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Politique - Contestation

Vote de confiance : Baabda se prépare, les manifestants aussi...

Le Conseil supérieur de défense se dit déterminé à « contrôler la situation sécuritaire », à l’heure où les protestataires projettent d’empêcher les députés d’accéder à l’hémicycle mardi.

Un homme passe devant le « mur » érigé par les forces de l’ordre pour bloquer l’accès au Parlement, dans le centre-ville de Beyrouth, le 24 janvier 2020. Aziz Taher/File Photo/Reuters

En prévision des séances parlementaires prévues mardi et mercredi pour voter la confiance au gouvernement Hassane Diab, le président Michel Aoun a réuni hier à Baabda le Conseil supérieur de défense pour débattre des mesures de sécurité à prendre face à la contestation. L’accent a été mis sur la nécessité de « contrôler la situation sécuritaire », à l’heure où les protestataires, qui rejettent le nouveau cabinet, se disent déterminés à empêcher les députés d’accéder à l’hémicycle.Lors de la réunion à Baabda, le chef de l’État a « insisté sur l’importance de contrôler la situation sécuritaire, afin de protéger la paix civile et la stabilité du pays », selon un communiqué publié par le Conseil. Il a également mis l’accent sur « l’importance de renforcer la coopération entre les différents appareils sécuritaires et militaires ».

M. Aoun a en outre appelé à pratiquer une politique de « tolérance zéro » envers toute tentative de « porter atteinte au prestige de l’État, de ses institutions et de ses responsables ». Une déclaration qui intervient alors que les dernières manifestations aux alentours du Parlement ont été particulièrement violentes, faisant nombre de blessés et causant d’importants dégâts matériels, notamment après le saccage des devantures de plusieurs commerces. Le chef de l’État faisait également référence aux altercations ayant eu lieu ces dernières semaines entre des manifestants et des hommes politiques se trouvant dans des lieux publics, notamment le député Ziad Assouad, selon des sources sécuritaires.


(Lire aussi : Où sont les Libanais ?, Un peu plus de Médéa AZOURI)


Coordination entre les différents services sécuritaires
S’il n’est pas fait mention dans le communiqué des mesures de sécurité qui seront mises en place lors de la séance de mardi, et d’une autre qui pourrait se tenir mercredi, une source bien informée a assuré à notre correspondante Hoda Chédid que « la réunion a porté sur la sécurité des sessions parlementaires et la nécessité de prendre certaines mesures pour assurer un climat de sécurité propice à la tenue de ces séances ». « Les responsables sécuritaires présents ont passé en revue des informations sur certains fauteurs de troubles désormais identifiés. Ils ont discuté des mesures à prendre à ce sujet », ajoute la source.

Lors de la réunion du Conseil supérieur de défense, le chef du gouvernement, Hassane Diab, a évoqué pour sa part l’importance de la mise en place de mesures de sécurité préventives et la nécessité de mettre un terme à tout conflit sectaire ou confessionnel, selon la même source.Contacté par L’Orient-Le Jour, un responsable sécuritaire a assuré, sous le couvert de l’anonymat, s’attendre « à une forte mobilisation du mouvement de contestation », en parallèle aux séances parlementaires. « Les mesures sécuritaires que nous comptons mettre en place viseront à empêcher de s’en prendre aux biens publics et privés. Il s’agira de mesures similaires à celles prises lors de la séance pour le vote du budget 2020 (fin janvier) », indique le responsable. Lors de cette séance, les accès au centre-ville de Beyrouth avaient été entièrement bloqués par des barrages des Forces de sécurité intérieure.

« Il y aura coordination sur le terrain entre les différents services sécuritaires afin d’épauler les forces antiémeute. Les mesures sécuritaires commenceront à être appliquées à partir de mardi matin et seront annoncées auparavant », assure le responsable.

C’est dans ce cadre que le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, s’est réuni hier avec la ministre de la Défense, Zeina Acar, à Yarzé. Les discussions ont porté sur les défis sécuritaires auxquels fait face le pays et les mesures qui seront prises par l’armée pour préserver la sécurité et la stabilité en marge des manifestations.


« Listes de la honte »

Du côté de la contestation, les militants sont sur le pied de guerre. Plusieurs d’entre eux, interrogés par L’OLJ, ont indiqué qu’ils avaient l’intention d’empêcher les députés d’accéder à l’hémicycle et d’empêcher la tenue de la séance par tous les moyens. « Nous prévoyons de publier sur les réseaux sociaux des » listes de la honte « concernant chaque député qui se sera rendu au Parlement, indépendamment du vote de confiance », indique un militant qui a requis l’anonymat.

« Nous allons tenter de bloquer les routes qui mènent au Parlement. Nous y serons tôt le matin, mais nous savons que les députés vont essayer de se rendre à l’hémicycle en passant par le quartier de Khandak el-Ghamik (sous contrôle des partis chiites, vers le Sérail puis vers le Parlement), indique-t-il. On s’attend à une très longue journée et à de la répression de la part des forces de sécurité. »

Plusieurs manifestants ont par ailleurs lancé, sur les réseaux sociaux, un appel à la grève générale mardi. « Nous essayons de mobiliser les gens, et surtout les étudiants, pour qu’ils observent une journée de grève et qu’ils se dirigent vers la capitale pour encercler le centre-ville de tous les côtés », révèle à L’OLJ un autre manifestant, sous le couvert de l’anonymat. « Ils comptent bloquer tout Beyrouth en décrétant une situation d’urgence. Ils vont essayer de faire rentrer les députés par tous les moyens. On ne sait pas encore s’ils vont dormir dans les hôtels de la capitale », souligne-t-il.

Le mouvement de contestation avait réussi à empêcher la tenue d’une réunion du Parlement le 19 novembre dernier pour l’adoption d’une loi d’amnistie générale en bloquant l’accès aux députés. Il n’avait par contre pas pu empêcher la tenue de la séance de vote du budget le 27 janvier, d’une part parce que les contestataires étaient moins nombreux, et de l’autre en raison des mesures de sécurité. Depuis la formation du nouveau gouvernement, les autorités ont érigé des murs de plus en plus hauts autour du Parlement, dont l’un des accès, par le Sérail, est désormais sécurisé. Le militant estime par ailleurs que s’il parvient à obtenir la confiance de l’hémicycle, le gouvernement Diab « sera pire que celui de Saad Hariri ». « Ce cabinet est pareil à celui formé par Nagib Mikati, en 2011, avec la crise économique et la répression en plus, analyse le militant. Ils sont en train de mettre Hassane Diab en face-à-face avec les manifestants, et sa chute sera pire que celle de Saad Hariri. »



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En prévision des séances parlementaires prévues mardi et mercredi pour voter la confiance au gouvernement Hassane Diab, le président Michel Aoun a réuni hier à Baabda le Conseil supérieur de défense pour débattre des mesures de sécurité à prendre face à la contestation. L’accent a été mis sur la nécessité de « contrôler la situation sécuritaire », à l’heure...

commentaires (7)

"... M. Aoun a en outre appelé à pratiquer une politique de « tolérance zéro » envers toute tentative de « porter atteinte au prestige de l’État, de ses institutions et de ses responsables ». ..." Mon Dieu que le temps passe vite. Nous sommes déjà le 1er avril?

Gros Gnon

13 h 32, le 08 février 2020

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Commentaires (7)

  • "... M. Aoun a en outre appelé à pratiquer une politique de « tolérance zéro » envers toute tentative de « porter atteinte au prestige de l’État, de ses institutions et de ses responsables ». ..." Mon Dieu que le temps passe vite. Nous sommes déjà le 1er avril?

    Gros Gnon

    13 h 32, le 08 février 2020

  • Quelle prouesse ce président pour conserver le prestige de l'état! Mais de quel prestige et de quel état parle-t-il? Un état assiégé et des institutions publiques bloquées par des barbelés et des murs en béton gardées par des barbouzes déguisés en forces de l'ordre prêts à saigner les citoyens dans le fond comme dans la forme? Quel courage et quelle dignité pour ce président qui ne se bouge et ne se prononce que quand il s'agit de museler le peuple et de le réprimander. N'importe quel autre président digne aurait démissionné depuis belle lurette à défaut de protéger le pays et ses citoyens et d'éviter un bain de sang. Au lieu de ça il préfère se barricader et donner des ordres contre les citoyens en leur imposant un gouvernement concocté de marionnettes qui mettent à exécution des plans d'agents iraniens pour détruire notre pays. De quel prestige parle t-il? Comment peut il employer ce terme dans un foutoir pareil et qu'il est fier de présider. Tous les députés devraient s'abstenir de donner leur confiance à ce pseudo nouveau gouvernement pour montrer au président et au monde que le Liban a encore des hommes et des femmes qui croient en sa résurrection. Les protestataires seuls n'y arriveront pas surtout si ces vendus ont promis du sang et des larmes pour empêcher la victoire de la démocratie et pour enrayer la corruption et la dictature. Car c'est de ça dont il s'agit, rien de plus, rien de moins.

    Sissi zayyat

    12 h 11, le 08 février 2020

  • Notre chef de l'Etat appelle a pratiquer une "tolérance zéro envers toute tentative de porter atteinte au prestige de l'Etat..." Chez nous, ce "prestige de l'Etat" est incarné par: -un pays couvert de déchets partout et un courant électrique pour ainsi dire inexistant -une grande partie du peuple vivant au-dessous du seuil de pauvreté -de nombreux milliardaires et millionnaires dont on se demande comment ils le sont devenus -une milice iranienne et son chef qui contrôlent tout chez nous -un précédent ministre des affaires étrangères qui a lustré le prestige du Liban partout dans le monde par ses paroles brillantes -un palais présidentiel et son locataire obligés de se barricader et menacer ceux qui, justement, ont besoin non d'un "prestige" factice et clinquant, mais tout simplement d'une vie décente !!! Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 06, le 08 février 2020

  • Au lieu d'aller voter la confiance au gouvernement qui n'aurait pas ,dans le contexte actuel, la confiance du peuple,les députés feraient mieux une fois à l'hémicycle, de voter leur démission collective à doigts levés. C'est la meilleure solution pour la crise actuelle , et son effet se ferait ressentir immédiatement sur les problèmes financiers, liés depuis trois ans ,étroitement à la politique. Des législatives seraient prévues aussitôt. Le gouvernement resterait transitoire mais actif jusqu'aux élections. Une amélioration de la parité de la livre avec un possible rebond des euro-bonds et même un CEDRE rapide,et après tout une lueur d'espoir pour un redressement financier et bancaire. Par contre,défier la révolte,ne fera qu'aggraver la situation.

    Esber

    07 h 11, le 08 février 2020

  • Une politique de « tolérance zéro » veut dire que c'est au pouvoir, qui détient la force, l'interprétation de la loi, et la roublardise intellectuelle, de décider qui est contre le pays et qui ne l'est pas. Ça nous rappelle le clip de soixante secondes en blanc et noir qui retransmet « la promesse » de Gebran Tueni du 14 mars 2005 et l'autre clip qui a été diffusé juste après: « Toi ne pense pas... Nous on pense pour toi ».

    Zovighian Michel

    03 h 38, le 08 février 2020

  • Ces entêtés bidons de prostestataires buté n'ont pas encore compris que le peuple libanais commence a en avoir marre des bâtons qu'ils ne cessent de jeter dans les roues de toute vie plus ou moins normale indispensable à la récupération ! Ils sont vraiment manipulés en douce par les mass-medias payés grassement par les services secrets étrangers. Mais il n'arriveront à rien d'autre qu'à semer le chaos si nécéssaire à l'implantation définitive des réfugiés palestiniens et syriens , tellement utile à Israel .

    Chucri Abboud

    02 h 18, le 08 février 2020

  • L,ENJEU POUR LES CONTESTATAIRES EST DE TAILLE. ILS VEULENT OU ILS DOIVENT EMPECHER LA REUNION ET S,IMPOSER SINON ILS PERDENT LA PARTIE POUR L,INSTANT. POUR L,ETAT IL EN EST LE CONTRAIRE.

    DENIONS LA CENSURE.GARDONS NOS LIBRES EXPRESSIONS.

    00 h 33, le 08 février 2020

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