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Grandir - Lorient-Le Siecle

Grandir de 1924 à 2024

Grandir de 1924 à 2024

Photo d'archives AFP

Les 13 750 mineurs morts à Gaza sont devenus le symbole d’une enfance empêchée par la violence des adultes.

Ils incarnent une région où tout se contracte. L’espace de droit se réduit comme une peau de chagrin. Le paysage urbain se dissout dans le vacarme de la guerre. La vie humaine rétrécit. Elle ne vaut plus que pour sa valeur transactionnelle. Elle est un chiffre, un coût, un risque.

Un Moyen-Orient de feu et de sang où l’enfance n’est plus un espace de possible, mais une mise au pas. Une « gestion des risques » futurs. Les régimes autoritaires l’ont compris peut-être mieux que quiconque : prendre pour cible l’enfance, c’est maîtriser ce qui vient.

L’annuler, si nécessaire. De Khan Younès à Idleb, les écoles, les hôpitaux, les maternités font l’objet d’une politique de destruction quasi systématique. Les peuples de la région l’ont appris à leurs dépens. Grandir est un privilège. Parfois un acte de résistance.

Média centenaire ayant traversé des guerres, des occupations, et des crises, L’Orient-Le Jour porte ce constat dans sa chair. Notre journal voit le jour au lendemain de la Première Guerre mondiale dans l’esprit de deux jeunes aventuriers. Il grandit au fil du siècle, avec et parfois malgré lui.

Un premier épisode dédié à la commémoration de notre naissance explorait ses débuts. Nous plongions dans une séquence en noir et blanc, faite d’argent facile et d’envolées lyriques. Nous prenions la mesure du gouffre séparant le monde d’hier, visiblement autorisé à rêver en grand malgré les difficultés d’alors, et celui d’aujourd’hui, empêché même d’imaginer.

Nous apprenions à nous (re)connaître. Mais il fallait dépasser la scène inaugurale, partir à la rencontre de nos jeunesses, passées et présentes. Des générations qui ont mûri à l’intérieur des murs blancs de l’autoroute de Damas. De celles, avant elles, qui ont connu l’époque invraisemblable où L’Orient-Le Jour était déchiré en deux, comme sa ville natale, entre « Ouest » et « Est ».

Hier comme aujourd’hui, grandir dans cette région mille fois détestée, mille fois fantasmée est rarement de tout repos. Le quotidien n’est évidemment pas le même si l’on naît sous occupation ou en temps de paix ; avec ou sans droits ; de parents ingénieurs ou travailleurs domestiques.

Mais un constat s’impose. De Bagdad à Beyrouth, ​​« des enfants sans enfance, des vieillards sans vieillesse » (Mahmoud Darwish, Silence pour Gaza) peuplent une région de plus en plus gouvernée par la violence et le désespoir.

Dans ce champ noir, une lumière refuse de s’éteindre. Certains vous diront qu’elle provient de la luminosité de nos terres. C’est le sourire confiant d’une tante convaincue que « Dieu nous protège ». C’est un repas de famille qui a lieu malgré la peur, les bombardements et la pénurie. C’est un jeu de devinette improvisé sur un bout de papier dans un abri.

Nous avons tenté de consigner, aussi, ces « fragments » d’humanité.

Les 13 750 mineurs morts à Gaza sont devenus le symbole d’une enfance empêchée par la violence des adultes.Ils incarnent une région où tout se contracte. L’espace de droit se réduit comme une peau de chagrin. Le paysage urbain se dissout dans le vacarme de la guerre. La vie humaine rétrécit. Elle ne vaut plus que pour sa valeur transactionnelle. Elle est un chiffre, un coût, un...
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