Rechercher
Rechercher

conflit

Le fossé se creuse entre Bkerké et le Hezbollah

« Ça ne passe plus. Ça ne doit plus passer. Le Hezbollah se présente comme un enfant de chœur, mais cela ne marche plus », affirme une source épiscopale.

Le fossé se creuse entre Bkerké et le Hezbollah

Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, lance, lors d’une conférence de presse à Dimane, le 17 août 2020, le « mémorandum sur le Liban et la neutralité active ». Photo Ani

Depuis l’annonce de la campagne qu’il parraine en faveur de la « neutralité active » du Liban, le patriarche maronite Béchara Raï ne semble plus dans les faveurs du Hezbollah, hautement secoué par cette proposition qui remet foncièrement en cause son arsenal militaire. Les choses se sont gâtées un peu plus depuis que Mgr Raï a évoqué dans son homélie dimanche dernier « des caches d’armes installées illégalement au cœur des quartiers résidentiels » et qui selon lui doivent être perquisitionnées après le signal d’alarme donné par l’explosion du 4 août au port de Beyrouth. Une position considérée comme étant encore plus avancée que la question de la neutralité dans la mesure où elle cible encore plus directement les armes du parti chiite.

Lire aussi

Raï : « Pourquoi faut-il que le pouvoir soit limité à une clique qui a prouvé son échec ? »

La déclaration du patriarche maronite n’est pas passée inaperçue dans le quotidien al-Akhbar considéré comme proche du Hezbollah. Le journal arabophone ne s’est pas privé de répondre en lieu et place du parti pro-iranien, diront certains, accusant le dignitaire maronite de « faire la promotion de la paix avec l’ennemi israélien ». Une accusation qui a valu au journal une réponse cinglante de la part de la Commission épiscopale pour les communications sociales relevant de Bkerké, qui non seulement confirme les informations sécuritaires révélées par Béchara Raï, mais invite le quotidien à se livrer aux investigations nécessaires « au lieu d’accuser abusivement le patriarche ».

L’échange tendu de part et d’autre ne s’est pas arrêté à ce stade. Hier c’était au tour de l’ancien ministre Mahmoud Qmati, proche du Hezbollah, de revenir sur la question. Dans une déclaration qui a été perçue comme une réaction sarcastique à Bkerké, l’ancien ministre, qui est également membre du comité de médiation entre Bkerké et la banlieue sud, a salué l’appel du patriarche à perquisitionner les caches d’armes, soulignant que cela contribuerait en effet à « rassurer les citoyens qui se sentiront plus en sécurité ».

L'éditorial de Issa GORAIEB

La tyrannie du vide

Selon des sources proches du dossier, cette déclaration « foncièrement ironique et qui n’a pu être que dictée par le haut commandement du parti » n’est pas à prendre à la lettre. Comprendre : « Qu’ils aillent donc perquisitionner. On verra bien s’ils trouveront des armes. » C’est également une manière de décrédibiliser les informations sur les caches d’armes présumées, véhiculées par le patriarche, et qui selon plusieurs sources concordantes « sont fondées sur des informations vérifiées obtenues auprès de sources fiables ».

Divorce ?
Bref autant de signaux envoyés depuis quelques semaines de part et d’autre qui laissent croire que les ponts sont désormais coupés entre Bkerké et le parti chiite.

« Le Hezbollah considère que le patriarche a été trop loin », commente notre correspondant Mounir Rabih. « Ça ne passe plus. Ça ne doit plus passer. Le Hezbollah se présente comme un enfant de chœur mais cela ne marche plus », confie par ailleurs à L’Orient-Le Jour une source épiscopale ayant requis l’anonymat.

