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Moyen Orient et Monde

Les enfants d’Alep ont oublié la vie normale

Reportage Les écoles étant fermées, les plus jeunes jouent ou travaillent sous les tirs et les bombardements.
AFP
09/04/2013

« Goal ! Goal ! » : ce sont des enfants, et comme tous les enfants, ils jouent au football. Mais à Alep, leur ville ravagée par la guerre, le terrain de ces jeunes Syriens est au beau milieu d’un no man’s land, à trois immeubles de la ligne de front. Dans la cour d’une école détruite par les bombardements, ils se lancent le ballon sans trop prêter attention aux tirs des snipers des rebelles et du régime de Bachar el-Assad.


Dans les quartiers populaires d’Alep, secouée par la guerre depuis neuf mois, les garçons qui travaillaient dès l’adolescence n’étaient pas une exception. Mais le conflit a achevé ce qui restait de l’enfance dans cette ville de tradition commerçante. « Ils ont oublié, et dans le cas des tout-petits, n’ont même pas connu ce que c’est que la vie normale. Ils ne connaissent plus que la guerre », déplore un commandant rebelle dans la vieille ville. « Leurs modèles, ce sont les jihadistes qui se font exploser. »


Partout on croise des gamins vendant des cigarettes ou des gâteaux au miel à des rebelles en armes, près de pick-up surmontés d’armes lourdes. Dans un tel environnement, ils sont devenus « experts » en armes. À chaque fois qu’une explosion résonne, même les plus jeunes font désormais la différence entre un obus de mortier, une roquette et un tir de char. « Quand il y a un avion, on monte sur le toit pour le voir bombarder », dit Ibrahim, 11 ans. Dans le regard de son père, on lit la fierté. « Mon fils est devenu un homme très tôt », dit-il. « Il ne lui manque qu’une chose, de l’éducation, car il n’y a plus d’écoles », rétorque sa femme. Selon l’Unicef, une école sur 5 a été détruite en Syrie. Parmi les petits vendeurs d’Alep, la seule évocation de l’école les fait partir dans un rire amer : « Quelle école ? Toutes nos écoles ont été écrasées sous les bombes. On n’y va plus depuis un an », lance Ahmad, 12 ans.
« Nous au front, on mène un jihad. Les femmes mènent un plus grand jihad car elles ont entre leurs mains l’éducation des générations futures, l’avenir de toute la Syrie », affirme un rebelle qui a laissé femme et enfants dans son village du Nord syrien pour combattre à Alep.


Selon l’Unicef, plus de 2 millions d’enfants sont touchés par la crise et pourraient être en passe de devenir une « génération perdue » faute de soutien international. La plupart souffrent du choc psychologique d’avoir vu des membres de leur famille se faire tuer, d’avoir été séparés de leurs parents, et d’être terrifiés par la menace constante de bombardements, d’après l’organisation. Samedi, au moins neuf enfants ont péri dans un raid aérien à Cheikh Maqsoud dans le nord de la métropole. En plus d’être exposés en permanence aux armes et à la violence, ces enfants n’ont parfois plus d’autre issue que de mendier ou de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille.
Dans un garage du quartier populaire de Maslakh, Yehya, 9 ans, est penché sur le capot d’une voiture puis contemple le bâtiment de l’autre côté de la rue. « C’était mon école, elle est fermée depuis un an. Depuis, je fais de la mécanique automobile », explique-t-il. « Mon père est au front, il combat les soldats d’Assad. Nous sommes 11 enfants à la maison, et pour nous nourrir, la plupart de mes frères travaillent », raconte-t-il. Toute la journée, il travaille dans ce garage pour 200 livres syriennes (environ deux dollars) par semaine. Le soir, il rentre pour dormir. « Jouer ? Quand je reviens à la maison, je n’ai ni le temps ni la force de jouer », lâche-t-il.


D’autres ont moins de chance que Yehya. À l’aube à Alep, ils sont des dizaines d’enfants à arpenter les tonnes de déchets qui s’amoncellent pour tenter de grappiller quelque chose à manger ou à revendre pour quelques livres syriennes.

 

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Pierre Hadjigeorgiou

Les nôtres aussi a cause de leurs papa qui venait faire les 400 coups contre nous! Triste mais il y a bien un bon Dieu!

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