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À La Une - Révolte

Régime et rebelles se partagent déjà la Syrie

La victoire de telle ou telle partie est une « illusion », selon les observateurs.

La zone de Khaldiyé à Homs, complètement dévastée par un mois de raids et de combats incessants. Sam Skaine/AFP

La victoire à Homs de l’armée d’Assad qui intervient après des gains de la rébellion dans le Nord et dans le Sud est un nouveau signe de la volonté des belligérants de se partager la Syrie avant une conférence de paix internationale à Genève.
« Le régime, ayant consolidé sa victoire à Homs, contrôle toute la région qui va de Damas aux zones côtières », affirme ainsi Karim Bitar, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), précisant que « les rebelles de leur côté contrôlent le Nord et la vallée de l’Euphrate (Alep, Raqqa, Deir ez-Zor) et les Kurdes, de plus en plus autonomes, le Nord-Est ».

 

Le régime syrien avait annoncé lundi la prise d’un quartier rebelle clé de Homs au terme d’une violente offensive d’un mois, un nouveau succès militaire pour Bachar el-Assad. Il s’agit du deuxième succès militaire pour le régime en moins de deux mois : le 5 juin, l’armée avait pris Qousseir, ville de la province de Homs tenue par les rebelles pendant un an.
Mais chaque camp enchaîne succès et défaites. Avant Homs, les rebelles avaient avancé ces récentes semaines dans la province septentrionale d’Alep, en prenant notamment la ville de Khan el-Assal après avoir tué 150 soldats selon une ONG, mais aussi dans la région de Deraa. « Les positions ne devraient donc plus beaucoup évoluer dans l’immédiat et sont désormais assez claires en attendant un éventuel sommet de Genève-2 » prôné par Washington et Moscou, indique M. Bitar. « Mais plus ce sommet tardera à avoir lieu, plus l’État syrien unitaire sera menacé, puisqu’on voit aujourd’hui des législations différentes, des drapeaux différents, des économies locales, des administrations locales », précise-t-il. Selon lui, « on ne voit pas trop les incitatifs qui pourraient être offerts aux différentes parties lors des négociations pour qu’elles renoncent à leurs acquis d’aujourd’hui et qu’elles reviennent ensemble dans un giron national unitaire ».

« Khan el-Assal contre Homs »
Selon les analystes, la prise de tel quartier ou telle localité ne signifie plus une réelle victoire pour les uns ou pour les autres. « Il faut voir les choses en face : nous sommes dans une impasse et chaque victoire du pouvoir ou de l’opposition est une victoire à la Pyrrhus » avec un coût dévastateur pour celui qui l’emporte, estime Khattar Abou Diab, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université Paris-Sud. « Gagner aujourd’hui quelques km2 ne résout rien », selon lui. « L’Occident empêche le régime de l’emporter et la Russie, la Chine et l’Iran adoptent la même attitude envers l’opposition. Il n’y aura pas donc pas de vainqueur ni de vaincu ».

D’après le politologue, « le conflit syrien est devenu une fusée à trois étages : l’étage local, l’étage régional et l’étage international, avec au niveau le plus haut les acteurs russe et américain ». Malgré l’optimisme du secrétaire d’État américain John Kerry, la tenue de Genève-2 semble difficile en raison des désaccords majeurs sur son objectif et ses participants, ainsi que de la poursuite de la guerre sur le terrain. « Sans un deal global entre Russes et Américains, rien ne se règlera et cela demande un engagement personnel de Barack Obama et de Vladimir Poutine car nous sommes dans un conflit où se dessine le visage du Proche-Orient pour les prochaines années, si ce n’est pour les prochaines décennies », assure M. Abou Diab.


Pour Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui possède un vaste réseau d’informateurs issus des deux bords en Syrie, « chaque camp pense qu’il peut prendre le dessus. C’est une illusion ». « Les États qui arment les rebelles en croyant qu’ainsi ils peuvent créer un équilibre sur le terrain ne sont pas sérieux. Ils veulent plutôt une partition. » Chez Abou Bilal, un militant antirégime dans la vieille ville de Homs encore tenue par les rebelles, pointe l’amertume. « C’est clair. Il y a eu un échange Khan el-Assal contre Homs. » « Tous se jouent de nous, et à la fin, c’est nous qui sommes les perdants. »

Raids meurtriers, encore...
En attendant, les violences sur le terrain ne semblent pas vouloir baisser d’intensité. Au moins 11 enfants, dont sept fillettes, ont ainsi été tués hier dans des raids de l’armée de l’air contre une mosquée de la localité d’Anadane dans la région d’Alep, selon l’OSDH, précisant que le bilan pouvait s’alourdir en raison du grand nombre de personnes grièvement blessées. Dans le centre du pays, sept membres d’une même famille, dont quatre enfants, ont également été tués dans un bombardement dans la nuit sur le village voisin de Tirmaalé. Il s’agissait de déplacés de Khaldiyé, le quartier rebelle de Homs tombé lundi aux mains de l’armée syrienne.


À Damas, le ministre des Biens religieux, Mohammad Abdel Sattar Sayyed, a rejeté les accusations de l’opposition selon lesquelles l’armée syrienne, lors de son offensive à Khaldiyé, avait détruit par des obus le mausolée de Khaled ben Walid, un compagnon de Mohammad. « Nous n’allons pas répondre à ces accusations, mais c’est une charge explosive qui a détruit » le mausolée, a dit le ministre, affirmant que la mosquée attenante était alors entre les mains des rebelles. « Nous ne pourrons protéger les sites religieux tant que les groupes armés n’auront pas été expulsés », a-t-il lancé. Et près de l’aéroport international de Damas, des rebelles islamistes ont abattu lundi soir un hélicoptère grâce à un missile antiaérien « sophistiqué », selon l’OSDH, tandis que la chaîne al-Arabiya affirmait que les rebelles avaient pris un pont stratégique sur la route de l’aéroport.


À la frontière syro-turque, les forces armées turques ont dispersé un millier de personnes qui tentaient de faire passer du carburant en contrebande en Syrie, sans qu’aucune victime ne soit toutefois recensée, rapportait hier l’armée.
Sur le plan humanitaire, le Programme alimentaire de l’ONU a indiqué à Genève n’avoir réussi à atteindre que 2,4 millions de personnes en Syrie au mois de juillet, au lieu des 3 millions prévus. De nombreuses zones sont devenues inaccessibles à cause de la recrudescence des conflits, ce qui entrave la distribution de nourriture, a expliqué l’agence humanitaire pour la lutte contre la faim dans le monde. L’agence humanitaire a aussi annoncé avoir besoin de 29,3 millions de dollars par semaine pour aider 7 millions de Syriens dont 4 millions à l’intérieur du pays et 3 millions de réfugiés dans les pays voisins.

 

 

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