notre pays. Il y a 350 poissons dans ce bac, de 250 grammes chacun», explique-t-il.

 

 

Des talents d'équilibriste
Dans ce premier réservoir, un filtre va séparer les déchets solides des déjections liquides des poissons. L'eau ainsi obtenue, riche en ammoniaque, est acheminée vers un second réservoir. «C'est là, dans ce biofiltre, que s'opère une transformation biologique et chimique, poursuit Raïf Chabab. On y ajoute de l'oxygène, qui attire naturellement une des bactéries nécessaires à la transformation. Il faut en tout deux sortes de bactéries pour faire de l'ammoniaque (NH3 et NH4), du nitrite (NO2), puis du nitrate (NO3).»
C'est cette eau qui sera ensuite drainée pour irriguer les plantes. Celles-ci, en absorbant par leurs racines cette eau riche en fertilisants, vont la purifier, et la même eau va être réacheminée vers le bac à poissons. Le cercle vertueux est lancé.


«C'est un même écosystème qui est ainsi créé, explique Raïf Chabab. S'il n'y a pas de plantes ou pas assez, l'eau ne sera pas suffisamment purifiée des déjections et le taux de nitrate augmentera de manière incontrôlée, rendant l'eau des poissons toxique. D'un autre côté, s'il n'y a pas assez de poissons, l'eau ne sera pas assez riche pour bien nourrir les plantes qui ne sont pas plantées dans le sol. Si le système fonctionne, les deux sont en bonne santé. Il faut qu'il y ait continuellement un équilibre entre le nombre de poissons et le nombre de plantes.»
Équilibre au niveau de l'eau aussi: «L'eau qui passe par les filtres pour subir les transformations ne doit être ni trop alcaline ni trop acide, ce qui, le cas échéant, mettrait les plantes comme les poissons en danger», souligne M. Chabab.

 

Des laitues sur le toit poussant directement dans l'eau qui passe par les tuyaux.

 

Du bio avec 90% d'eau en moins
Pour l'agriculteur (pas si) amateur, l'aquaponie présente beaucoup d'avantages par rapport à l'agriculture traditionnelle, notamment pour l'environnement. «Comme l'eau circule en circuit fermé et que les seules quantités perdues sont celles absorbées par les plantes ou celles qui s'évaporent, l'aquaponie permet une économie de 90% d'eau», affirme-t-il.


«Par ailleurs, cette technologie exclut naturellement toute utilisation de pesticides ou de fertilisants artificiels parce que ceux-ci affectent la qualité de l'eau et mettent les poissons en péril», poursuit-il.
Raïf Chabab évoque aussi l'économie d'espace. En aquaponie, les plantations ne nécessitent pas la présence de sol, contrairement à l'agriculture traditionnelle. Les plantes poussent soit directement dans l'eau (c'est le cas des laitues par exemple), soit sur un médium neutre, c'est-à-dire ni alcalin ni acide. L'informaticien utilise des boulettes d'argile. Cette technique peut donc être facilement installée à la verticale, comme c'est le cas chez les Chabab, ou sur les toits... contrairement aux superficies horizontales requises pour l'agriculture traditionnelle.


Les produits obtenus sont d'une qualité exceptionnelle, que leur confèrent les fertilisants de poissons, ce qui les rend très résistants aux maladies. Last but not least, on récolte deux sortes de bénéfices, autant par les poissons (qu'on peut vendre ou consommer) que par les plantes.
Sur son mur végétal, Raïf cultive 20 plants de concombres, 280 de haricots verts, 13 de fraises, 28 de laitues. «Pour l'instant, je ne les commercialise que dans le village, je n'ai pas les quantités suffisantes pour le faire ailleurs, raconte-t-il. Mais je peux dire qu'ils ont un succès fou. Je vends tout ce que je récolte à un prix supérieur à celui du marché, et on m'en redemande.»

 

Les haricots de Raïf Chabab produits grâce son système d'aquaponie. Photos Anne Ilcinkas

 

Le passé et l'avenir
L'aquaponie n'a toutefois pas que des avantages. «L'investissement initial pour l'installation du système est substantiel, explique Raïf Chabab. J'ai dû débourser pas moins de 4000 dollars rien que pour ce mur de 3,5 m de haut et 12 m de large, sans compter les frais résultant des erreurs en cours de route. Et encore, j'ai adapté les réservoirs et le biofiltre moi-même! Les frais d'alimentation de ces poissons sont également élevés, l'État libanais ne subventionnant que l'élevage des truites.»
Ce système nécessite aussi une alimentation en courant 24 h/24, d'où une facture non négligeable et des difficultés dans un pays où les coupures sont fréquentes. Il déplore aussi avoir dû, jusqu'à nouvel ordre, utiliser des tuyaux en PVC pour la circulation de l'eau. Il compte les remplacer, à terme, par des produits en plastique HDPE, plus écologiques et plus durables, bien que plus chers.
Raïf Chabab ne peut certifier qu'il soit le premier ni même le seul à pratiquer ce genre d'agriculture au Liban, mais il espère que cette technique, dans laquelle il croit fermement, se répandra dans le pays. «Pour ma part, j'espère pouvoir agrandir mon exploitation», dit-il. Il montre tour à tour une surface plantée de manière traditionnelle dans son petit jardin, puis le mur d'aquaponie. «D'un côté le passé, de l'autre l'avenir, dit-il. J'aimerais adapter toute la superficie que je possède à l'aquaponie, mais il me faut un sponsor susceptible de couvrir un projet à hauteur de 50000 dollars, pour environ 500 mètres carrés. J'espère en trouver, je crois que mon expérience peut être utile à d'autres. L'introduction de l'aquaponie et son développement au Liban ne peuvent être que bénéfiques.»

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C'EST UNE OSMOSE... QUI S'OSE... DE POISSONOSE, DE FRUTOSE ET DE LÉGUMOSE... ESPÉRONS LE TOUT SANS "OSE"... BRAVO À L'ICHTYOLOGISTE... FRUTOLOGISTE ET LEGUMOLOGISTE ! EXEMPLE À SUIVRE...

Ma Fi Metlo

Impressionnant ! bravo . Mais rien ne vaut le poisson d'eau de mer qui restera meilleur au gout .

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