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Environnement - Déchets ménagers

La fermeture de Costa Brava aux ordures de plusieurs cazas évitée de justesse

Au terme d’une réunion au ministère de l’Environnement, les municipalités de la banlieue sud renoncent à bloquer la route menant à l’une des deux principales décharges du pays.

La fermeture de Costa Brava aux ordures de plusieurs cazas évitée de justesse

La réunion présidée lundi par le ministre sortant de l'Environnement, Nasser Yassine, qui a rassemblé plusieurs députés et élus des régions concernées. Photo Mohammad Yassine

Les déchets ne s’entasseront pas dans les rues du Chouf, de Aley et de Baabda (Mont-Liban sud), ou du moins pas tout de suite. Une réunion présidée lundi en matinée par le ministre sortant de l’Environnement, Nasser Yassine, dans les locaux du ministère, à laquelle ont assisté plusieurs députés des trois cazas, ainsi que le président de la Fédération des municipalités de la banlieue sud de Beyrouth, Mohammad Dergham, a permis d’éviter une fermeture par ces municipalités de la décharge de Costa Brava, qui dessert toute cette région du pays, aux déchets provenant des trois cazas précités. C'est ce qui a été annoncé par M. Yassine suite à une réunion « positive et fructueuse » selon lui.  

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La Fédération des municipalités de la banlieue sud de Beyrouth avait menacé de fermer la route aux camions venant des trois cazas à partir du 8 janvier, une annonce à laquelle s’était jointe la municipalité de Choueifate (caza de Aley), dans le périmètre de laquelle tombe la décharge. La première mise en garde avait été lancée le 21 décembre dernier, lors d'une conférence de presse tenue au siège de la fédération par Mohammad Dergham et d’autres élus. M. Dergham avait alors prétexté de l’incapacité de Costa Brava à recevoir une trop grande quantité de déchets quotidiennement – quelque 1 750 tonnes, alors qu’elle n’est conçue que pour 1 000 selon lui – lui faisant craindre un « nouveau tsunami » d’ordures dans les rues de la banlieue sud en cas de saturation du site. Il proposait donc que la décharge soit limitée à la banlieue sud et à Choueifate en annonçant que la fédération qu’il préside prendrait l’initiative de la fermer aux autres cazas. Et ce, bien que le site soit géré par un entrepreneur privé pour le compte de l’État libanais.

Les chiffres avancés par l’élu ce jour-là sont approximatifs. Selon les données consultées par L’Orient-Le Jour du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), principal responsable des contrats de gestion des déchets, la décharge reçoit chaque jour une moyenne de 1 275 tonnes, dont 53 % (680) proviennent de la banlieue sud et de Choueifate, et 47 % (595) des autres régions  (Chouf et Aley, et la partie de Baabda hors banlieue sud). La décharge, elle, devrait être saturée en juin prochain.

L’annonce faite par les élus de la banlieue sud en décembre avait, comme il était prévisible, suscité de vives réactions de la part des députés et élus des trois cazas, qui craignent un amoncellement des déchets dans les rues de leurs villes et villages, en l’absence d’alternatives. Une réunion avait déjà été organisée le 4 janvier par la commission parlementaire de l’Environnement, sous la présidence du député Ghayath Yazbeck, pour appeler à retarder toute fermeture de ce site.

Des solutions temporaires peu probantes

La réunion de lundi au ministère aura donc permis de convaincre les élus de la banlieue sud de ne pas recourir à l’escalade, ainsi que l'a confirmé à L’OLJ Ghayath Yazbeck, qui y participait. « Il a été décidé de former un comité représentant toutes les parties concernées : il aura pour mission de s’assurer que l’affaire de la saturation prochaine de cette décharge ne sera pas oubliée », précise-t-il. Nasser Yassine a lui assuré que ces réunions devraient commencer dans un délai de deux semaines tout au plus, afin de lancer une dynamique de gestion des déchets plus durables dans ces cazas.

Pour mémoire

Des élus de la banlieue-sud refusent de recevoir les ordures de 3 cazas du Mont-Liban à partir du 1er janvier

Le député ajoute que des propositions ont été faites pour réduire le volume des déchets parvenant au site, pour calmer les craintes des élus. Mais est-ce la seule raison du revirement de la Fédération des municipalités de la banlieue sud ? Mohammad Dergham n’a pas répondu à nos appels, mais une source suivant de près le dossier estime que ces « mises en garde » sont de nature politique, et leurs solutions viennent d’interventions tout aussi politiques, sans plus de précisions. Les municipalités de la banlieue sud brandissent cette menace depuis 2019, mais ne l’ont encore jamais mise à exécution.

Il n’en demeure pas moins que le problème est bien réel. Selon Ghayath Yazbeck, plusieurs points spécifiques ont ainsi été discutés au cours de cette réunion, visant à éloigner le spectre inévitable de la saturation du site. Le premier concerne les différents centres de tri gouvernementaux qui sont tous, pour l’instant, hors service ; ce qui résulte en un enfouissement de la quasi-totalité des déchets provenant des régions. Il a donc été décidé de réhabiliter le centre désaffecté de Amroussiyé (avec un budget de 4 millions de dollars selon Nasser Yassine) adjacent à la décharge de Costa Brava, et de reconstruire celui de Coral (desservant la décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé), détruit par l’explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020. Il est aussi question de développer un troisième au Chouf, dans la région de Soueijani, et d’autres dans la région de Aley.

Au niveau de l’enfouissement, le débat, selon une source gouvernementale qui a préféré rester anonyme, a été ouvert sur une possibilité de trouver un financement pour la réhabilitation de plusieurs cellules encore disponibles dans la décharge de Naamé (Aley, active de 1998 à 2015, dont la fermeture cette année-là avait causé une terrible crise des déchets), ainsi que pour un agrandissement potentiel de Costa Brava. La création d’autres décharges dans les régions n’est pas exclue.

Au cours de la réunion a également été abordé le plan du ministère de l’Environnement (approuvé en 2022 en Conseil des ministres) pour résoudre graduellement la crise des déchets latente dont souffre le pays. Il repose essentiellement sur la création d’une quinzaine de décharges, la décentralisation de la gestion des déchets et la création d’une taxe municipale spécifique. Nasser Yassine n’était pas disponible pour un commentaire à ce propos, mais il a annoncé en fin de réunion lundi que des composantes de ce plan devront être discutées dès jeudi en Conseil des ministres, notamment la réhabilitation des centres de tri. 

« Personnellement, je me méfie des solutions temporaires, je préfère la mise en place du plan ministériel en vue de solutions plus durables », souligne Ghayath Yazbeck. Il précise qu’une réunion sera consacrée à ce sujet mardi, à la commission de l’Environnement.

Pour rappel, Costa Brava est l’une des deux décharges officielles créées en 2016 pour mettre fin à la crise des déchets ayant éclaté en 2015. Elle a déjà été agrandie une fois en 2018, ayant été précocement saturée. L’autre décharge au nord de Beyrouth, celle de Bourj Hammoud-Jdeidé, a été agrandie en 2021.

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