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Culture - Festival D'avignon

Arabe ou pas arabe, c’est toute la question !

Le Festival d’Avignon, plus importante manifestation de théâtre et de spectacle vivant du monde, se termine avec une fréquentation record et des critiques sur la programmation arabe à l’honneur cette année. 

Le spectacle d’Aurélie Charon « Radio Live » a fait entendre des voix arabes à Avignon. © Christophe Raynaud de Lage/festival d'Avignon

Le Festival d’Avignon qui se termine ce samedi 26 juillet aura mis à l’honneur la langue arabe, après l’anglais et l’espagnol pour les éditions précédentes. Un choix assumé dans une société française clivée depuis le début de la guerre à Gaza. La cause palestinienne a d’ailleurs traversé tout le festival à travers des débats, manifestations et prises de parole durant ou avant les spectacles. Mais si le festival a porté haut une liberté d’expression arabe malmenée ces derniers temps en Europe, des critiques ont toutefois fusé sur le choix de la programmation privilégiant la danse au théâtre et ne donnant pas beaucoup à entendre la langue arabe.

« Nous sommes tombés amoureux de la danse », se défend Tiago Rodrigues, directeur du festival. Effectivement, cette édition s’est ouverte avec l’adaptation des Mille et Une Nuits de l’artiste cap-verdienne Marlene Monteiro Freitas avec la danse et la musique. Le chorégraphe libanais Ali Chahrour a présenté sa dernière création : When I Saw the Sea/Quand j’ai vu la mer, qui met en avant trois femmes éthiopiennes, employées de maison. À travers leurs récits, c’est tout un système d’esclavage moderne qui est dénoncé. Puis le danseur marocain Radouan Mriziga nous a fait traverser avec Magec/The Desert son désert peuplé de mythes et d’animaux étranges. Bouchra Ouizguen, Marocaine également, a fait danser des hommes amateurs jusqu’à la transe sur le parvis devant le Palais des Papes. De belles créations, mais où l’on cherchait effectivement la langue arabe.

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La langue arabe dans toute sa richesse

Il a fallu attendre plus de dix jours après le démarrage du festival pour entendre véritablement la langue arabe. Non par le texte théâtral, mais par la poésie. Soit ! On ne boude pas son plaisir, car le bonheur a été grand de goûter enfin à la richesse de cette langue dans toutes ses composantes littéraires et ses nombreux dialectes, du Liban avec Saïd Akl jusqu’au Maghreb. Le temps d’une soirée, organisée avec l’Institut du monde arabe dans la cour du lycée Saint-Joseph, l’un des nombreux lieux d’Avignon transformés en théâtre pendant le festival, nous avons assisté à une veillée poétique intitulée Nour. Lumière diffusée par la poésie antéislamique mais aussi par les poètes et surtout poétesses d’aujourd’hui. L’ancienne ministre française de la Culture, Rima Abdul Malak, consultante en poésie du spectacle avec Farouk Mardam-Bey, confie : « Il me tenait à cœur de mettre en avant les femmes poétesses comme la Syrienne Hala Mohammad, Joumana Moustapha, une poétesse palestinienne intense, ou Rima Battal, Franco-Marocaine. Je voulais aussi des voix de la jeune génération. J’ai par exemple découvert un jeune poète de Gaza de 22 ans, Mohammad el-Koudoua. Il est aussi sur scène. »

À Avignon, une veillée poétique intitulée « Nour » avec pas moins de 24 interprètes sur le plateau. © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
À Avignon, une veillée poétique intitulée « Nour » avec pas moins de 24 interprètes sur le plateau. © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon


Radhouane el-Meddeb, le metteur en scène franco-tunisien, a orchestré ainsi tout ce monde, pas moins de vingt-quatre interprètes sur le plateau, aux côtés de Julien Colardelle à la direction musicale. En préambule, ils ont lu un texte en arabe puis en français dénonçant le génocide des Palestiniens à Gaza. Le ton est donné ! Place à la poésie et à la liberté de pensée. Les mots sont déclamés, chantés. La musique et la voix alternent et fusionnent. Un enchantement ! De la passion dont brûlent les vers d’al-Hallaj et la puissance du verbe d’al-Moutanabbi, respectivement des IXe et Xe siècles jusqu’aux poèmes d’aujourd’hui charriant les thématiques de l’exil, de la résistance, de la guerre dont sont marqués le XXe siècle et le début du XXIe. On entend résonner la voix à nulle autre pareille de Mahmoud Darwiche accompagnée par la guitare de Rodolphe Burger. Des artistes moins connus de la scène française ont subjugué l’assemblée. La chanteuse tunisienne Emel Mathlouti, petite silhouette vêtue de blanc, ou encore Lyn Adib, la très gracieuse chanteuse syrienne, ont envoûté les festivaliers. Jusqu’à la liesse finale où les artistes sont venus saluer avec le drapeau palestinien devant un public debout qui les a ovationnés.

