X

À La Une

La Syrie, nouvelle destination pour apprentis jihadistes français

Eclairage "Ceux qui reviennent peuvent représenter un vrai danger : ils sont auréolés du combat et captent l'attention d'un certain nombre de jeunes".
OLJ/AFP
26/07/2013

"Oh mes frères d'Allah, de France, d'Europe ou du monde entier, le jihad en Syrie est obligatoire", clame Nicolas B. un Français converti âgé de 30 ans dans une vidéo récemment postée sur internet. En treillis, aux côtés de son demi-frère, il prétend mener le combat pour restaurer un califat dans ce pays, où une insurrection hétéroclite se bat depuis 2011 contre le régime de Bachar el-Assad.

 

Jeunes, peu aguerris et en quête d'identité, environ 200 Français, selon Loïc Garnier, chef de l'unité de coordination de la lutte antiterroriste en France (UCLAT), ont tenté depuis un an et demi de mener le jihad en Syrie, sous l'oeil des autorités françaises inquiètes d'un éventuel risque terroriste à leur retour. Une étude du King's College et le ministère français de l'Intérieur évoquent 600 combattants européens.

 

Certains sont restés en transit, d'autres sont entrés en Syrie mais n'ont pas toujours réussi à s'engager. "Les groupes islamistes ne veulent pas se faire infiltrer et ces gens ne sont pas formés : le volontariat, c'est bien mais il faut un minimum de connaissances dans le maniement des armes pour être efficace", explique M. Garnier.

Il s'agit généralement d'hommes entre 20 et 30 ans, souvent d'origine maghrébine et de culture musulmane, décrit-il. "Il y a des convertis, mais ils sont loin d'être la majorité". Par contre, la plupart "sont en situation d'exclusion sociale. Ils trouvent dans ce combat une nouvelle identité, une raison de vivre."

 

La Syrie est devenue la principale destination de ces apprentis jihadistes parce qu'elle est facile d'accès, sans visa, par la frontière turque totalement poreuse. Au coeur du Moyen-Orient, la Syrie est également plus emblématique que le Mali ou la Somalie où seule une poignée de jihadistes français ont été identifiés. Contrairement à l'Irak ou l'Afghanistan enfin, aucune armée occidentale n'est présente sur place, mais le régime de Bachar el-Assad est chiite, alors que l'écrasante majorité des musulmans français sont sunnites.

 

 

(Pour mémoire : La Belgique et la Turquie en guerre contre les recruteurs de salafistes)

 

 

Pour s'y rendre, des réseaux de recrutement et d'entraînement existent bien dans le monde arabe, notamment en provenance de Tunisie et de Libye. "Mais ce n'est pas le cas en France", note Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

Les contacts se prennent sans formalités, sur internet, et nombre des volontaires partent à l'aventure, sans point de chute. Sur place, une partie meurent, d'autres font rapidement demi-tour face à la réalité d'une guerre sanglante pour laquelle ils ne sont ni formés ni équipés.

 

Malgré tout, "ceux qui reviennent peuvent représenter un vrai danger : ils sont auréolés du combat et captent l'attention d'un certain nombre de jeunes", relève Jean-Charles Brisard, consultant international, spécialiste des questions liées au terrorisme. "Ils peuvent ensuite facilement basculer dans le prosélytisme et la violence."

 

 

(Pour mémoire : Des talibans pakistanais combattent désormais en Syrie)

 

 

Conscientes de ce risque, les autorités tentent de les surveiller de près. "Mais nous ne savons pas toujours quand ils rentrent", admet le chef de l'UCLAT. "Ensuite, si on veut engager un processus judiciaire, il faut prouver qu'ils ont commis là-bas des actes relevant du terrorisme et ce n'est pas si simple", dit-il.

 

Contrairement à l'Afghanistan, où les combattants ralliaient les rangs d'el-Qaëda ou des Talibans, classés comme terroristes, les jihadistes de Syrie peuvent se battre aux côtés de groupuscules inconnus ou prétendre avoir aidé l'Armée syrienne libre (ASL), soutenue par l'Occident.

Seule une douzaine de personnes, soupçonnées d'avoir participé au jihad en Syrie, font actuellement l'objet d'une enquête préliminaire ou d'une enquête judiciaire, selon une source judiciaire.

 

Quant aux autres, la France n'a pas les moyens de les garder à l'oeil en permanence, souligne Alain Chouet, ancien haut responsable au sein de l'espionnage français et auteur de "La Menace islamiste".

Le contre-espionnage "n'a que 4.000 employés", précise-t-il. "Or, pour surveiller une personne 24 heures sur 24, il faut une équipe de 15 à 20 personnes."

 

 

Pour mémoire

Syrie : Al-Nosra dit rejeter élections et partis politiques

 

« Les Kurdes ne veulent pas que les forces islamistes dominent leurs régions »

 

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Jaber Kamel

Pas beaucoup de commentaires à cet article pourtant hyper sensible !

Jaber Kamel

Ah non , mais hollandouille les a qualifié de combattants français de la liberté , en opposition à ceux qui combattaient au Maghreb/sahel et qui étaient "des français égarés". Faut pas vous en faire en europe décadente ; hollandouille a réglé ce problème !!! flanqué de Fabius délégué pour une autre politique ...

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Entre Hariri et Bassil, l’entente vacille, mais ne tombe pas

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué