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Politique - Formation du gouvernement

Zaki propose une médiation de la Ligue arabe pour débloquer la crise

"L'accord de Taëf n'est pas menacé, m'a assuré le président Aoun", affirme le numéro deux de l'organisation panarabe. 

Zaki propose une médiation de la Ligue arabe pour débloquer la crise

Le secrétaire général adjoint de la Ligue Arabe, Houssam Zaki, lors d'un point de presse au palais de Baabda, le 8 avril 2021. Photo Dalati et Nohra

Les efforts arabes et internationaux pour sortir le Liban de l'impasse au niveau de la formation d'un gouvernement, huit mois après la démission du Premier ministre Hassane Diab, se poursuivaient jeudi. Le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, Houssam Zaki, en tournée à Beyrouth, a ainsi proposé aux dirigeants libanais une médiation de l'organisation. Une idée accueillie favorablement par le chef de l'Etat, Michel Aoun. M. Zaki a également apporté son soutien aux propositions du président du Parlement, Nabih Berry, et du leader druze Walid Joumblatt, pour la formation d'un gouvernement de 24 ministres sans tiers de blocage, une option qui pourrait constituer une sortie de crise si elle obtenait l'aval de tous les protagonistes.

"Situation critique"

A l'issue d'un entretien au palais de Baabda ce matin, le diplomate arabe a estimé que "la situation au Liban est critique". "Il y a deux crises, l'une politique et l'autre économique. Cette dernière ne peut être résolue sans aboutir à une solution à la crise politique", a estimé le diplomate arabe. Il a ensuite indiqué avoir informé le président Aoun que "le secrétaire général (de la Ligue arabe, Ahmad Aboul Gheit) était prêt à aider sur le plan des contacts entre les principaux protagonistes concernés" par la formation du gouvernement. "Si (l'intervention) de la Ligue arabe est requise pour débloquer la crise, nous sommes prêts pour cela", a encore dit M. Zaki. "Le président Aoun s'est montré favorable à cette proposition, et n'y a vu aucun problème", a-t-il ajouté. Il a ensuite fait valoir que "des contacts seront menés avec les principales parties pour débloquer la situation politique".

Taëf menacé ?

Dans ce contexte, le diplomate arabe a indiqué s'être informé auprès du président Aoun au sujet de "propos qui reviennent souvent sur des menaces qui guetteraient l'accord de Taëf" signé en 1989 pour mettre fin à la guerre civile au Liban tout en modifiant la Constitution de 1943. Houssam Zaki faisait ainsi allusion à un éventuel recours au système de partage par tiers (chrétiens, sunnites, chiites) en lieu et place de la parité islamo-chrétienne instaurée par Taëf. "Le président Aoun m'a assuré que cet accord n'était pas menacé, et qu'il constitue le coeur de la Constitution libanaise, laquelle devrait être respectée par tous". "Le Liban respecte l'application de l'accord de Taëf sur lequel se base la Constitution. Tous propos selon lesquels cet accord est menacé ne se basent sur aucun fait et sont véhiculés par des parties connues et qui sont concernées par la formation du gouvernement", a pour sa part indiqué le président Aoun, sans nommer ceux qu'il vise par ses critiques.

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Commentant la question de Taëf, un proche de Baabda explique à L’Orient-Le Jour que la présidence a remarqué que les émissaires arabes ont dernièrement posé plusieurs questions portant sur le sort de l’accord. "Je ne sais s’ils ont peur d’une éventuelle mise en application de la proposition Berry, dans la mesure où elle comporterait entre ses lignes un recours au partage par tiers (chrétiens, sunnites et chiites) aux dépens de la parité islamo-chrétienne", souligne cette source. "En ce qui concerne les motifs de ces craintes, il faudrait probablement poser la question à celui qui s’est rendu récemment en Egypte, aux Emirats, et dans d’autres pays", ajoute la source, une allusion évidente au Premier ministre désigné.