C’est une image encore plus puissante que livre à notre quotidien une source proche du dossier qui, à la question de savoir si l’abcès a enfin été crevé après l’appel de Bkerké à la neutralité, répond : « Ce n’est plus un abcès qu’il faut crever mais une plaie béante qu’il faut soigner. »

Nombreux sont ceux qui estiment d’ailleurs que les canaux de communication ont été gelés entre le chef de l’Église maronite et le commandement du Hezbollah qui, chacun de son côté, semblent camper sur leurs positions. C’est ce qui fera dire à une source qui suit de près cette affaire que les deux parties « se prévalent d’une position de principe qui ne tolère aucun compromis ni manœuvre destinée à arrondir les angles. Pour Bkerké c’est la foi dans les principes de liberté, de démocratie et de souveraineté ». Une grille de lecture que ne partage vraisemblablement pas le parti chiite, qui refuse de jeter du lest et de faire un pas en direction de la sortie de crise suggérée par le patriarche qui, dit-on, ne fera pas marche arrière non plus.

Le Hezbollah, qui n’a cependant pas bronché depuis l’appel à la neutralité, se mure dans un silence tactique dans lequel il trouve son intérêt, notamment pour ne pas embarrasser ses alliés chrétiens aounistes, mais aussi pour préserver ses arrières et ne pas se mettre à dos l’Église maronite à un moment aussi critique pour lui. D’ailleurs dans les milieux proches du parti, on refuse de parler de canaux de communication interrompus ou de divorce et l’on préfère recourir aux euphémismes.

« Le Hezbollah reste très attaché à préserver la relation solide avec le patriarcat. La communication ne sera jamais interrompue », assure l’analyste proche du Hezbollah Kassem Kassir. D’ailleurs, dit-il, les propos de M. Qmati, qui affirme « approuver la position du patriarche, ne sont autre qu’une main tendue du parti en direction de Bkerké ».

Un constat qu’approuve, à quelques nuances près, le vicaire patriarcal de Jebbé et de Zghorta-Ehden, Mgr Joseph Naffah, qui suit de près cette question. Selon lui, on ne peut parler ni d’impasse ni de divorce, mais d’un processus qui prend le temps de mûrir. « On ne peut pas dire qu’on a avancé ni qu’on a reculé », dit-il en réponse aux informations liées à la suspension des réunions du comité islamo-chrétien de médiation. Pour le vicaire, Bkerké n’est aucunement dérangé par le Hezbollah qui, dit-il, « n’a publié aucun communiqué qui nous dérange à ce jour ». Ce que Mgr Naffah ne dit pas, c’est que le parti pro-iranien a chargé ses affidés d’orchestrer une campagne contre le patriarche maronite.

Lire aussi

Kabalan persiste et signe : Le changement de Taëf est devenu incontournable

Le vicaire patriarcal tient d’ailleurs à rectifier une terminologie largement usitée dans les milieux politiques et médiatiques où l’on considère Béchara Raï comme le parrain par excellence de la proposition de neutralité, ce qui selon Mgr Naffah n’est pas tout à fait correct. « Il s’agit d’une revendication qui est celle d’une large majorité de Libanais venus exprimer leurs doléances au patriarche dont la porte est ouverte à tout le monde. C’est la voix des gens qu’il a cherché à répercuter », dit encore Mgr Naffah. Avant de revenir à la charge pour souligner avec insistance que la question de la neutralité n’a jamais été évoquée comme une arme brandie contre le Hezbollah.

« Le patriarche maronite a même dit à l’ambassadeur iranien qu’il a récemment rencontré que la position de neutralité est la seule issue honorable pour le Hezbollah et pour le Liban », poursuit Mgr Naffah. Avant de conclure : « Que ceux qui ne sont pas d’accord avec ce concept en proposent un autre. Il nous faut une solution. Il faut cesser les surenchères. »


Depuis l’annonce de la campagne qu’il parraine en faveur de la « neutralité active » du Liban, le patriarche maronite Béchara Raï ne semble plus dans les faveurs du Hezbollah, hautement secoué par cette proposition qui remet foncièrement en cause son arsenal militaire. Les choses se sont gâtées un peu plus depuis que Mgr Raï a évoqué dans son homélie dimanche...

commentaires (17)

Chou Aoun ? Baadak haoun?

PHENICIA

06 h 10, le 27 août 2020

Tous les commentaires

Commentaires (17)

  • Chou Aoun ? Baadak haoun?

    PHENICIA

    06 h 10, le 27 août 2020

  • Difficile d'avoir un fossé entre eux quand il s'agit de 2 mondes différents...ou plutôt qui veulent se convaincre de l'être...car on est tous dans ce même fossé...

