Un homme brandissant un drapeau de la révolution syrienne près d'un drapeau libanais, à la frontière entre le Liban et la Syrie le jour de la chute du régime Assad, le 8 décembre 2024. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Il y a eu des mots en 2024 qui sont revenus comme des leitmotiv : « guerre », « frappes israéliennes », « tensions », « riposte et contre-riposte », « inédit ». Ce dernier adjectif a été accolé à de nombreux développements qui ont bousculé tout au long de l'année le Liban et le Moyen-Orient en général.
Retraçons l'histoire de ces inédits ou moments de bascule des douze derniers mois, dans une sélection certainement non-exhaustive de 12 articles liés à tous ces événements, qui ont marqué les esprits dès les premiers jours de janvier.
« Inédite » depuis 2006 en effet, cette frappe le 2 janvier sur la banlieue-sud de Beyrouth, qui a répondu à la question qui était dans toutes les têtes depuis octobre 2023 : « Israël va-t-il frapper la capitale ? ». L’État hébreu n'a pas attendu que l'année prenne de l'âge pour mener son premier bombardement ciblé en plein fief du Hezbollah, éliminant le numéro trois du Hamas, Saleh el-Arouri et plusieurs autres responsables de l'axe de la résistance. Avec quelles conséquences ? Dès le lendemain, notre chroniqueur Mounir Rabih faisait le point.
Quelques mois agités plus tard, un enchaînement de bouleversements régionaux va être mis en branle par une frappe meurtrière imputée à Israël sur des bâtiments relevant de l'ambassade d'Iran à Damas. Téhéran, qui avait promis de ne pas se laisser faire, a offert pour sa riposte, dans la nuit du 13 au 14 avril, peut-être le seul moment de « ralenti », mais non de calme, de l'année. Après avoir tiré des dizaines de drones et de roquettes en direction d'Israël, il aura fallu de longues heures pour que ces projectiles parviennent jusqu'à leur cible. Michel Duclos, ancien ambassadeur et conseiller spécial géopolitique et diplomatie à l’Institut Montaigne, revenait peu après dans nos colonnes sur cette frappe.
Le 31 juillet, au cœur de l'été, la banlieue-sud de Beyrouth tremblait à nouveau. Israël y a tué Fouad Chokor, chef militaire du Hezbollah, en riposte à un bombardement que le parti chiite n'a jamais revendiqué et ayant tué plusieurs enfants à Majdel Chams, sur le plateau syrien du Golan occupé par l’État hébreu. Quelques heures plus tard, c'est un autre haut responsable de l'axe de la résistance qui est tué dans l'explosion d'une maison d'hôtes luxueuse de Téhéran : le chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyé. Une double élimination qui plaçait la région dans l'expectative d'une riposte contre l'État hébreu et vidait le Liban d'une bonne partie des expatriés retournés pour les beaux mois, malgré les suspensions de vols en série. Jeanine Jalkh était alors revenue sur le modus operandi des assassinats ciblés menés par Israël au Liban.
Au milieu de cette pagaille régionale, la justice internationale n'est pas demeurée les bras croisés. Si la Cour internationale de justice a émis une série d'ordres à l'encontre d'Israël l'enjoignant à stopper ses opérations à Gaza, le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a lui requis dès avril des mandats d'arrêt contre d'une part Benjamin Netanyahu, son ministre de la Défense d'alors Yoav Gallant et plusieurs responsables du Hamas comme Mohammad Deif et l'instigateur du 7-Octobre Yahya Sinouar, tué depuis. Au moment de cette requête, qui s'est transformée en novembre en publication officielle des mandats d'arrêt, Clara Hage avait dressé le portrait du procureur.
Et alors que les tensions étaient poussées à ce qui semblait déjà être un paroxysme et que la banlieue-sud de Beyrouth se vidait de ses habitants de peur de nouvelles frappes, Israël lançait régulièrement, via ses porte-paroles militaires ou des « influenceurs », des appels de pied aux Libanais. Une façon de manipuler alors l'opinion publique... mais pas seulement. Salah Hijazi vous expliquait alors la raison de cette opération oscillant entre séduction et propagande.
Une bombe d'un autre genre a également secoué le Liban, le 3 septembre : l'arrestation de l'ex-gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, au terme d'un interrogatoire à Beyrouth concernant des soupçons de détournement de fonds de la BDL dépassant les 40 millions de dollars. Une mise au fer quasiment inédite pour un fonctionnaire de première catégorie dans un Liban souvent considéré comme le paradis de l'impunité. Et qui continue de faire trembler les milieux financiers et bancaires autant que la classe politique, lesquels craignent ce que l'enquête risque de révéler sur les pratiques de la banque centrale pendant des décennies. Mounir Younès revient sur les conséquences que pourrait avoir cette « boîte noire ».
Le 17 septembre, ce n'est pas une déflagration, mais des milliers qui ont secoué le Liban et avec lui le reste du monde lorsque des bipeurs, engins de télécommunication sortis d'une autre génération, ont explosé de manière quasiment simultanée dans le pays. Ces appareils, détenus par des agents du Hezbollah, avaient été préalablement piégés par le Mossad et ont emporté dans leur autodestruction des centaines de mains et d'yeux des responsables du parti chiite, faisant plusieurs morts dont des enfants par ricochet. Une opération aussi inimaginable que meurtrière qui continue jusqu'à ces derniers jours à faire parler d'elle. Elle sera suivie le lendemain d'explosions de talkies-walkies du Hezbollah, et déclenchera une séquence violente pour le Liban. Après ces explosions, Sally Abou AlJoud a recueilli les témoignages de secouristes ayant traité les blessés du 17 septembre.
