Rechercher
Rechercher

Dernières Infos - Justice

Détenu à Roumié, Riad Salamé menace d'arrêter de s'alimenter et de prendre ses médicaments

« Puisqu'ils ont l'intention de se débarrasser de moi, je vais leur faciliter la tâche », aurait déclaré l'ex-gouverneur à son médecin traitant, selon ce dernier.

Détenu à Roumié, Riad Salamé menace d'arrêter de s'alimenter et de prendre ses médicaments

L'ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé. Photo Joseph Eid/AFP

Détenu à Roumié depuis samedi sur ordre du procureur général près la Cour de cassation, le juge Ahmad Rami el-Hajj, l'ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a indiqué dimanche à son médecin traitant qu'il comptait « cesser de s'alimenter et de prendre ses médicaments », selon un témoignage du praticien diffusé par les conseils de l'ancien banquier central.

Selon une information confirmée à L’Orient-Le Jour par une source judiciaire haut placée, le magistrat avait ordonné samedi le transfert de l'ancien banquier central de l'hôpital de Bhannès vers la prison de Roumié, où il avait été admis le lendemain de son audition prévue le 30 juillet dans le cadre d'une affaire lancée à la suite d'une plainte déposée par l'actuel gouverneur de la BDL, Karim Souhaid. Celle-ci porte sur des transactions présumées douteuses réalisées durant le long mandat de Riad Salamé à la tête de la banque centrale, de 1993 à 2023.

Poursuivi dans plusieurs affaires de corruption au Liban et à l'étranger, tout en rejetant jusqu'à présent toute responsabilité dans les faits qui lui sont reprochés, Riad Salamé a rencontré dimanche son médecin traitant, Alexandre Khoury. Selon un communiqué publié par ses conseils, le praticien a constaté que l'état de santé de son patient s'était fortement dégradé en détention et réclame une nouvelle hospitalisation à Bhannès « afin de garantir un suivi médical plus précis et une surveillance continue ».

« Puisqu'ils ont l'intention de se débarrasser de moi, je vais leur faciliter la tâche », aurait-il déclaré, toujours selon son médecin, en lui annonçant sa décision de cesser de s'alimenter, de boire et de prendre ses médicaments.

Le médecin a ajouté que la tension artérielle de l'ancien gouverneur atteignait 17,5/10,5 et a averti que l'arrêt du traitement pourrait aggraver les risques liés à son hypertension chronique. Il a également indiqué que Riad Salamé souffrait d'une « baisse importante du taux d'oxygène durant la nuit », nécessitant « un encadrement médical adapté ». Le médecin appelle enfin les autorités judiciaires à garantir à Riad Salamé les soins médicaux nécessaires, précisant que sa demande porte exclusivement sur sa prise en charge médicale. Selon des informations de presse que nous avons pu confirmer, le médecin estime que l'ancien gouverneur pourrait ne pas survivre au-delà de lundi ou mardi en l'absence d'un suivi médical adapté.

Communiqué de la famille

Dans un communiqué relayé par son avocat, Wassim Ghaoui, la famille de Riad Salamé a contesté les informations selon lesquelles l'état de santé de l'ancien gouverneur de la Banque du Liban serait stable. « Le risque pesant sur sa vie s'est aggravé en raison de son impossibilité à recevoir un traitement hospitalier. Il doit être placé sous surveillance médicale intensive, d'autant que la commission médicale désignée par la justice a confirmé la gravité de son état de santé, estimant qu'il pourrait entraîner son décès à tout moment », affirme-t-elle, en réitérant le diagnostic de son médecin traitant.

La famille estime que le refus de la justice de maintenir l'ancien gouverneur sous surveillance médicale intensive à l'hôpital « constitue une grave atteinte à ses droits procéduraux et porte préjudice à l'enquête elle-même ». Elle affirme également que Riad Salamé a remis à la justice, depuis plus de sept mois, tous les documents et explications demandés. Le communiqué reproche en outre à la justice de faire porter à l'ancien gouverneur tout le poids de l'enquête sur les dossiers liés à la BDL, alors que les décisions visées avaient, selon elle, été entérinées par le Conseil central de l'institution.

« Les prêts (incriminés dans le cadre de la procédure en cours) avaient été accordés afin de préserver la stabilité monétaire et financière durant la crise financière mondiale de 2010. Après leur remboursement intégral, la BDL aurait réalisé un bénéfice de 33 millions de dollars grâce à cette opération, qui constitue aujourd'hui le fondement des accusations portées contre son ancien gouverneur », explique encore la famille. Elle appelle enfin la justice à garantir son droit à la vie ainsi que son droit aux soins médicaux.