    Wlek Sanferlou

    19 h 34, le 26 août 2020

  • QUAND UN CORPS EST ATTEINT DE GANGRENE ON AMPUTE LA PARTIE GANGRENEE POUR SAUVER LE RESTE DU CORPS. SINON DE BONGRE ALORS DE MALGRE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 53, le 26 août 2020

  • Israel sait tout , il peut détruire le Liban quand ils veulent comme a la guerre de six jours alors soyez' sages messieurs du Hezbollah pa ce que vous allez détruits vous aussi

    Eleni Caridopoulou

    18 h 22, le 26 août 2020

  • Il est temps de dire au Hezbollah leurs 4 verites en face: Un canton , une ,milice hors-la-loi, des assassinats, dont un premier ministre, de la contrebande, du blanchiment, du crime organise... Aucun autre parti libanais, n' a jamais ete cite, par un si grand nombre de gouvernements etrangers,, comme responsable d' actes de terrorisme aux quatres coins de la planete !

    LeRougeEtLeNoir

    12 h 01, le 26 août 2020

  • Il faut saluer les positions du Patriarche qui a eu le courage d'appeler les choses par leurs noms.

    EL KHALIL ABDALLAH

    11 h 50, le 26 août 2020

  • Mgr Raï a visé en plein dans le mille en évoquant les armes et autres produits toxiques cachés par le HB dans nos régions. Son scénario est de provoquer Israël jusqu’au bout pour qu’à la première riposte il déclenche depuis son trou sa télécommande qui détruirait des points sensibles en accusant Israël de l’avoir fait et ainsi il sortira grandi et continuera à régner en maître et militer pour sa destruction après avoir détruit notre pays. Je ne trouve aucune autre explication à avoir choisi comme cachette avec ses alliés chrétiens des sites en plein fief chrétiens pour arriver à son but de les anéantir une fois pour toute comme il a déjà fait avec l’explosion du port qui était un test d’une longue série. Le trois quart des libanais veulent un accord de paix avec Israël n’en déplaise à HN. En quoi seront ils traitre s’ils optent pour une paix ou il n’y aura pas de perdants que des gagnants. Le Liban retrouvera sa souveraineté et sa prospérité, son peuple ainsi que le peuple israélien qu’ils prend en otage depuis des décennies dormiront sur leurs deux oreilles enfin débarrassés des terroristes qui leur pourrissent la vie. VIVE LA PAIX ET ABAT LES MEURTRIERS ET LES SABOTEURS, VOLEURS, ET DESTRUCTEURS DE TOUT GENRE. HN est invité à aller exercer ses hobbies meurtrières depuis un autre pays. Le Liban n’est pas sa propriété comme il le croit.

    Sissi zayyat

    11 h 08, le 26 août 2020

  • NON , tous les problémes du Liban ne viennent pas du Hezbollah ; une coalition mondiale de juges, avocats ont mené une enquete durant quinze ans pour aboutir à une conclusion decevante pour les accusateurs ... Non le Hezb n est pas à l origine du systeme de Ponzi mis en oeuvre depuis des décennies par la BDL ; non le Hezb n était pas responsable de l assassinat des chauffeurs de taxi beyroutins dont il était accusé pour pousser mes compatriotes chretiens à èmigrer , avant de re trouver les 2 assassins ( 2 fréres syriens chretiens ) habitant à Achrafiyè ... Non le hezb n est ni propriétaire du nitrate d ammonium de Beyrouth, ni de Dakar , ni de Toulouse... La veritable destruction du Liban vient de votre haine pour l autre toutes communautés confondues , des taux d interets à 20% , et de votre corruption généralisée et surtout de votre confessionalisme sans fin . Une auto critique serait necessaire ; ouvrez vous , allez vers les autres et nous sauverons le Liban. Ghassan HODROGE

    HODROGE Gassane

    11 h 03, le 26 août 2020

  • Il faut que les membre du Hezbollah comprennent qu'ils profiteront d'un boom économique en cas de paix. Pourquoi ne pas lancer une campagne d'information en ce sens? Il y a une alternative à la "carrière" milicienne, à condition de mettre fin au conflit.