Les événements s'enchaîneront ensuite très vite. Après les bipeurs et les talkies-walkies piégés, Israël frappe à plusieurs reprises la banlieue-sud de la capitale libanaise, fauchant coup sur coup plusieurs hauts responsables militaires et sécuritaires du Hezbollah. Et le 23 septembre, il lance son opération « Flèches du Nord ». Une campagne de frappes aériennes violentes sur le Liban-Sud, la Békaa et la banlieue-sud, ainsi que, sur certains quartiers au cœur de Beyrouth, le Kesrouan, le Chouf et jusqu'au Liban-Nord. Sur la seule journée du 23, les pertes humaines se comptent par centaines, les déplacés qui fuient les régions bombardées par centaines de milliers, selon les chiffres de l'ONU. Emmanuel Haddad et Renee Davis sont partis à la rencontre de ces déplacés.
Le 27 septembre en fin d'après-midi, Beyrouth tremble. Plus de 80 bombes de près d'une tonne s'abattent sur Haret Hreik. Pendant de longues heures, les médias et sources israéliennes font circuler des informations contradictoires sur la cible de cette attaque monstrueuse. Puis, une première confirmation : Israël a tué le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, en touchant de plein fouet le quartier général du parti, tout en détruisant un bloc d'immeubles résidentiels. Dans les rangs des partisans, l'incrédulité et le choc règnent. Lyana Alameddine, Caroline Hayek et Julien Ricour-Brasseur ont capturé ces premières réactions des admirateurs du chef mythique du parti chiite.
L'élimination de Hassan Nasrallah ne fait que renforcer la détermination de l’État hébreu à en « finir » avec le Hezbollah. L'aviation israélienne enchaîne alors les bombardements. Les jours et les nuits des Libanais sont ponctuées d'avertissements lancés par le porte-parole arabophone de l'armée Avichay Adraee, appelant les habitants de bâtiments, quartiers ou localités entiers à les évacuer en moins d'une heure avant qu'un missile ne s'abatte sur la zone identifiée en rouge. « Urgent, aux habitants de... » commencent ces messages. Une façon de protéger, ou plutôt de terroriser, les civils ? L'équipe de L'Orient Today s'est penchée sur la question.
Puis, presque contre toute attente, après deux mois d'une grande violence n'ayant épargné ni les secouristes, ni les hôpitaux, ni les civils, ni même le patrimoine, le cessez-le-feu est instauré le 27 novembre. Fruit de négociations menées par le président du Parlement Nabih Berry, avec notamment l'émissaire américain Amos Hochstein, l'accord se base sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU et pose les bases d'un désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani et d'un déploiement renforcé de l'armée libanaise dans cette zone. Il comporte cependant de nombreuses zones d'ombre, afin de laisser le champ libre à Israël. Mais ce 27 novembre n'a aucune importance pour les partisans du parti chiite, qui proclament une nouvelle « victoire » contre l’État hébreu. Dans le Sud, à Beyrouth et dans la Békaa, nos reporters ont immortalisé les réactions à l'entrée en vigueur de la trêve.
Jusqu'à décembre, l'année 2024 nous aura tenu en haleine. En une douzaine de jours, une coalition de factions rebelles en Syrie, normalement cantonnées au nord du pays, ont mené une offensive éclair contre Damas renversant, sans que personne ne l'ait quasiment vu venir, le régime Assad au pouvoir depuis des décennies. Bachar el-Assad en fuite à Moscou, son armée démantelée, ses services de renseignement à terre, les Syriens ont notamment ouvert les portes des prisons du régime, libérant des milliers de détenus politiques, arrêtés arbitrairement et torturés, certains pendant des années. Et dans les rues de Damas et de toute le pays, c'est une autre sorte de liberté à laquelle goûtent les Syriens : celle de pouvoir s'exprimer sans crainte. Dès la chute du régime, nos équipes se sont rendues à Damas et Idleb. Elles sont notamment revenues avec un reportage glaçant dans la prison de Saydnaya, le pénitencier géant pire qu'un « abattoir humain »
Quel avenir à la Syrie réserve cette prise de pouvoir par les islamistes ? Et qu'en sera-t-il du Liban, où la trêve va bientôt arriver à échéance et où une séance parlementaire est prévue le 9 janvier pour l'élection d'un président de la République ? Quid du monde entier, avec notamment l'investiture prochaine de Donald Trump ? 2025 arrive, et avec cette nouvelle année... son lot probable de nouveaux rebondissements.














Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Excellente année 2024 pour le Liban et la région (sauf Gaza)...les choses bougent enfin et pour une fois dans le bon sens. A confirmer en 2025. Nous pourrions alors, j'ose espérer, pour une fois avoir un Liban différent. Il ne faut aussi pas oublier ceux qui ont lutté toutes ces années et ceux qui continuent à le faire, et surtout ceux qui ne sont plus parmis nous.
10 h 56, le 01 janvier 2025