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Société - Éducation

La crise met des bâtons dans les roues à la rentrée en présentiel

Pénurie de mazout et d’essence, hyperinflation... Le retour en classe est miné par les crises que traverse le Liban.

La crise met des bâtons dans les roues à la rentrée en présentiel

Entre pénurie d’essence et de mazout et hyperinflation, la rentrée est difficile pour la plupart des parents d’élèves au Liban. Photo Marc Fayad

« Cette rentrée, beaucoup de choses ont changé. » Tel est le constat établi par Samar dans une librairie de Hamra, où elle finit l’achat des fournitures de la rentrée avec ses deux enfants. Mais deux ans après l’instauration des cours en ligne, pour contrer la propagation de la pandémie de Covid-19, le retour en présentiel, annoncé par l’ex-ministre de l’Éducation Tarek Majzoub fin août, n’est pas la panacée. « D’un côté, il faut reconnaître que l’enseignement virtuel cette année aurait été chaotique en raison du rationnement drastique de l’électricité et des coupures d’internet », reconnaît Samar. D’ailleurs, selon une étude menée avant la rentrée par le Center for Lebanese Studies, centre de recherche affilié à la LAU et spécialisé dans l’éducation, 75 % des parents, au Liban, étaient favorables à la reprise de l’enseignement en présentiel.

Reste que le chemin de la rentrée est lui aussi semé d’embûches. « Il va me falloir débourser près d’un million de livres libanaises par mois pour le paiement de l’autocar pour chacun de mes deux enfants ! Je suis en train de voir avec mon patron si on peut arranger mes horaires pour que je puisse moi-même les déposer à l’école, en espérant que je puisse trouver de l’essence », soupire cette comptable, en référence à la pénurie d’essence qui ravage le pays depuis des mois.

Samar n’est pas seule dans cette situation. Toujours selon ce rapport, près d’un tiers des parents d’élèves jugent que le transport est le plus grand défi auquel ils devront faire face en cette période de rentrée scolaire.

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Cependant, il n’y a pas que les transports qui donnent du fil à retordre aux parents et aux élèves, comme Samar et ses deux fils. Alors que la livre a perdu près de 90 % de sa valeur face au dollar depuis le début de la crise, il y a deux ans, les prix des fournitures scolaires, comme tous les prix d’ailleurs, ont explosé. Dans ce contexte, 22 % des parents d’élèves, selon l’enquête du Center for Lebanese Studies, craignaient de ne pas pouvoir couvrir les frais de scolarité et les fournitures scolaires. « Finies les trousses remplies de stylos multicolores, désormais, c’est le strict nécessaire. Une boîte de dix crayons coûte désormais 60 000 livres libanaises, 10 % du salaire minimum. Les cartables, n’en parlons pas ! » s’exclame Samar. Nombre d’établissements scolaires sont également contraints d’augmenter leurs frais de scolarité. Résultat, tandis que 31 % des élèves du secteur public y ont été « récemment » transférés d’une école privée, 15 % des parents d’élèves inscrits dans le privé réfléchissent à transférer leur progéniture vers le public, toujours selon la même étude.

« Nous comprenons que les établissements soient contraints d’augmenter leurs frais parallèlement à l’explosion des coûts, mais certaines écoles ont recours à des tours de passe-passe au niveau de leurs bilans comptables pour gonfler certains coûts ou omettre certains revenus », estime Lama Tawil, présidente de l’Union des comités de parents et de tuteurs dans les écoles privées au Liban. « De surcroît, nous avons mis au point un plan pour modérer l’augmentation des frais de scolarité. Par exemple, nous avons demandé aux établissements d’exonérer les parents d’élèves des frais obligatoires pour les uniformes scolaires et les fournitures, afin de laisser aux élèves la possibilité d’acheter leur propre matériel », explique-t-elle.

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Cette option semble convaincre l’École des Trois Docteurs (ETD), qui fait partie du réseau des écoles orthodoxes de Beyrouth. « À l’ETD, nous n’allons sûrement pas laisser un cahier ou un uniforme être un obstacle à la scolarisation des enfants. Nous allons être aussi flexibles que possible et permettre aux parents qui ne souhaitent pas payer pour l’uniforme ou les fournitures scolaires de le faire », assure Nayla Daoun, proviseure de l’établissement.

L’ETD organise également, depuis l’année dernière, une opération d’échange de livres et de fournitures scolaires. « Ces initiatives sont certes importantes et aident beaucoup de monde. Mais l’impact reste limité », reconnaît-t-elle toutefois. Car pour la proviseure de l’ETD, on ne peut pas tout demander aux écoles privées. « Il faut absolument que nous parvenions à retenir nos enseignants, qui ont le droit d’être payés dignement, et nous ne pouvons pas rogner sur certains coûts », explique-t-elle. Selon l’étude du centre de la LAU, 79 % des enseignants réfléchissent à quitter le Liban. « Il faut impérativement que l’État débloque un fonds d’urgence pour nous venir en aide, au moins en nous assurant l’accès au mazout (pour faire tourner les générateurs, NDLR) et à l’essence », rajoute Nayla Daoun.

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Mais cet argent ne devrait-il pas plutôt servir à renforcer l’enseignement public au Liban ? « Les écoles privées occupent un espace majeur dans l’enseignement au Liban et remplissent le vide que laissent les écoles publiques, qui ne sont pas capables d’accueillir beaucoup d’élèves. Sur le court terme, il faut sauver ce secteur qui a beaucoup donné au Liban, en attendant une véritable restructuration du système éducatif à terme », estime la proviseure. Pour Lamia Tawil, une partie des écoles privées abusent de la situation, sous l’œil complice de l’État. Elle déplore notamment que certains établissements réclament le paiement, en dollars frais, des frais de scolarité. « Une poignée d’établissements demandent aux parents d’élèves de verser une partie des frais de scolarité en dollars frais. Cela est contraire à la loi libanaise et expose les enfants au risque de décrochage scolaire, s’indigne Lama Tawil. Mais ces établissements, souvent proches de partis politiques ou d’institutions religieuses, s’estiment au-dessus de la loi... »


« Cette rentrée, beaucoup de choses ont changé. » Tel est le constat établi par Samar dans une librairie de Hamra, où elle finit l’achat des fournitures de la rentrée avec ses deux enfants. Mais deux ans après l’instauration des cours en ligne, pour contrer la propagation de la pandémie de Covid-19, le retour en présentiel, annoncé par l’ex-ministre de l’Éducation...

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