L'attachement à Taëf et aux textes constitutionnels, Michel Aoun l'avait déjà exprimé mercredi, selon une source proche de Baabda qui s'est confiée à l'OLJ, devant le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, qui a effectué une tournée éclair à Beyrouth, pour tenter de sortir le pays de l'impasse, conformément à l'initiative française en faveur du Liban. M. Choukri s'est entretenu avec de nombreux dirigeants libanais à l'exception notable de ceux du Hezbollah et du chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, réitérant son appel à former rapidement un gouvernement "de mission", composé de spécialistes et qui pourrait ouvrir la voie à des aides régionales et internationales.

Initiative de Berry

Quant à Houssam Zaki, il a poursuivi sa tournée jeudi et s'est entretenu avec le Premier ministre sortant, Hassane Diab, au Grand Sérail. "La crise politique et économique du pays requiert une aide arabe aux protagonistes politiques, et c'est ce que nous sommes prêts à faire". Et le diplomate d'espérer que ses discussions avec les responsables libanais puissent déboucher sur la "meilleure façon d'aider le Liban à sortir de la crise actuelle".

Le secrétaire général adjoint de la Ligue qrabe s'est ensuite rendu à Aïn el-Tiné où il a été reçu par le président du Parlement, Nabih Berry, qui s'active dernièrement avec son allié de longue date, le leader druze, Walid Joumblatt, pour faire progresser les tractations gouvernementales en proposant l'idée d'un gouvernement formé de 24 ministres (8 pour chacun des trois grands camps politiques) sans qu'aucun parti ne détienne le tiers de blocage. "Les idées du président Berry peuvent constituer une sortie" de crise, a ainsi estimé le diplomate égyptien à l'issue de son entretien.

M. Zaki s'est également entretenu avec le Premier ministre désigné, Saad Hariri, à la Maison du Centre. Il a exprimé, une nouvelle fois, à l'issue de cette rencontre, la disposition de la Ligue arabe à mener une médiation pour débloquer le processus gouvernemental. "La Ligue est prête à jouer tout rôle qui lui serait demandé, que ce soit à travers une intense activité diplomatique auprès des parties concernées, ou en assurant un cadre où tous les protagonistes politiques libanais pourraient se réunir sous son égide", a affirmé le diplomate. Et de poursuivre : "J’ai entendu le point de vue de M. Hariri, et les obstacles auxquels il fait face en tentant de former son équipe". "Je crois que pour lui, la proposition de M. Berry est largement acceptable", a encore estimé M. Zaki. "Je m'apprête à mener des contacts supplémentaires afin d'aider les parties à arriver à une solution", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, Houssam Zaki (g), s'entretenant avec le Premier ministre libanais désigné, Saad Hariri, le 8 avril 2021 à la Maison du Centre à Beyrouth. Photo Twitter/@saadhariri

Le chef de la diplomatie suisse en tournée

Toujours dans le cadre des efforts internationaux pour résoudre la crise politique du Liban, le ministre libanais sortant des Affaires étrangères, Charbel Wehbé, a reçu jeudi son homologue suisse, Ignazio Cassis, en tournée à Beyrouth depuis la veille. "Échanges ouverts avec mon homologue libanais sur la situation économique et politique au Liban, la solidarité suisse et la crise en Syrie", a twitté M. Cassis à l'issue de la réunion. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle) le ministre suisse s'est félicité des prises de position du ministère des Affaires étrangères, affirmant le soutien de la Confédération helvétique au Liban pour préserver son "modèle exceptionnel".  Mercredi, le ministre suisse avait été reçu par le chef de l'État Michel Aoun. A l'issue de l'audience, il avait souligné dans un message posté sur son compte Twitter que Berne "est solidaire du Liban", mais que "le pays a besoin d’un gouvernement et de réformes pour sortir de la crise".

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Désigné le 22 octobre dernier, le Premier ministre Saad Hariri n'a toujours pas formé de gouvernement, lui-même et le chef de l'Etat, Michel Aoun, étant empêtrés dans des rivalités personnelles et un bras de fer autour de la nomination des ministres et le tiers de blocage que veut le camp aouniste. L'équipe actuelle dirigée par Hassane Diab, qui gère les affaires courantes, a démissionné le 10 août 2020 en réaction à l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth (plus de 200 morts, des milliers de blessés). Le pays traverse une crise économique très grave. La dépréciation de la livre libanaise, l'explosion de la pauvreté et du chômage, l'érosion du pouvoir d'achat et la précarisation provoquent la colère de l'opinion publique, avec des manifestations et des blocages de routes sporadiques.