    N.S.

    10 h 32, le 26 août 2020

  • enfin moi Libanais j'ai trouve mon HEROS

    Houri Ziad

    10 h 25, le 26 août 2020

  • Correction: Le Hezbollah a été des sa conception un suppôt de l'Iran puisque son idéologie était, est est restera de transformer le pays en une province sous l’égide du Fakih. Il ne faut plus changer les faits et se mentir! De plus il n'a jamais résisté a personne autre qu'au développement du pays. Le seul moyen de le soumettre est de le garder continuellement sous pression de guerre afin de pousser ses opposants a l'immigration alors que ses ouailles vivent des subsides Iraniens et de tous les trafiques aux dépends du restant du peuple. Le Hezbollah, comme Aoun, ont mené presque tout le monde en bateau et aujourd'hui nous en payons le prix. Il faut arrêter de se cacher derrière son doigt: Le Hezbollah est l'assassin de Hariri et des 19 autres personnalités politiques ou militaires, le Hezbollah est derrière la crise économique qui frappe le pays, le Hezbollah est le patron des corrompus et le Hezbollah est le propriétaire de l'ammonium qui nous a explosé dans la figure. Il était enfin temps que le Patriarcat réagisse. Un peu tard a mon humble avis, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire! A présent la pression doit être continue et exponentiellement grandissante quoi qu'il arrive justement parce que le Hezbollah ne peut se permettre de se mettre a dos la majorité écrasante du peuple Libanais.

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 20, le 26 août 2020

  • Il n'y a pas trente-six mille théories pour expliquer les actions actuelles du Hezbollah et de son chef. Au début des années 80, ils ont libéré le Sud de l'occupation israélienne. Mais, depuis, ce parti s'est tourné vers l'Iran qui le finance et l'arme et...en retour, exige une obédience totale ! Le Liban et son peuple...le Hezbollah s'enfout totalement, de même des conséquences des ses actions guerrières publiques ou cachées un peu partout, dont la dernière a causé la catastrophe du 4 août 2020. Qu'on ne vienne surtout plus nous chanter leur refrain de "résistance"...car ils résistent avant tout à tout ce qui peut amener à la paix !!! - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 48, le 26 août 2020

  • A peine les vérités dites que notre poussin jaune barbu crie comme à son habitude au scandale agite le spectre d'israël, ils veulent se faire passer pour victime et il n'y a pas pire dictateur que celui qui joue le rôle de la victime ... alors oui assez, car on ne peut pas tout taire et tout accepter car le Hezbollah a son projet pour son LIRAN et non pas pour le Liban ils tissent patiemment leur toile d'araignée vénéneuse qui finira si rien n'est fait par faire disparaître le Liban et l'empoisonnant au coeur.

    Zeidan

    09 h 47, le 26 août 2020

  • Que tous aillent se purifier leurs bouches avant d’évoquer le nom du Patriarche Maronite. Le Patriarche Maronite est une ligne rouge en caractères épais infranchissable. Que ce soit clair, sans Bkerke, il n’y a pas de Liban. Nous sommes sur cette terre depuis 2020 ans et nos ancêtres 4000 ans avant, ce ne sont pas des chats persans qui vont nous faire peur

    Liberté de Penser

    09 h 09, le 26 août 2020

  • "le patriarche a été trop loin". Quand on dénonce le Hezbollah, on ne peut jamais aller trop loin!

    Yves Prevost

    07 h 24, le 26 août 2020

  • Jusqu'à quand faut-il se taire ?

    Esber

    06 h 36, le 26 août 2020

  • Argument iranien bidon répétitif en cassette. Dans 100 ans , toutes les générations des Libanais seront morts sans dignité sans eau et électricité sans rêves . L’homme arrivera sur Mars. Et vous nous parlez d’Israel ? Vous n’avez plus RAISON d’exister car c’est le peuple libanais qui se défend avec son armée. Jordanie Égypte ont il un problème ? Ne préfère y il pas la souveraineté de leur pays qu’être en guerre contre Israël ? Le LIBAN D’ABORD, et si ça ne vous plait guère one way ticket to IRAN.

    Alors...

    00 h 41, le 26 août 2020