Une scène de « Radio Livre » d'Aurélie Charon. © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
Une scène de « Radio Livre » d'Aurélie Charon. © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon


Une pièce qui donne un visage aux victimes des guerres

Dans un tout autre genre, le spectacle d’Aurélie Charon, Radio Live, a aussi fait entendre des voix arabes et a été l’un des moments forts du festival. Une pièce conçue en trois volets, d’environ deux heures et demie chacun, et que l’on peut voir en partie ou dans son intégralité. La metteuse en scène a invité dans une sorte de théâtre documentaire des jeunes de Gaza, du Liban, de Syrie mais aussi de Bosnie-Herzégovine, de l’Ukraine, du Rwanda et une Franco-Marocaine d’Avignon. Tous racontent leurs récits avec la guerre en toile de fond. Mais ce n’est pas cette dernière qui est l’héroïne de l’histoire, c’est plutôt la vie qui se cache dans les interstices laissés par les massacres et la mort. Une vie qui se joue de la fatalité et où percent des projets utopiques comme la création d’une école laïque intitulée « Esprits libres » dans le Hermel au Liban, à la frontière avec la Syrie. Une école gérée à égalité par les professeurs et les élèves. C’est le projet de Rayane Jawhary, institutrice du Hermel, qui croit dans les valeurs de l’éducation nouvelle. Une façon pour elle de construire son pays et où les enfants apprennent à devenir des citoyens libres de leurs choix. Nous écoutons ainsi les récits racontés par chacun des protagonistes sur scène et nous faisons des allers-retours dans leurs pays respectifs grâce à la vidéo.

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Waël Kaddour : une pièce qui questionne

Parmi les spectacles les plus subtils de la programmation arabe, s’inscrit certainement Chapitre quatre du Syrien Waël Kaddour, dans le cadre très expérimental du « Vive le sujet ! Tentatives ». Cette proposition de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques invite les artistes à présenter des ébauches ou des expérimentations d’une demi-heure et on y trouve souvent des pépites. L’artiste syrien dialogue sur scène avec une intelligence artificielle supposée traduire la pensée d’un metteur en scène soudanais sur son adaptation d’une pièce d’Ibsen. Les propos en arabe ne sont pas traduits, ce qui rebute une grande partie des spectateurs. Mais l’arabe, deuxième langue la plus parlée en France, est-elle une langue entendue ? Et voit-on réellement en Occident ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux à Gaza ? Ce sont peut-être ces questions que pose la pièce de Kaddour en nous livrant une pièce sur l’absurdité de nos existences a priori incompréhensible.

« Yes Daddy » écrit et mis en scène par le Palestinien Bachar Murkus. Photo Khulood Basel
« Yes Daddy » écrit et mis en scène par le Palestinien Bachar Murkus. Photo Khulood Basel


Enfin, un spectacle très attendu, présenté malheureusement à la toute fin du festival :  Yes Daddy, écrit et mis en scène par le Palestinien Bachar Murkus et présenté du 24 au 26 juillet, est la seule pièce de théâtre en arabe, surtitrée en français, de la programmation. Elle raconte la relation entre un jeune escort et un vieil homme ayant perdu la mémoire. À travers ce couple, se pose la question de ce qui advient quand une personne habite la mémoire d’une autre et par conséquent son histoire. Une allégorie de la Palestine selon toute évidence.

Une 79e édition qui se termine sur une note très positive en tout cas avec un taux de fréquentation record de plus de 96 %. « Le meilleur depuis dix ans » constate, ravi, son directeur Tiago Rodrigues.

L’année prochaine, le coréen sera la langue invitée. Une langue véhiculée par la musique, les séries, le cinéma, la littérature et qui excite toutes les générations, surtout la jeunesse, selon le directeur du festival. Après avoir rendu hommage à trois langues issues d’empires, il s’agira cette fois d’une langue qui a été opprimée, souligne Tiago Rodrigues.

Le Festival d’Avignon qui se termine ce samedi 26 juillet aura mis à l’honneur la langue arabe, après l’anglais et l’espagnol pour les éditions précédentes. Un choix assumé dans une société française clivée depuis le début de la guerre à Gaza. La cause palestinienne a d’ailleurs traversé tout le festival à travers des débats, manifestations et prises de parole durant ou avant les spectacles. Mais si le festival a porté haut une liberté d’expression arabe malmenée ces derniers temps en Europe, des critiques ont toutefois fusé sur le choix de la programmation privilégiant la danse au théâtre et ne donnant pas beaucoup à entendre la langue arabe.« Nous sommes tombés amoureux de la danse », se défend Tiago Rodrigues, directeur du festival. Effectivement, cette édition s’est ouverte avec...
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