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Société - Éducation

Les professeurs du public gèlent leur grève pour un mois

L’école publique fait sa rentrée aujourd’hui, après les promesses fermes du ministre de l’Éducation, Abbas Halabi, d’injecter 70 millions de dollars dans le secteur.

Les professeurs du public gèlent leur grève pour un mois

La rentrée des classes aura bien lieu aujourd'hui, mais tous les professeurs ne reprendront pas les cours. Ici, l'école publique Gebran Tuéni. Photo d'archives Hassan Assal

La rentrée scolaire du secteur public aura bien lieu aujourd’hui, après avoir été reportée le 27 septembre dernier pour cause de grève de l’ensemble des syndicats enseignants. 350 000 élèves libanais et 150 000 élèves syriens retourneront donc sur les bancs de l’école publique ce lundi, mais pas forcément tous les enseignants (39 516 en 2020-2021 selon le Centre de recherche et de développement pédagogique, CRDP). Et pour cause, les syndicats d’enseignants cadrés du secondaire et du technique limitent leur tâche à l’inscription des élèves et aux examens de rattrapage, dans l’attente d’une concrétisation des promesses du ministre de l’Éducation, Abbas Halabi. « Nous réclamons une concrétisation officielle de l’engagement du ministre à revoir nos conditions salariales, préalable à toute reprise des cours, car nos salaires ne nous permettent plus de vivre ni même de nous rendre à l’école », résume Moulouk Mehrez, responsable de la communication au sein de la Ligue du secondaire menée par Nazih Jebbaoui.

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Les indicateurs ne sont donc pas encore au vert, mais la détente est palpable. Une détente résultat tant de la détermination du ministre de l’Éducation d’aplanir les difficultés liées à l’effondrement socio-économico-financier du pays, à la dévalorisation des salaires, à la hausse des prix des carburants… que de la bonne volonté d’un corps professoral épuisé par la crise, qui a pourtant décidé – malgré des voix dissonantes – de suspendre sa grève pour un mois, le temps que se concrétisent les promesses officielles. Ces promesses reposent sur une aide mensuelle versée à chaque enseignant, sur la prise en charge des dépenses opérationnelles des établissements, sur la distribution gratuite des manuels scolaires à tous les élèves et des fournitures jusqu’à la classe de sixième, sur une possible réévaluation salariale et des indemnités de transport...

90 dollars mensuels à chaque enseignant

En gros, face à l’écoute attentive du ministre Halabi qui affirme à L’Orient-Le Jour « avoir reçu presque tous les représentants syndicaux et leur avoir demandé de lui accorder un délai d’un mois », les enseignants ont majoritairement répondu par la positive, plus particulièrement ceux de l’enseignement de base (primaire et complémentaire), ainsi que les contractuels et les intermittents. Et ce, sachant que leurs revendications varient mais sont toutes liées à leur qualité de vie, à leur protection sociale et médicale, à leur incapacité d’assumer les coûts des transports. Car les promesses du nouveau ministre de l’Éducation semblent reposer sur du concret. Et sa réputation d’homme de dialogue lui vaut déjà le respect de tous.

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« Les revendications des enseignants sont légitimes. Ils vivent une situation chaotique, subissent de plein fouet la crise économique et la détérioration dramatique de leur salaires », reconnaît Abbas Halabi. « Après avoir présenté notre stratégie aux donateurs internationaux, à la Banque mondiale, l’Unicef, l’Unesco et nombre d’ambassadeurs parmi lesquels celui du Royaume-Uni, nous pouvons compter cette année sur un financement de 70 millions de dollars américains », assure-t-il à L’OLJ. « Les enseignants recevront donc une aide sociale de 90 dollars mensuels chacun, tout le long de l’année scolaire (pour les contractuels, en fonction du nombre d’heures d’enseignement). De plus, les écoles publiques recevront une enveloppe de 5 000 à 20 000 USD en fonction du nombre d’élèves qu’elles scolarisent, afin de couvrir leurs frais opérationnels », promet le ministre. Par ailleurs, « les manuels scolaires seront gratuits pour tous les élèves de l’école publique, au même titre que les fournitures jusqu’à la classe de sixième ». Enfin, sur le plan sanitaire et en coopération avec le ministère de la Santé, non seulement « les outils de prévention et équipements d’hygiène seront assurés » dans les établissements, mais « une campagne de vaccination contre le Covid-19 des enseignants, du personnel et des élèves de plus de 12 ans est lancée dès la rentrée avec le vaccin Pfizer ».

