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Un monde de solutions (II)

Un ado en guerre contre les déchets plastiques dans les océans

Environnement

Contre vents et marées, Boyan Slat a mis en œuvre son idée hors du commun pour nettoyer les océans. Grâce au soutien de nombreux experts, sa fondation, The Ocean Cleanup, prévoit de débarrasser les mers de tonnes de déchets plastiques.

Christopher F. SCHUETZE | Sparknews/OLJ
20/09/2014

En 2011, à l'âge de 16 ans, Boyan Slat découvre que des quantités alarmantes de plastiques flottent dans la mer Égée alors qu'il fait de la plongée avec sa famille en Grèce. Écœuré, Boyan pense, comme tant d'autres, qu'il faut agir.
Mais contrairement à tant d'autres, Boyan non seulement agit, mais trouve une solution.
«Quand je me consacre à quelque chose, je ne m'arrête qu'une fois mon but atteint», affirme-t-il à Delft dans les bureaux d'Ocean cleanup, l'organisme à but non lucratif qu'il a créé pour nettoyer les océans des tonnes de plastique qui les polluent.


Après son voyage en Grèce, Boyan mène une expérience avec un camarade de lycée pour mesurer la pollution plastique en mer du Nord. Les résultats ne sont pas concluants – leur outil de mesure a été endommagé par les courants –, mais ils décrochent une bonne note et, surtout, sont mentionnés dans les colonnes d'un petit quotidien de Delft. Un organisateur local des conférences TEDx Talk tombe sur l'article et, intéressé, demande à Boyan de présenter ses résultats, ce qui lui permet d'approfondir son idée: au lieu de se limiter au repêchage du plastique avec des filets, il pense un système de nettoyage passif qui utiliserait les courants et le vent pour piéger les déchets contre une barrière.

 

Le petit prodige néerlandais Boyan Slat.


Après son exposé, bien accueilli, il décide de rassembler une centaine de spécialistes – des ingénieurs offshore, des experts du droit maritime, des écologistes, des biologistes des milieux marins – afin de tester, optimiser et finalement construire son dispositif. Un bon nombre d'entre eux participent à titre bénévole. Une dizaine de personnes, néerlandaises pour la plupart, travaillent à plein-temps pour superviser et coordonner le projet.
Leur solution est une barrière flottante en forme de V qui s'enfonce à trois mètres environ sous la surface de l'eau. Elle piège le plastique tout en épargnant la faune, puis conduit les déchets vers une plate-forme d'extraction fonctionnant à l'énergie solaire.

L'objectif est d'installer ce dispositif de 100 km de large d'ici à 2020 entre la Californie et Hawaï, près de la «grande plaque de déchets du Pacifique». Le budget nécessaire est estimé à 300 millions de dollars, un coût 33 fois inférieur à l'utilisation de navires équipés de filets, selon Boyan. Il pourrait ensuite être reproduit ailleurs.
L'extraction se fait grâce à un outil, sorte d'aspirateur et de pelle sophistiqués, construit par le jeune néerlandais et son équipe.

 

 

 Détermination
Pour en arriver à ce niveau de son projet, le jeune Néerlandais amateur a dû faire preuve de détermination. En 2013, affirme-t-il, il a envoyé environ 13000 courriels.
«Lorsqu'un jeune homme de 17 ans vous contacte pour vous décrire son projet, c'est plutôt déconcertant, car un grand nombre de personnes se sont déjà attaquées au problème», avoue Santiago Garcia Espallargas, qui travaille à la faculté d'aérospatiale de la prestigieuse Technical University, à Delft.
Santiago Garcia Espallargas est l'un des experts à qui Boyan a présenté ses idées. «Sa terminologie n'était pas tout à fait au point, poursuit Santiago Garcia, mais il était réellement prêt à explorer de nouveaux domaines. C'était un très jeune étudiant qui avait des idées pour changer le monde.»
Si le jeune âge de Boyan a fait beaucoup de bruit, l'intéressé ne trouve rien d'anormal à un projet si ambitieux. «Ce n'est pas comme si nous avions voulu faire (de mon âge) un outil de communication», précise-t-il. Il admet néanmoins qu'au tout début, sa jeunesse a été un atout pour contacter des spécialistes: «Si j'avais 40 ans, je pense que tout aurait été beaucoup plus difficile.»
En outre, une fois que le projet de Boyan a commencé à prendre forme et à attirer l'attention des médias, la tendance s'est inversée, et ce sont les spécialistes qui sont venus frapper à sa porte. «Les personnes les plus motivées sont celles qui sont directement confrontées au problème, comme les marins et les plongeurs», explique Jan de Sonneville, ingénieur principal d'Ocean Cleanup.

 

 

La solution : une barrière flottante en forme de V qui descend à trois mètres environ sous la surface de l'eau.

 

Étude pilote
Si les estimations varient, Greenpeace affirme que 10 millions de tonnes de plastique finissent chaque année dans les océans. Cette masse provient à 80% des terres, mais le reste est issu de navires commerciaux qui perdent leur cargaison ou qui déversent leurs déchets illégalement. Avec les courants, le plastique a tendance à s'accumuler pour former de grandes plaques, très loin des côtes. La plus grande se trouve dans le Pacifique, elle fait la taille du Texas, selon Greenpeace. Elle a été qualifiée, dans les médias, de 7e continent. Le plastique est une menace à plusieurs niveaux: les oiseaux, les mammifères et les poissons l'avalent ou se retrouvent piégés dans les grandes plaques. En se décomposant, le plastique se transforme en outre en fragments toxiques qui finissent par entrer dans la chaîne alimentaire.
Tout le monde n'est pas convaincu par le projet de Boyan. L'une des principales critiques est l'incapacité de la barrière à attraper les plus petits fragments. Selon Jan de Sonneville, le système permet toutefois d'intercepter le plastique avant qu'il ne se fragmente.


Au printemps 2014, The Ocean Cleanup a publié une étude de faisabilité de 530 pages, qui décrit de façon extrêmement détaillée les défis que pose ce projet et les solutions qu'il apporte, des implications juridiques d'un système ancré dans le Pacifique pour collecter les déchets, aux méthodes de recyclage du plastique
récupéré.
Lors de la rédaction de cet article, la dernière campagne de financement participatif de la fondation avait permis de collecter près de 70% de son objectif – deux millions de dollars (1,5 million d'euros). Cet argent, associé à des dons en nature comme l'utilisation gratuite d'équipements techniques ou des heures de travail d'ingénieurs spécialisés, permettra de financer l'étude pilote, qui comprend notamment des modèles réduits du dispositif.

 

 

 

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Halim Abou Chacra

Telle est l'adolescence en Europe. Alors que dans les pays arabes, il n'y a que dictateurs sanguinaires et des cheikhs de m... qui endoctrinent les adolescents pour en faire des daechistes coupeurs de têtes ! Une "légère" différence.

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