Le président français, Emmanuel Macron, s'est fortement impliqué, sans résultats tangibles jusqu'à présent, pour tenter de débloquer la crise politique libanaise en lançant le 1er septembre 2020 une initiative en faveur du pays du Cèdre. Cette feuille de route table sur la mise en place d'un cabinet de mission formés d'experts qui lancerait le chantier de réformes exigées par les pays donateurs pour débloquer des aides financières. Après avoir d'abord écarté toute imposition immédiate de sanctions contre les dirigeants libanais, le chef d'Etat français a revu sa copie et semble désormais prêt à franchir le pas. 

Dans ce contexte, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a haussé le ton mercredi, affirmant que "si certains responsables libanais ne prennent pas leurs responsabilités, nous n'hésiterons pas à prendre les nôtres". Sans toutefois, employer clairement le terme de "sanctions".


Les efforts arabes et internationaux pour sortir le Liban de l'impasse au niveau de la formation d'un gouvernement, huit mois après la démission du Premier ministre Hassane Diab, se poursuivaient jeudi. Le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, Houssam Zaki, en tournée à Beyrouth, a ainsi proposé aux dirigeants libanais une médiation de l'organisation. Une idée accueillie...

commentaires (4)

"Le président Aoun m'a assuré que cet accord n'était pas menacé,..." C'est sûr que l'accord de Taêf n'est nullement menacé: une copie électronique existe et des copies imprimées encore plus et probablement que certaines couvertes de feuilles d'or. En temps que libanais c'est la patrie libanaise qui nous concernent! Va-t-elle survivre l'attaque iranienne et ses sbires, les complots israéliens, les convoitises syriennes ou l'incompétence de notre classe politique entière...

Wlek Sanferlou

18 h 29, le 08 avril 2021

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Commentaires (4)

  • "Le président Aoun m'a assuré que cet accord n'était pas menacé,..." C'est sûr que l'accord de Taêf n'est nullement menacé: une copie électronique existe et des copies imprimées encore plus et probablement que certaines couvertes de feuilles d'or. En temps que libanais c'est la patrie libanaise qui nous concernent! Va-t-elle survivre l'attaque iranienne et ses sbires, les complots israéliens, les convoitises syriennes ou l'incompétence de notre classe politique entière...

    Wlek Sanferlou

    18 h 29, le 08 avril 2021

  • Voilà ce qui est dire tout haut ce que ne peuvent ceux qui ainsi mettraient le feu car il bien pratique de désigner de faux ennemis pour ainsi valider une milice faute d'armée; Et pourquoi est-ce ainsi au Liban ?

    Lillie Beth

    16 h 39, le 08 avril 2021

  • Avant de vous perdre dans les interprétations de Taëf et de la répartition du pouvoir, penchez-vous sur l’article 1559 et désarmez le seul parti vendu qui détient encore des armes pour imposer sa dictature. Ne vous cachez pas derrière des problèmes confessionnels pour noyer le poisson. Notre seul et unique problème étant les armes de HB qui rendent certains plus forts qu’ils ne le sont et leur imposent des positions à prendre contraire à toute solution pacifique et équitable qui sortirait notre pays de l’enfer dans lequel ils l’ont intentionnellement mis. Seule l’armée libanaise devrait reprendre le contrôle de tous les territoires surtout sont confisqués par ce parti et de toutes les frontières aussi bien maritimes que terrestres et être m’la seule force qui garantirait la sécurité de notre pays. Tout le reste n’est que balivernes et poudre aux yeux. Arrêtez de gesticuler et de tourner autour du pot alors que vous connaissez tous la solution et n’osez pas la prendre ni même en parler.

    Sissi zayyat

    14 h 33, le 08 avril 2021

  • LA PRESENCE DES IRANIENS VIA LEURS MILICES ARMEES CHIITES AU LIBAN MENACE DIRECTEMENT TAEF.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 32, le 08 avril 2021

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