Cela dit, à la demande du ministre de l’Éducation, la présidence du Conseil a créé « une cellule de crise » incluant le ministère des Finances, pour faire face aux besoins de l’enseignement national. Devraient être étudiés notamment « les arriérés dus par l’État aux écoles privées, de même que les indemnités de transport ». Quant aux contractuels, ils ont reçu la promesse « de ne pas voir leurs contrats sévèrement amputés » et de recevoir leurs salaires plus régulièrement. « Il est toutefois important de faire preuve de réalisme », insiste le ministre, estimant que dans les conditions actuelles, répondre par la positive à toutes les revendications des enseignants est impossible. « Chacun doit accepter de faire des concessions », observe-t-il.

Préserver l’école publique

Depuis, les réactions des différents corps syndicaux pleuvent, annonçant la reprise ce 11 octobre. « Nous avons décidé de reprendre le chemin de l’école, car le ministre nous a accordé deux revendications essentielles, une aide mensuelle de 90 dollars de la part des pays donateurs, et la promesse d’étudier un réajustement salarial et les indemnités de transport », annonce à L’OLJ le président du syndicat des enseignants cadrés de l’éducation de base, Hussein Jawad. « Nous avons décidé de parier sur la crédibilité du ministre Halabi et de préserver l’école publique », ajoute-t-il. Même décision de lever la grève de la part de Mountaha Fawaz, représentante du syndicat des enseignants contractuels du secondaire sous toutes ses composantes. « Nous déclarons la reprise des cours ce lundi 11 octobre », souligne-t-elle dans un communiqué, tout en rappelant les promesses du ministre d’améliorer « les droits des contractuels ». Pour Hassan Serhan, représentant les contractuels et intermittents, le ministre a fait preuve « de bonne volonté en promettant une aide de 90 USD, l’intégration des contractuels à la CNSS, des indemnités de transport et une hausse du tarif de l’heure d’enseignement ». « Nous lui accordons un mois, afin de ne pas porter atteinte aux élèves », affirme-t-il.

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Car la crainte d’une désertion de l’école publique est élevée.

C’est dans ce cadre que Nisrine Chahine, représentant le Comité des enseignants contractuels et intermittents, fait également part de sa décision de « geler la grève, pour accorder au ministre de l’Éducation le délai réclamé d’un mois ». Sauf qu’en même temps cette syndicaliste, qui se dit indépendante de la classe au pouvoir, dénonce « des pressions exercées sur les ligues d’enseignants cadrés à la solde du pouvoir politique, afin qu’ils suspendent la grève ». Une suspension qui aurait eu un effet boule de neige, même sur les contractuels. « Au sein de ces ligues, la suspension de la grève a été accompagnée de démissions », constate-t-elle.

Les prochains jours permettront de mieux comprendre la situation. Il n’en reste pas moins que la rentrée scolaire du secteur public risque de se dérouler à plusieurs vitesses. Alors que certains établissements se contenteront d’enregistrer les élèves ou de leur faire passer les épreuves de rattrapage, d’autres entameront déjà le programme.


La rentrée scolaire du secteur public aura bien lieu aujourd’hui, après avoir été reportée le 27 septembre dernier pour cause de grève de l’ensemble des syndicats enseignants. 350 000 élèves libanais et 150 000 élèves syriens retourneront donc sur les bancs de l’école publique ce lundi, mais pas forcément tous les enseignants (39 516 en 2020-2021 selon le Centre...

commentaires (1)

350 000 élèves libanais contre 150 000 élèves syriens et personne ne crie scandale . Le Liban est -il devenu moitié syrien ? Triste .

Antoine Sabbagha

10 h 00, le 11 octobre 2021

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Commentaires (1)

  • 350 000 élèves libanais contre 150 000 élèves syriens et personne ne crie scandale . Le Liban est -il devenu moitié syrien ? Triste .

    Antoine Sabbagha

    10 h 00, le 11 octobre 2021

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