Une source judiciaire de haut rang affirme de son côté que quatre médecins ont examiné Riad Salamé dimanche : ses deux médecins traitants, dont le Dr Alexandre Khoury, ainsi que deux autres médecins affiliés aux forces de sécurité. Selon cette source, les quatre médecins sont arrivés à la conclusion que l'état de santé de l'ancien gouverneur était stable et que sa tension artérielle était sensiblement équivalente à celle relevée il y a un an et demi. Riad Salamé ne serait par ailleurs pas détenu dans le même bâtiment que les autres prisonniers, mais dans celui de la branche des Renseignements des FSI, à Roumié selon la même source.

Riad Salamé avait décidé de ne plus prendre son traitement contre l'hypertension, a-t-on également conformé de même source. Le procureur prévoit de publier un communiqué lundi afin de revenir sur les circonstances de cette procédure.

« Reddition de comptes »

Gouverneur de la BDL de 1993 à juillet 2023, Riad Salamé, 76 ans, a toujours nié toute malversation. Il avait été arrêté vendredi à l’hôpital de Bhannès, où il s’était rendu après avoir fait l’objet, la veille, d’un mandat de recherche émis par le parquet de cassation. Il ne s’était pas présenté à une audition dans le cadre d’une plainte déposée par l’actuel gouverneur de la BDL, Karim Souhaid, invoquant des raisons médicales. Le parquet avait toutefois indiqué ne pas avoir pu confirmer cette version et avait conclu qu’il refusait de comparaître. Les forces de sécurité n’avaient par ailleurs pas réussi à le localiser à ses résidences.

La plainte, qui vise également l’ancien PDG de Bank Audi, Samir Hanna, porte sur des titres que la BDL aurait souscrits dans des sociétés et dont les garanties auraient été constituées par des actions de Bank Audi. Ces opérations présumées auraient causé d'importantes pertes financières en plaçant des fonds de la banque centrale auprès d'entités qui se seraient révélées par la suite fictives ou en difficulté financière. Après son audition jeudi, M. Hanna a été laissé en liberté contre une caution d’un million de dollars.

Le député indépendant de Jezzine Charbel Massaad a été l'un des rares à réagir dimanche à la détention de Riad Salamé, estimant qu'elle devait « constituer un véritable point de départ (...) d'un processus global de reddition de comptes visant tous ceux qui ont porté atteinte aux deniers publics et à l'argent des déposants ».

La BDL n'a pas fait de commentaires. « C'est un dossier mûri, issu d'une plainte déposée en janvier. Ce qui nous importe, c'est que les opérations complexes visées par cette plainte, qui ont conduit à la dilapidation de fonds publics et, selon nous, compromis l'intégrité de la banque centrale, soient pleinement investiguées et que des mesures soient prises pour assurer la reddition de comptes. En revanche, nous ne contestons pas le droit de l'ancien gouverneur à recevoir les soins dont il a besoin, même si nous estimons que les institutions de l'État sont parfaitement capables de les lui assurer », indique une source au sein de l'institution à L'Orient-Le Jour.

Karim Souhaid occupe le poste de gouverneur depuis le printemps 2025. Riad Salamé est, lui, considéré comme l'un des principaux responsables de la crise financière qui a éclaté au Liban à la fin de 2019.

Déjà poursuivi au Liban pour un détournement présumé de fonds de la Banque du Liban et visé depuis 2023 par un mandat d'arrêt international émis par la justice française, Riad Salamé avait été emprisonné au Liban pendant un an avant d'être libéré sous caution. Selon ses proches, son état de santé s'est fortement dégradé depuis.

Détenu à Roumié depuis samedi sur ordre du procureur général près la Cour de cassation, le juge Ahmad Rami el-Hajj, l'ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a indiqué dimanche à son médecin traitant qu'il comptait « cesser de s'alimenter et de prendre ses médicaments », selon un témoignage du praticien diffusé par les conseils de l'ancien banquier central.Selon une information confirmée à L’Orient-Le Jour par une source judiciaire haut placée, le magistrat avait ordonné samedi le transfert de l'ancien banquier central de l'hôpital de Bhannès vers la prison de Roumié, où il avait été admis le lendemain de son audition prévue le 30 juillet dans le cadre d'une affaire lancée à la suite d'une plainte déposée par l'actuel gouverneur de la BDL, Karim Souhaid....